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2012 Numéro 2 Volume 2 - Alterstice

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Academic year: 2023

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2012


Numéro
2
Volume
2

Regards
pluriels
sur
les
interventions
sociales
et
de
santé

 en
contexte
de
diversité


sous
la
direction
de
Catherine
Montgomery
et
Soumya
Tamouro


1
 Éditorial
:

Alterstice
souffle
sa
première
bougie
 Y.
Leanza


3
 Regards
pluriels
sur
les
interventions
sociales
et
de
santé
en
contexte
de
diversité
 C.
Montgomery
et
S.
Tamouro


9
 Soins
et
altérité
:
analyse
comparée
des
regards
et
des
pratiques
des
soignants

 M.
Cognet
et
S.
Bascougnano

23
 Manifestations
du
fait
religieux
dans
les
institutions
de
santé
de
première
ligne
au
Québec

 J.
Le
Gall,
S.
Xenocostas
et
S.
Lemoyne‐Dessaint"

35
 Représentations
et
rôles
des
interprètes
professionnels
et
familiaux
dans
les
entretiens
 médicaux
et
implications
pour
le
monde
vécu


I.
Boivin,
Y.
Leanza
et
E.
Rosenberg


47
 Construction
of
Francophone
families’
health
literacy
in
a
linguistic
minority
situation

 M.
S.
Zanchetta,
M.
Kaszap,
M.
Mohamed,
L.
Racine,
C.
Maheu,
D.
Masny,
I.
Cèsar,

 C.
Maltais,
G.
Sangwa‐Lugoma,
N.
Lussier
et
D.
Kinslikh


63
 Faible
participation
des
travailleurs
immigrants
aux
mesures
de
santé
et
sécurité
au
travail
 dans
les
petites
entreprises



S.
Gravel,
G.
Legendre
et
J.
Rhéaume


79
 Quand
la
routine
prend
le
dessus
sur
l’urgence
:
le
rôle
des
réseaux
dans
le
processus
 d'établissement
de
familles
maghrébines
au
Québec.


N.
Deville‐Stoetzel,
C.
Montgomery
et
L.Rachédi
 Articles
hors
thème


91
 Des
enjeux
philosophiques
de
l'interculturel
 N.
Dittmar


103
 Stratégies
identitaires
et
stratégies
d’acculturation
:
deux
modèles
complémentaires
 A.
Amin

Notes
de
lecture


117
 Couples
mixtes.
Lecture
des
ouvrages
de
I.
Lévy
et
F.
Dervin
 A.
Akkari



121
 Phénoménologie
du
Merveilleux,
sous
la
direction
de
Schallum
Pierre
 C.
Pilon


(2)


 


Alterstice
est
publiée
avec
le
soutien
de
l'Association
internationale
pour
la
Recherche
Interculturelle
(ARIC),
l'équipe
de
recherche
 Migration
et
Ethnicité
dans
les
Interventions
en
Santé
et
en
Service
social
(METISS,
Montréal)
et
le
Centre
interuniversitaire
d'Études
 sur
les
Langues,
les
Arts
et
les
Traditions
(CÉLAT).


Alterstice
est
publiée
uniquement
en
ligne
:
www.alterstice.org
 


La
revue
est
gratuite.


Alterstice
 c/o
Yvan
Leanza
 Professeur
agrégé
 École
de
psychologie
 Université
Laval


2325,
rue
des
Bibliothèques
 Québec
(Qc)


G1V
0A6
 Canada


Directeur
:
Yvan
Leanza
 [email protected]

Responsable
de
la
révision
et
de
la
mise
en
pages
:
Anna
Olivier
(Athéna
Rédaction)
 [email protected]

La
révision
en
anglais
a
été
réalisée
par
Joanna
Odrowaz,
[email protected]
 


ISSN
:
1923‐919X


©
Alterstice,
2012.
Toute
reproduction
du
texte
doit
mentionner
la
source
de
l’article.



(3)

ÉDITORIAL


Alterstice
souffle
sa
première
bougie


Yvan
Leanza1
 



 


Les
premiers
articles
publiés
par
Alterstice
étaient
mis
en
ligne
le
15
décembre
2011.
Bien
que
le
site
et
le
système
 soient
en
opération
depuis
août
2010,
cela
fait
à
peine
plus
d’un
an
que
les
textes
sont
accessibles.
Au
cours
de
 cette
 année
 d’existence
 virtuelle,
 quatre
 numéros
 ont
 été
 mis
 en
 ligne,
 deux
 pour
 l’année
 2011
 et
 deux
 pour
 l’année
 2012.
 Cela
 représente
 55
 textes,
 dont
 29
 articles
 thématiques,
 10
 notes
 de
 lectures
 et
 3
 articles
 hors
 thème,
 mais
 aussi
 4
 introductions,
 4
 éditoriaux
 et
 4
 numéros
 complets,
 plus
 1
 entrevue
 croisée.
 Ces
 chiffres
 n’incluent
que
les
textes
acceptés
pour
publication.
Il
y
a
bien
entendu
aussi
des
textes
soumis
et
refusés
suite
à
 l’évaluation
par
le
comité
de
direction
ou
les
pairs.
Ils
sont
au
nombre
de
25
à
cette
date,
soit
presque
autant
que
 d’articles
acceptés
et
publiés.


Les
 articles
 publiés
 sont‐ils
 lus?
 Telle
 est
 la
 question…
 Grâce
 au
 fait
 qu’Alterstice
 est
 une
 revue
 complètement
 virtuelle,
il
est
possible
d’avoir
une
idée
de
la
fréquentation
du
site
et
surtout
du
nombre
de
téléchargements
des
 articles.
Les
auteurs
ont
d’ailleurs
dans
leur
session
personnelle
un
compteur
qui
leur
permet
de
savoir
combien
de
 fois
le
résumé
a
été
consulté
et
l’article
téléchargé.
Évidemment
ces
chiffres
ne
disent
rien
de
la
vie
des
articles
:
 s’ils
sont
utilisés
dans
l’enseignement,
dans
la
formation,
s’ils
sont
cités...
Je
compte
sur
les
lecteurs
et
les
auteurs
 pour
me
tenir
informé
de
cet
usage.
Mais
quel
est
donc
le
score
d’Alterstice?
En
moyenne,
chaque
texte
sur
le
site,
 quelle
que
soit
sa
catégorie
(article
thématique,
introduction,
etc.)
est
téléchargé
une
fois
par
jour,
soit
365
fois
par
 année.
Les
notes
de
lecture
sont
les
textes
les
plus
téléchargés
(une
moyenne
d’un
peu
moins
de
1,5
fois
par
jour),
 les
éditoriaux
les
moins
téléchargés
(en
moyenne
une
fois
tous
les
deux
jours),
mais
je
ne
m’en
offusque
point…


Il
me
semble
que
c’est
un
score
très
honorable
pour
une
revue
naissante,
dont
le
réseau
de
diffusion
est
constitué,
 en
plus
des
250
«
abonnés
»,
de
quelques
centaines
de
chercheurs
–
surtout
francophones
–
participants
à
l’ARIC,
 au
CELAT
et
à
METISS,
les
trois
institutions
soutenant
la
revue.
Étant
donné
le
nombre
de
téléchargements,
cela
 signifie
 que
 la
 diffusion
 se
 fait
 au‐delà
 de
 ce
 réseau
 primaire.
 Un
 des
 objectifs
 de
 la
 revue,
 dans
 la
 lignée
 de
 la
 philosophie
de
l’ARIC,
est
de
donner
la
possibilité
aux
chercheurs
des
pays
du
Sud
d’avoir
accès
aux
textes,
mais
 aussi
de
proposer
leurs
travaux.
Au
vu
des
inscriptions
sur
le
site,
dont
une
part
importante
provient
du
Maghreb
et
 de
l’Amérique
du
Sud,
cette
politique
atteint
progressivement
son
but.


Tout
ceci
ne
serait
pas
possible
sans
l’implication
des
éditrices
et
éditeurs
invités,
des
évaluateurs
et
d’Anna
Olivier,
 réviseure
professionnelle,
dont
la
disponibilité
et
le
travail
minutieux
façonnent
l’image
d’Alterstice.
La
liste
qui
suit
 comprend
 toutes
 les
 personnes
 qui
 ont
 été
 invitées
 à
 évaluer
 un
 ou
 plusieurs
 articles
 et
 qui
 l’ont
 fait
 bénévolement.
Qu’ils
en
soient
ici
chaleureusement
remerciés.


(4)

Abdeljalil
Akkari;
Pierre
Anctil;
Mathilde
Anquetil;
Nathalie
Auger;
Catherine
Berger;
Patrick
Berteaux;
Gilles
Bibeau;


Denis
 Blot;
 Brahim
 Boudarbat;
 Nawal
 Boudechiche;
 Camille
 Brisset;
 Claudine
 Brohy;
 Marie‐Anne
 Broyon;
 Nicole
 Carignan;
 Line
 Chamberland;
 Nilima
 Changkakoti;
 Michèle
 Clément;
 Patrick
 Cloos;
 Marguerite
 Cognet;
 Pierre
 Dasen;
Olivier
Ducharme;
Anahy
Gajardo;
Aline
Gohard;
Audrey
Gonin;
Myriam
Gremion;
Lucille
Guilbert;
Ghayda
 Hassan;
 Mondher
 Kilani;
 Marie‐Christine
 Kok‐Escalle;
 Ève
 Lamoureux;
 Marguerite
 Lavallée;
 Anne
 Lavanchy;


Mouhamed
Abdallah
Ly;
 Marc
Maesschalck;
Altay
Manço;
 Lucienne
Martins
Borges;
Abdelwahed
Mekki‐Berrada;


René
 Mokounkolo;
 Catherine
 Montgomery;
 Donatille
 Mujawamariya;
 Tania
 Ogay;
 Laurence
 Ossipow;
 Christiane
 Perregaux;
Guylaine
Racine;
Jacques
 Rhéaume;
 Ilario
 Rossi;
Andrew
 G.
 Ryder;
Colette
Sabatier;
Francine
 Saillant;


Soumya
 Tamouro;
 Fabienne
 Tanon;
 Pascal
 Tisserant;
 Bertrand
 Troadec;
 Josianne
 Veillette;
 Richard
 Walling;


Patchareerat
Yanaprasart;
Jamil
Zugueib.


Aujourd’hui,
 l’édition
 en
 ligne
 de
 revues
 savantes
 est
 un
 véritable
 commerce.
 Le
 modèle
 dominant
 veut
 que
 le
 lecteur
paie
pour
avoir
accès
aux
réflexions
et
résultats
de
recherche,
ou
que
l’auteur
paie
pour
rendre
son
travail
 de
 recherche
 accessible.
 Dans
 ce
 vaste
 marché,
Alterstice
 a
 fait
 le
 choix
 de
 l’accès
 totalement
 gratuit.
 Ni
 les
 lecteurs,
 ni
 les
 auteurs
 n’ont
 à
 débourser
 le
 moindre
 kopeck
 pour
 que
 la
 revue
 vive.
 Ceci
 est
 possible
 grâce
 au
 soutien
de
l’ARIC,
du
CELAT
et
de
METISS,
et
des
institutions
publiques
de
financement
de
la
recherche
qui
elles‐

mêmes
soutiennent
ces
réseaux.

C’est
une
dimension
importante
de
la
philosophie
de
la
revue.
Pourvu
que
cela
 dure…


Ce
numéro
fait
justement
la
part
belle
à
l’équipe
METISS,
qui
expose
ici
ses
derniers
travaux.
Sous
la
direction
de
 Catherine
Montgomery
 et
Soumya
Tamouro,
 les
chercheurs
y
présentent
leurs
observations
 et
 réflexions
 sur
 les
 diversités
dans
le
vaste
univers
de
la
santé.


Bonne
lecture!


Rattachement
de
l’auteur


1Université
Laval,
Québec,
Canada
 Correspondance


[email protected]Pour
citer
cet
article
:



Leanza,
Y.
(2012).
Alterstice
souffle
sa
première
bougie
[Éditorial].
Alterstice,
2(2),
1‐2.

(5)

INTRODUCTION
THÉMATIQUE

Regards
pluriels
sur
les
interventions
sociales
et
de
santé

 en
contexte
de
diversité

Catherine
Montgomery1
et
Soumya
Tamouro2
 


Résumé



Ce
 numéro
 thématique
 met
 en
 lumière
 les
 travaux
 réalisés
 par
 les
 membres
 de
 l’équipe
 de
 recherche
 METISS
 (Migration
et
 Ethnicité
dans
 les
 Interventions
 en
Santé
 et
 Service
 social).
Au
 cours
des
quinze
dernières
années,
 l’équipe
METISS
est
devenue
une
référence
pour
ses
expertises
relatives
aux
interventions
sociales
et
de
santé
en
 contexte
 de
 diversité,
 notamment
 dans
 le
 contexte
 québécois.
 Les
 chercheurs
 de
 l’équipe
 METISS
 ont
 comme
 objectif
de
mieux
comprendre
les
parcours
migratoires
et
les
différentes
facettes
de
l’intégration
des
immigrants
à
 leur
société
d’accueil.
Le
lien
aux
services
sociaux
et
de
santé
est
central
à
ces
interrogations,
mais
les
recherches
 entreprises
s’intéressent
aussi
à
d’autres
dimensions
pouvant
contribuer
à
l’amélioration
des
conditions
de
vie
des
 populations
migrantes,
comme
le
travail,
l’interprétariat,
l’insertion
dans
des
réseaux
de
sociabilité
ou
la
prise
en
 compte
des
savoirs
familiaux
dans
 la
 relation
d’aide.
De
façon
générale,
 ces
travaux
nous
 invitent,
d’une
part,
à
 poser
un
regard
critique
sur
les
conditions
qui
nuisent
à
la
santé
et
aux
conditions
de
vie
des
personnes
migrantes
 et,
 d’autre
 part,
 à
 réfléchir
 à
 des
 pratiques
 d’intervention
 sociale
 et
 de
 santé
 plus
 inclusives.
 Cette
 façon
 d’appréhender
les
enjeux
repose
sur
une
conception
dynamique
de
l’ethnicité
et
de
l’immigration
qui
ne
réduit
pas
 le
 vécu
 des
 populations
 migrantes
 à
 des
 explications
 culturalistes,
 mais
 le
 situe
 plutôt
 dans
 la
 dynamique
 des
 parcours
de
vie
des
migrants
et
des
rapports
sociaux
existant
entre
la
société
d’accueil
et
les
nouveaux
arrivants.


Rattachement
des
auteures


1Département
 de
 communication
 sociale
 et
 publique,
 Université
 du
 Québec
 à
 Montréal,
 Montréal,
 Canada
 et
 équipe
 METISS
 (Migration
 et
 Ethnicité
 dans
 les
 Interventions
 en
 Santé
 et
 Service
 social);
 2Alliance
 des
 communautés
culturelles
pour
l’égalité
dans
la
santé
et
les
services
sociaux
(ACCESSS)


Correspondance


[email protected]Mots
clés


intervention
interculturelle;
services
sociaux
et
de
santé;
altérité;
clinique;
diversité
 Pour
citer
cet
article
:



Montgomery,
C.
et
Tamouro,
S.
(2012).
Regards
pluriels
sur
les
interventions
sociales
et
de
santé
en
contexte
de
 diversité.
Alterstice,
2(2),
3‐8.

(6)

Introduction



Ce
 numéro
 thématique
 met
 en
 lumière
 les
 travaux
 réalisés
 par
 les
 membres
 de
 l’équipe
 de
 recherche
 METISS
 (Migration
et
Ethnicité
dans
les
Interventions
en
Santé
et
Service
social)1.
Au
cours
des
quinze
dernières
années,
 l’équipe
METISS
est
devenue
une
référence
pour
ses
expertises
relatives
aux
interventions
sociales
et
de
santé
en
 contexte
de
diversité,
notamment
dans
 le
 contexte
québécois.
 L’équipe
bénéficie
d’une
structure
de
partenariat
 étroit
 entre
 les
 milieux
 universitaires
 et
 les
 milieux
 de
 pratique
 –
 principalement
 avec
 le
 Centre
 de
 santé
 et
 de
 services
sociaux
(CSSS)
de
la
Montagne,
un
établissement
sociosanitaire
de
soins
de
première
ligne,
mais
aussi
avec
 une
vingtaine
d’autres
organismes
publics
et
communautaires
intéressés
par
les
questions
touchant
à
la
santé
et
 aux
 conditions
 de
 vie
 des
 personnes
 migrantes.
 Ce
 numéro
 d’Alterstice
 est
 représentatif
 de
 l’esprit
 de
 ce
 partenariat
:
il
est
issu
d’une
collaboration
avec
l’organisme
ACCESSS
(Alliance
des
communautés
culturelles
pour
 l’égalité
 dans
 la
 santé
 et
 les
 services
 sociaux),
 un
 regroupement
 d’organismes
 communautaires
 ayant
 comme
 objectif
la
représentation
des
 intérêts
des
 communautés
 ethnoculturelles
auprès
des
instances
décisionnelles
 en
 matière
de
santé
et
services
sociaux.



Les
 travaux
 de
 METISS
 cherchent
 à
 mieux
 comprendre
 les
 parcours
 migratoires
 et
 les
 différentes
 facettes
 de
 l’intégration
 des
 immigrants
 à
 leur
 société
 d’accueil.
 Le
 lien
 aux
 services
 sociaux
 et
 de
 santé
 est
 central
 à
 ces
 interrogations,
 mais
 les
 recherches
 réalisées
 par
 l’équipe
 METISS
 touchent
 aussi
 à
 d’autres
 dimensions
 pouvant
 contribuer
 à
 l’amélioration
 des
 conditions
 de
 vie
 des
 populations
 migrantes,
 comme
 le
 travail,
 l’interprétariat,
 l’insertion
dans
des
 réseaux
de
sociabilité
et
 la
prise
en
 compte
des
savoirs
familiaux
dans
la
 relation
d’aide.
 De
 façon
générale,
ces
recherches
nous
invitent,
d’une
part,
à
poser
un
regard
critique
sur
les
conditions
qui
nuisent
à
 la
santé
et
aux
conditions
de
vie
des
personnes
migrantes
et,
d’autre
part,
à
réfléchir
à
des
pratiques
d’intervention
 sociale
et
de
santé
plus
inclusives.
Cette
façon
d’appréhender
les
enjeux
repose
sur
une
conception
dynamique
de
 l’ethnicité
et
de
l’immigration
qui
ne
réduit
pas
le
vécu
des
populations
migrantes
à
des
explications
culturalistes,
 mais
le
situe
plutôt
dans
la
dynamique
des
parcours
de
vie
des
migrants
et
des
rapports
sociaux
existant
entre
la
 société
d’accueil
et
les
nouveaux
arrivants.



Dans
cette
perspective,
la
santé
et
le
bien‐être
des
personnes
migrantes
sont
perçus
comme
relevant
de
l’interface
 entre
différents
acteurs
–
professionnels
de
la
santé
et
des
services
sociaux,
intervenants
communautaires,
réseaux
 de
soutien
locaux
et
transnationaux.
Les
articles
présentés
ici
proposent
des
regards
pluriels
sur
ces
interfaces
et
 sur
 leurs
 implications
 dans
 le
 soutien
 au
 processus
 d’établissement
 des
 nouveaux
 immigrants.
 Comment
 se
 construisent
les
pratiques
d’intervention
destinées
à
soutenir
ce
processus?
Quelles
sont
les
valeurs,
implicites
et
 explicites,
qui
façonnent
les
pratiques
d’intervention?
Comment
les
intervenants
donnent‐ils
un
sens
à
leur
travail
 d’intervention?
Quels
sont
les
points
de
convergence,
de
négociation
ou
de
compromis
dans
les
rapports
entre
les
 différents
 acteurs,
 soit
 les
 institutions
 et
 organismes
d’accueil,
 les
 intervenants
 et
 les
 personnes
 migrantes?
 Ces
 questionnements
sous‐tendent
l’analyse
des
expériences
d’intervention
et
de
migration,
tout
en
ouvrant
un
espace
 critique
de
réflexion
pour
repenser
les
façons
d’intervenir
et
d’agir
en
contexte
de
diversité.


La
 santé
 et
 des
 conditions
 de
 vie
 décentes
 sont
 des
 valeurs
 fondamentales
 de
 la
 société
 québécoise.
 Les
 établissements
 publics
 de
 santé
 et
 de
 services
 sociaux
 ainsi
 que
 les
 organismes
 communautaires
 d’aide
 aux
 nouveaux
 immigrants
 sont
 de
 ce
 fait
 des
 milieux
 potentiellement
 significatifs
 pour
 l’intégration
 sociale
 des
 nouveaux
immigrants
ou
de
tout
autre
groupe
minoritaire
(OMS,
2010).
Les
établissements
constituent
en
quelque
 sorte
des
agents
de
liaison
entre
les
politiques
étatiques
en
matière
d’immigration
et
d’intégration
d’une
part
et
 leur
application
concrète
d’autre
part
(Verbunt,
2009).
Pourvoyeurs
de
soins,
de
soutien
psychosocial
et
de
services
 de
première
nécessité,
ce
sont
des
acteurs
de
première
ligne
dans
l’accompagnement
des
nouveaux
arrivants
dans
 le
 processus
 d’établissement
 et,
 de
 ce
 fait,
 constituent
 en
 même
 temps
 des
 lieux
 privilégiés
 de
 contact
 avec
 la
 société
 d’accueil
 (OMS,
 2010).
 Cette
 capacité
 intégratrice
 est
 illustrée
 de
 différentes
 façons
 dans
 la
 littérature.


Tandis
que
certains
auteurs
soulignent
la
créativité
des
savoirs
d’intervention
et
la
forte
capacité
des
intervenants
à


1L’équipe
 METISS
 bénéficie
 d’une
 subvention
 d’infrastructure
 du
 Fonds
 de
 recherche
 Québec
 –
 Société
 et
 Culture
 (FRQ‐SC).


L’équipe
est
gérée
en
partenariat
entre
le
Centre
de
recherche
et
de
formation
du
Centre
de
santé
et
de
services
sociaux
(CSSS)
 de
la
Montagne
et
le
département
de
communication
sociale
et
publique
de
l’Université
du
Québec
à
Montréal
(UQÀM).
Nous
 tenons
à
remercier
Andréanne
Boisjoli,
agente
de
valorisation
des
connaissances
de
l'équipe
METISS,
pour
la
coordination
de
ce


(7)

Regards
pluriels
sur
les
interventions
sociales
et
de
santé
en
contexte
de
diversité
 5


ajuster
leurs
façons
de
faire
aux
situations
et
contraintes
rencontrées
dans
l’intervention
en
contexte
de
diversité,
 d’autres
mettent
de
l’avant
leur
engagement
social
et
l’esprit
d’initiative
qu’illustre
le
développement
de
projets
 porteurs
permettant
de
mieux
répondre
aux
besoins
spécifiques
d’une
clientèle
diversifiée
(Cloutier,
2011;
Racine,
 2000;
 Saillant,
 Châteauneuf,
 Cognet
 et
 Charland,
 2009).
 Sur
 tous
 ces
 plans,
 les
 établissements
 et
 organismes
 encouragent
de
nouvelles
formes
de
vivre‐ensemble,
fondées
sur
des
rapports
d’entraide
et
d’accompagnement
et
 sur
la
promotion
de
solidarités
dans
et
à
travers
l’intervention.



Malgré
ces
forces,
il
demeure
que
l’ouverture
des
établissements
et
organismes
à
la
diversité
présente
aussi
des
 défis
 notables.
 Ces
 défis
 sont
 souvent
 formulés
 en
 termes
 d’enjeux
 d’adaptation
 et
 d’accessibilité
 aux
 services,
 observés
la
plupart
du
temps
par
le
prisme
des
barrières
de
communication
ou
des
conceptions
différenciées
de
la
 santé
 et
 des
 soins
 (Bowen,
 2001;
 Santé
 Canada,
 2010).
 Du
 côté
 organisationnel,
 on
 note
 par
 exemple
 que
 la
 rencontre
clinique
peut
durer
plus
longtemps
(jusqu’à
2,9
%
de
plus)
avec
une
clientèle
nouvellement
immigrante,
 mais
 que
 cette
 différence
 n’est
 pas
 toujours
 prise
 en
 compte
 dans
 la
 gestion
 des
 soins
 et
 services,
 dans
 la
 reconnaissance
du
temps
supplémentaire
nécessaire
pour
l’intervention
ou
dans
la
promotion
d’outils
permettant
 aux
intervenants
de
mieux
adapter
leurs
pratiques
à
la
diversité
(Battaglini,
2008
et
2010).
Contraintes
budgétaires
 et
réorganisation
des
programmes
et
services,
tant
dans
les
secteurs
publics
que
communautaires,
constituent
un
 autre
frein
important
au
développement
de
pratiques
adaptées
visant
des
clientèles
spécifiques.
D’autres
travaux
 portent
un
regard
plus
critique
sur
l’intervention
en
contexte
de
diversité
et
nous
amènent
à
réfléchir
à
la
façon
 dont
 l’organisation
 des
 soins
 et
 services
 peut
 aussi
 participer
 à
 la
 construction
 de
 rapports
 d’exclusion
 des
 populations
migrantes
(Cloos,
2010;
Cognet
et
Adam‐Vezina,
2010;
Cognet
et
Montgomery,
2007).
De
ce
point
de
 vue,
les
établissements
et
organismes
d’aide
n’interviennent
pas
dans
un
environnement
neutre,
mais
véhiculent
 des
valeurs
et
des
façons
de
penser
l’intégration
des
populations.
Ces
valeurs
recèlent
un
potentiel
de
préjugés
et
 de
stéréotypes
pouvant
renforcer
des
représentations
de
l’altérité.
Ainsi,
la
rencontre
clinique
elle‐même
devient
le
 lieu
 où
 se
 négocient
 appartenances
 et
 valeurs
 différenciées.
 Sans
 être
 nécessairement
 préjudiciables,
 ces
 négociations
 identitaires
 caractérisent
 et
 orientent
 la
 relation
 d’aide
 en
 reproduisant
 des
 représentations
 du
 rapport
entre
«
Nous
»
et
l’«
Autre
»
(Kanouté,
Hohl,
Xenocostas
et
Duong,
2007;
Legault
et
Rachédi,
2008).




Les
articles
de
ce
numéro
abordent
les
thèmes
de
solidarité,
de
négociation
identitaire
et
d’altérité
sous
l’angle
des
 pratiques
et
des
savoirs
d’intervenants
et
celui
des
expériences
et
savoirs
des
personnes
migrantes.
Ils
proposent
 une
lecture
à
la
fois
plus
complexe
et
plus
réelle
des
enjeux
liés
à
la
santé
et
au
bien‐être
des
personnes
migrantes.


Le
premier
texte,
de
Marguerite
Cognet
et
Sandra
Bascougnano,
nous
rappelle
que
les
pratiques
de
soins
n’existent
 pas
de
façon
isolée,
mais
s’insèrent
plutôt
dans
un
contexte
historique
et
politique.
Ainsi,
la
conception
que
se
font
 les
intervenants
des
pratiques
et
des
relations
de
soins
en
contexte
de
diversité
est
nécessairement
imprégnée
des
 cadres
 sociopolitiques
 d’intégration
 et
 d’immigration
 qui
 prédominent
 dans
 une
 société
 donnée.
 Plus
 spécifiquement,
 les
 auteures
 proposent
 une
 analyse
 comparative
 des
 représentations
 des
 professionnels
 de
 la
 santé
par
rapport
aux
populations
migrantes
dans
les
contextes
français
et
québécois,
mettant
en
relief
les
figures
 d’altérité
 qui
 émergent
 dans
 la
 relation
 de
 soins.
 Bien
 que
 ces
 figures
 d’altérité
 soient
 tirées
 de
 situations
 contemporaines,
on
y
observe
des
traces
du
rapport
historique
entre
le
colonialisme
et
la
médecine
qui
marquent
 encore
les
modèles
sociopolitiques
d’intégration.
En
France
et
les
départements
outre‐mer,
celles‐ci
se
manifestent
 dans
 la
 réactualisation
 de
 tensions
 historiques
 qui
 émergent
 dans
 la
 relation
 entre
 intervenant
 et
 client,
 le
 traitement
différentiel
de
certains
groupes
et
les
rapports
paternalistes
qui
s’introduisent
dans
la
relation
de
soins.


Si,
au
Québec,
la
représentation
des
professionnels
envers
les
migrants
est
généralement
plus
positive,
les
auteures
 observent
néanmoins
la
persistance
de
stéréotypes
pouvant
renforcer
l’asymétrie
dans
la
relation
de
soins.



L’article
de
Josiane
Le
Gall,
Spyridoula
Xenocostas
et
Sophie
Lemoyne‐Dessaint
aborde
une
autre
dimension
de
la
 relation
de
soins,
soit
la
place
occupée
par
la
spiritualité
et
la
religion,
sujets
largement
occultés
au
Québec
depuis
 la
Révolution
tranquille,
mais
fortement
médiatisés
au
cours
des
dernières
années.
Ces
événements
médiatiques
 ont
projeté
l’image
d’un
système
de
santé
aux
prises
avec
un
sérieux
problème
de
gestion
de
la
diversité
religieuse.


Les
auteures
 remettent
 en
question
cette
 image.
En
dépit
de
la
multiplication
de
nouveaux
groupes
 religieux
au
 Québec
au
cours
des
dernières
décennies,
 l’impact
du
pluralisme
religieux
sur
l’organisation
 et
la
prestation
des
 services
de
santé
est
encore
largement
peu
documenté
dans
le
contexte
québécois.
Les
données
recueillies
lors
de
 leur
recherche
sur
les
défis
et
enjeux
posés
par
la
diversité
religieuse
dans
l’intervention
de
première
ligne,
au
sein


(8)

de
CSSS
montréalais,
révèlent,
d’un
côté,
que
le
processus
de
prise
en
compte
des
différences
religieuses
est
défini
 en
 grande
 partie
 par
 les
 structures
 de
 santé
 elles‐mêmes
 et,
 de
 l’autre
 côté,
 que
 la
 question
 religieuse,
 en
 plus
 d’être
 souvent
 confondue
 avec
 culture,
 est
 très
 peu
 abordée
 par
 les
 intervenants
 et
 qu’elle
 suscite
 un
 certain
 malaise
chez
plusieurs
d’entre
eux.



La
 rencontre
 clinique
 est
 aussi
 l’objet
 d’analyse
 dans
 l’article
 proposé
 par
 Isabelle
 Boivin,
 Yvan
 Leanza
 et
 Ellen
 Rosenberg
 portant
 sur
 le
 rôle
 des
 interprètes
 professionnels
 et
 familiaux
 dans
 la
 relation
 entre
 médecins
 et
 patients
 migrants.
 Dans
 un
 contexte
 de
 diversité,
 l’interprète
 est
 un
 acteur
 clé
 dont
 le
 rôle
 contribue
 à
 assurer
 l’accessibilité
linguistique
aux
services,
selon
la
Loi
sur
la
santé
et
les
services
sociaux
au
Québec.
Selon
les
auteurs,
 il
 est
réducteur
de
 limiter
 la
compréhension
du
rôle
de
l’interprète
à
un
simple
acte
linguistique.
S’inspirant
des
 travaux
de
Habermas,
ils
proposent
une
typologie
des
différents
rôles
joués
par
l’interprète
dans
la
médiation
entre
 le
 système
 médical
 (la
 voix
 du
 médecin)
 et
 le
 monde
 vécu
 du
 patient
 (la
 voix
 du
 patient).
 Les
 deux
 premières
 postures
–
celles
de
l’agent
linguistique
dont
le
rôle
est
de
servir
principalement
de
conduit
d’information
entre
les
 médecins
et
les
patients
et
celle
de
l’agent
du
système
qui
défend
le
discours
institutionnel
‐‐
tendent
à
renforcer
le
 discours
médical
et
confirmer
la
prédominance
de
la
voix
médicale
sur
celle
du
monde
vécu
du
patient.
Quant
aux
 deux
 autres
 postures
 –
 l’agent
 du
 monde
 vécu
 qui
 prend
 la
 défense
 des
 besoins
 et
 droits
 du
 patient
 et
 l’agent
 d’intégration
qui
accompagne
le
migrant
dans
différentes
sphères
d’activité
liées
à
l’intégration
–
elles
défendent
 avant
 tout
 la
 voix
 du
 patient.
 Ces
 postures
 sont
 différenciées
 selon
 le
 statut
 de
 l’interprète
 (professionnel
 ou
 familial),
mais
dans
tous
les
cas
les
auteurs
pensent
que
l’interprétariat
devrait
favoriser
l’agir
communicationnel,
 soit
la
reconnaissance
de
l’Autre
dans
la
rencontre
clinique.


L’article
de
Margareth
Santos
Zanchetta
et
collab.
aborde
la
question
de
l’accessibilité
linguistique
aux
services
d’un
 autre
point
de
vue,
soit
de
 la
perspective
des
personnes
 migrantes.
L’article
s’interroge
sur
le
cas
spécifique
des
 minorités
francophones
au
Canada.
Comme
le
démontrent
les
résultats,
l’accessibilité
aux
services
en
français
est
 plutôt
restreinte
ou
même
inexistante
pour
beaucoup
de
familles
issues
des
minorités
francophones
hors
Québec,
 ce
qui
les
vulnérabilise
de
différentes
façons.
Sur
le
plan
médical,
la
non‐compréhension
de
la
langue
contribue
à
 un
faible
niveau
de
littératie
en
santé
de
façon
générale
et,
plus
spécifiquement,
à
l’augmentation
de
l’anxiété
vis‐

à‐vis
des
diagnostics
et
des
traitements,
à
l’impossibilité
de
juger
de
la
qualité
et
de
la
pertinence
des
différentes
 sources
d’informations
disponibles,
à
l’augmentation
du
risque
associé
à
la
prise
de
décisions
concernant
leur
santé
 et
 au
 manque
 de
 motivation
 envers
 des
 mesures
 préventives
 en
 santé.
 La
 non‐compréhension
 de
 la
 langue
 a
 également
 des
 conséquences
 sur
 le
 plan
 social,
 notamment
 par
 le
 développement
 d’un
 sentiment
 d’isolement
 linguistique,
 particulièrement
 pour
 les
 femmes,
 et,
 aussi,
 d’un
 sentiment
 d’injustice
 lié
 au
 non‐respect
 de
 leurs
 droits
en
tant
que
minorité
linguistique.
Ces
conséquences
renforcent
leur
statut
minoritaire
et
les
maintiennent
 dans
 une
 posture
 d’altérité,
 limitant
 par
 le
 fait
 même
 le
 respect
 du
 droit
 aux
 services
 dans
 les
 deux
 langues
 officielles
du
Canada,
pourtant
garanti
dans
les
lois
régissant
les
services
sociaux
et
de
santé.


Le
respect
du
droit
à
la
santé
et
le
bien‐être
des
personnes
migrantes
est
également
exploré
dans
l’article
de
Sylvie
 Gravel,
Gabrielle
Legendre
et
Jacques
Rhéaume
portant
sur
la
participation
des
travailleurs
migrants
aux
mesures
 préventives
de
santé
et
sécurité
au
travail
(SST)
dans
des
petites
entreprises.
D’un
côté,
les
résultats
suggèrent
que
 les
 travailleurs
 sont
 peu
 au
 fait
 des
 mesures
 préventives
 de
 santé
 et
 sécurité
 au
 travail.
 Selon
 les
 personnes
 interrogées,
 les
 travailleurs
 migrants
 reçoivent
 moins
 de
 formation
 à
 l’embauche
 que
 les
 travailleurs
 d’origine
 canadienne,
participent
peu
aux
instances
responsables
de
la
SST
et
sont
plus
réticents
à
signaler
des
blessures
ou
 utiliser
des
équipements
de
protection.
De
plus,
les
rapports
d’autorité
dans
les
entreprises
font
en
sorte
que
les
 travailleurs
migrants
sont
souvent
mal
placés
pour
signaler
leurs
préoccupations
ou
des
risques
potentiels.
Du
côté
 des
employeurs,
les
résultats
démontrent
que
les
petites
entreprises
sont
mal
outillées
pour
faire
la
promotion
des
 mesures
de
santé
et
sécurité
au
travail.
Ceci
est
encore
plus
vrai
parmi
les
employeurs
et
les
superviseurs
issus
eux‐

mêmes
de
l’immigration,
qui
de
façon
générale
connaissent
mal
les
mesures
de
SST.
Face
à
ces
constats,
les
auteurs
 insistent
sur
l’importance
de
favoriser
une
culture
de
SST
dans
les
petites
entreprises
par
des
mesures
ciblées
afin
 que
les
droits
et
les
obligations
soient
connus
et
respectés
par
tous.



Pour
 terminer
 la
 partie
 thématique
 de
 ce
 numéro,
 le
 texte
 de
 Nadia
 Deville‐Stoetzel,
 Catherine
 Montgomery
 et
 Lilyane
Rachédi
aborde
la
question
des
conditions
et
des
expériences
de
vie
des
personnes
migrantes
à
partir
d’une


(9)

Regards
pluriels
sur
les
interventions
sociales
et
de
santé
en
contexte
de
diversité
 7


institutionnel
en
santé
et
services
sociaux.
Ils
participent
tout
particulièrement
au
renforcement
des
solidarités
et,
 de
ce
fait,
constituent
des
espaces
positifs
d’insertion.
La
migration
internationale
représente
une
mise
à
l’épreuve
 et
une
remise
en
question
de
toutes
les
sphères
de
la
vie
sociale
:
relations
au
quotidien,
insertion
résidentielle
et
 professionnelle.
Le
 rôle
des
réseaux
a
 été
 exploré
dans
trois
phases
d'établissement
de
familles
maghrébines
au
 Québec,
soit
le
projet
migratoire
enclenché
dans
le
pays
d'origine,
la
phase
initiale
de
migration
qui
représente
le
 moment
de
l'arrivée
dans
 le
pays
d'accueil
 et
la
phase
de
 l'établissement,
qui
 correspond
aux
premières
années
 suivant
 l’arrivée.
 Au
 cours
 de
 ces
 trois
 phases,
 à
 différents
 degrés,
 les
 réseaux
 familiaux,
 de
 compatriotes,
 de
 personnes
provenant
de
pays
d’accueil
et
d’organismes
communautaires
jouent
un
rôle
important,
que
ce
soit
dans
 l’insertion
résidentielle
et
professionnelle
ou
tout
simplement
dans
la
vie
quotidienne.


Ainsi,
l’intervention
sociale
et
de
santé
en
contexte
de
diversité
est
marquée
par
une
dualité
des
rapports.
Tandis
 que
les
uns
sont
fondés
sur
l’entraide,
l’accompagnement
et
les
solidarités,
les
autres
reposent
sur
la
négociation
 identitaire
 et
 l’altérité.
Ces
deux
formes
de
 rapports
 se
côtoient
dans
 l’organisation
des
services
 comme
dans
la
 relation
d’aide,
et
constituent
la
trame
des
articles
composant
ce
numéro
spécial.


Références
bibliographiques


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Repères
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perspectives
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15‐46).
Paris
:
La
Découverte.


(10)
(11)

ARTICLE
THÉMATIQUE

Soins
et
altérité
:
analyse
comparée
des
regards
et
des
pratiques
des
soignants

Marguerite
Cognet1
et
Sandra
Bascougnano2
 


Résumé



L’analyse
 comparée
 des
 regards
 et
 des
 pratiques
 des
 soignants
 en
 France
 et
 au
 Québec
 permet
 d’interroger
 les
 idéaux
 portés
 par
 les
 modèles
 politiques
 d’intégration
 des
 populations
 immigrées
 et
 dits
 «
de
 gestion
 de
 la
 diversité
».
À
partir
de
travaux
empiriques
menés
à
Montréal,
Paris
et
Saint‐Denis
de
la
Réunion,
nous
montrons
 que
les
regards
que
les
professionnels
de
la
santé
portent
sur
les
populations
altérisées
–
ethnicisées
ou
racisées
–
 
comme
 les
 pratiques
 qu’ils
 déploient
 à
 leur
 endroit
 restituent
 des
 tensions
 historiques
 mal
 contenues
 par
 les
 idéologies
 politiques.
 Les
 regards
 et
 les
 pratiques
 soignantes
 sont
 autant
 de
 révélateurs
 de
 figures
 d’altérité
 historiquement
construites
visant
toujours
à
maintenir
alter
pour
mieux
préserver
ego.
Ce
constat
met
en
évidence
 le
 fait
 suivant
:
 que
 la
 différence
 soit
 niée
 (modèle
 républicain)
 ou
 qu’elle
 soit
 mise
 en
 avant
 (modèle
 multiculturaliste),
 elle
 reste
 celle
 des
 autres.
 Autrement
 dit,
 la
 relation
 majoritaire/minoritaires
 reste
 impensée,
 seule
la
différence
supposée
des
minoritaires
justifie
le
questionnement
des
limites
du
modèle
de
l’intégration
à
la
 française
ou
de
celles
du
multiculturalisme
canadien.


Rattachement
des
auteures


1Université
Paris
Diderotet
UMR
7032
URMIS
–
SOLIIS,
Paris,
France;
2Université
de
Bretagne
occidentale
et
Atelier
 de
recherche
sociologique
(ARS),
France


Correspondance


marguerite.cognet@univ‐paris‐diderot.fr

 Mots
clés


pratique
professionnelle;
institution
de
la
santé;
ethnicisation;
politique
d'intégration

 Pour
citer
cet
article
:



Cognet,
 M.
 et
 Bascougnano,
 S.
 (2012).
 Soins
 et
 altérité
:
 analyse
 comparée
 des
 regards
 et
 des
 pratiques
 des
 soignants.
Alterstice,
2(2),
9‐22.


(12)

Introduction



Cet
article
a
pour
objectif
l’analyse
comparée
des
regards
et
des
pratiques
des
professionnels
de
la
santé
et
des
 services
 sociaux
 en
 lien
 avec
 les
 idéaux
 portés
 en
 France
 et
 au
 Canada/Québec
 par
 les
 modèles
 politiques
 d’intégration
des
populations
 immigrées
 et
dits
«
de
 gestion
»
des
minorités
ethno‐raciales1
encore
 catégorisées
 comme
autant
de
«
communautés
culturelles
».
Dans
l’un
et
l’autre
des
deux
pays,
les
questions
d’altérité
en
lien
 avec
l’installation
des
populations
migrantes
et
de
leurs
descendances
–
subsumées
sous
le
qualificatif
singulier
de


«
populations
issues
de
l’immigration
»
 –
font
l’objet
de
débats
et
de
tensions
(tensions
d’ailleurs
mises
sous
 les
 feux
de
l’actualité
au
Québec
lors
du
débat
sur
les
accommodements
raisonnables
qui
a
accompagné
les
travaux
de
 la
Commission
Bouchard‐Taylor2).



Le
Canada
revendique
son
attachement
au
multiculturalisme,
le
Québec
y
adhèrant
en
partie
tout
en
défendant
le
 fait
français
par
l’adoption
d’un
modèle
alternatif
dit
de
l’interculturalisme
(Winter,
2006).
La
spécificité
étant
alors,
 dans
 le
 cadre
 d’un
 modèle
 pluraliste,
 de
 promouvoir
 l’intégration
 des
 différentes
 traditions
 culturelles
 en
 vue
 d’éviter
des
risques
de
marginalisation
et
de
fragmentation
du
tissu
social
(Bouchard,
2012).
La
France,
de
son
côté,
 reste
attachée
au
modèle
républicain
et
mise
toujours
sur
l’universalité
des
droits
et
le
principe
d’égalité
du
citoyen
 de
l’État‐nation.
Il
demeure
que
dans
l’une
et
l’autre
de
ces
sociétés,
des
faits
et
des
pratiques
politiques
ont
remis
 –
et
remettent
–
 en
cause
ces
modèles
dans
leurs
applications.
Le
Canada,
comme
le
Québec,
se
recentre
sur
la
 citoyenneté,
voire
sur
une
certaine
canadianité
(Labelle,
2005;
Labelle
et
Salée,
1999).
En
France,
on
observe
des
 politiques
et
des
pratiques
de
gestion
différenciées
entre
la
métropole
et
les
territoires
hérités
de
la
colonisation
 ainsi
 que
 l’émergence,
 dans
 l’hexagone,
 d’une
 critique
 du
 modèle
 républicain
 traditionnel
 (Streiff‐Fénart,
 2002;


Wieviorka,
 1999;
 Wiewiorka
 et
 Ohana,
 2001).
 L’histoire
 passée
 et
 présente
 des
 pratiques
 sociales
 confronte
 les
 idéologies
 politiques,
 pose
 la
 question
 de
 leurs
 limites
 et
 nous
 paraît
 mettre
 en
 exergue
 des
 tensions
 entre
 idéologies
et
intérêts,
entre
une
certaine
idée
sociale
et
politique
de
la
démocratie
et
les
rationalités
économiques
 des
logiques
néolibérales.


Nous
voulons
discuter
ici
de
ces
modèles
politiques
et
des
tensions
qui
les
accompagnent.
Après
un
bref
rappel
des
 contextes
historiques
dans
lesquels
se
sont
édifiées
et
diffusées
de
grandes
figures
d’altérité,
nous
reprendrons
les
 résultats
de
plusieurs
études
empiriques
menées
à
Montréal,
à
Paris
et
à
Saint‐Denis
de
la
Réunion
(Bascougnano,
 2009;
Cognet,
Bascougnano
et
Adam‐Vezina,
2009;
Cognet,
Bertot,
Couturier,
Rhéaume
et
Fournier,
2005;
Cognet,
 Couturier,
Rhéaume
et
Bertot,
2010;
Saillant,
Chateauneuf,
Cognet
et
Charland,
2008;
Saillant
et
collab.,
2006)
pour
 explorer
 les
 regards
 que
 portent
 aujourd’hui
 les
 professionnels
 de
 la
 santé
 sur
 les
 populations
 «
issues
 de
 l’immigration
»
–
minorités
ethnicisées
ou
racisées
–
et
les
pratiques
qu’ils
déploient
à
leur
endroit
du
fait
de
ces
 regards.
 Nous
 reviendrons
 en
 conclusion
 sur
 les
 modèles
 politiques
 canadiens
 et
 français
 et
 nous
 essaierons
 de
 montrer
 en
 quoi
 ces
 regards
 soignants
 portent
 en
 eux‐mêmes
 les
 tensions,
 voire
 les
 contradictions,
 qui
 sous‐

tendent
les
besoins
de
main‐d’œuvre
et
le
maintien
d’une
position
hégémonique
des
pays
du
Nord
sur
les
pays
du
 Sud.


Les
figures
de
l’autre
:
histoire
passée
et
présente
de
la
barbarisation


De
la
 conquête
du
 Nouveau‐Monde
au
XVe
 siècle
à
 l’expansion
coloniale
accélérée
au
 milieu
du
XIXe;
du
premier
 voyage
de
Jacques
Cartier
(1534)
et
de
la
constitution
de
la
Nouvelle‐France
à
sa
cession
aux
Anglais
en
1763
et
à
 l’émergence
de
la
Grande‐Bretagne
comme
1re
puissance
coloniale
du
monde,
puis
à
celle
de
l’empire
colonial
de
la


IIIe
République
française
jusqu’à
la
Seconde
Guerre
mondiale,
les
rapports
de
domination
se
sont
historiquement


1
Nous
utilisons
ce
terme
à
dessein
dans
la
mesure
où
il
nous
paraît
restituer
la
construction
d’une
certaine
altérité
à
partir
de
 traits
physiques
et/ou
culturels
sélectionnés
à
l’aune
des
rapports
de
force
qui
ont
accompagné
et
accompagnent
les
rapports
 entre
les
groupes
sociaux
intra‐
et
inter‐nationaux
(voir
De
Rudder,
Poiret
et
Vourc’h,
2000)


2
 Les
 crispations
 sociales
 relatives
 aux
 accommodements
 raisonnables
 accentuées
 un
 peu
 partout
 au
 Canada
 depuis
 le
 retentissement
 de
 l’attentat
 aux
 États‐Unis
 du
 11
 septembre
 2001
 ont
 poussé
 le
 gouvernement
 du
 Québec
 à
 créer
 une
 Commission
 de
 consultation
 sur
 les
 pratiques
 d’accommodement
 reliées
 aux
 différences
 culturelles,
 commission
 plus
 connue
 sous
le
nom
de
ses
responsables,
Messieurs
Bouchard
et
Taylor.
Le
rapport
publié
au
mois
de
mai
2008
a
avivé
le
débat
social


(13)

Soins
et
altérité
:
analyse
comparée
des
regards
et
des
pratiques
des
soignants
 11


établis
sur
des
processus
d’altérisation
et
de
hiérarchisation3
des
populations
conquises
au
moyen
d’un
mécanisme
 principal
 qu’à
 l’instar
 de
 Taguieff
 (1998)
 nous
 appellerons
 la
barbarisation4
:
 la
 dépréciation
 des
 qualités
 de
 ces
 populations
 conquises
 (valeurs,
 croyances,
 pratiques,
 normes)
 au
 profit
 de
 la
 survalorisation
 de
 celles
 des
 conquérants,
ainsi
que
l’essentialisation
de
ces
qualités.


Sous
 les
 empires
 coloniaux
 britanniques
 et
 français,
 dont
 le
 Canada
 fait
 alors
 partie
 intégrante,
 ont
 ainsi
 été
 construites
au
gré
des
conquêtes
des
représentations
de
l’autre
à
l’aune
des
besoins
des
colonisateurs.
Aux
côtés
 des
 grandes
 figures
 du
juif
 et
 du
mahométan
 qui
 émergent
 en
 Occident
 au
 milieu
 du
 xve
siècle,
 et
 à
 partir
 desquelles
 se
 fondent
 les
 unités
 politiques
 des
 États
 européens
 (les
 ennemis
 de
 l’intérieur),
 vont
 s’édifier
 des
 figures
 d’altérité
 sur
 les
 nouveaux
 territoires
 conquis
:
 l’indienautochtone
 d’Amérique,
 médiocre
 main‐d’œuvre,
 qui,
quand
il
n’est
pas
cannibale,
ne
peut‐être
qu’un
éternel
mineur
incapable
d’assumer
son
devenir;
la
figure
du
 noir,
 descendant
 de
 Cham
 et
 doté
 de
 caractéristiques
 qui
 en
 font
 un
esclave
 par
 «
nature
»;
 viendra
 ensuite
 l’indigène
qui
partage
avec
le
sauvage
des
caractéristiques
des
«
races
inférieures
».
Ces
grandes
figures
n’excluent
 pas
des
figures
plus
locales
comme
celle
des
Panis,
esclaves
amérindiens
au
Québec
(Trudel,
2004).
Dans
le
même
 temps
s’est
construite
une
représentation
idéalisée
du
colonisateur
(Memmi,
2005).


Les
violences
réelles
et
 symboliques
qui
accompagneront
la
conquête
et
 la
colonisation
trouveront
 leur
exutoire
 dans
la
mise
 en
forme
d’un
ordre
hiérarchisé
racisé
qui
classera
les
Blancs
au
sommet,
les
 Noirs
au
plus
bas
 et,
 entre
eux,
tous
les
autres
colonisés
(Bouamama
et
Tevanian,
2006).


Ces
figures
ont
donné
sens
à
la
conquête
de
l’autre,
elles
ont
fondé
la
légitimité
de
l’empire
colonial
sous
le
label
de
 la
mission
civilisatrice.
Inévitablement,
ces
figures
ont
«
irrigué
la
pensée
occidentale
»
(Blanchard
et
Bancel,
1998,
 p.
 13)
 et
 constitué
 le
 fond
 mythique
 à
 partir
 duquel
 sont
 pensés
 le
 rapport
 à
 l’autre
 et
 le
 rapport
 à
 soi.
 Le
soi
 devenant
la
norme
ethnocentrée,
l’autre
son
négatif.


Stéréotypées,
 ces
 figures
 ont
 été
 diffusées
 à
 tous
 les
 niveaux
 des
 sociétés
 coloniales
 via
 tous
 les
 organes
 de
 communication
–
de
la
presse
aux
manuels
scolaires
en
passant
par
les
cartes
postales
et
les
expositions
coloniales.


Elles
se
sont
incrustées
dans
les
imaginaires
(Blanchard
et
Bancel,
1998,
p.
13).
La
décolonisation
des
territoires
et
 la
 reconfiguration
 des
 rapports
 internationaux
 postcoloniaux
 n’ont
 pas
 fait
 table
 rase
 de
 ces
 figures
 qui,
 si
 elles
 peuvent
 évoluer
 dans
 le
 contenu
 qui
 leur
 est
 associé5,
 constituent
 des
 ressources
 cognitives,
 des
 manières
 de
 penser
et
d'interpréter
le
monde,
une
boîte
à
outils
d’assignations
identitaires
normatives6,
toujours
mobilisables
 dans
 le
 cours
 des
 interactions
 pour
 orienter
 les
 conduites.
 Et
 si
 elles
 ont
 acquis
 une
 certaine
 pérennité
 dans
 l’espace
 social,
il
n’y
a
pas
de
raison
de
 croire
qu’elles
ne
 pénètrent
pas
tous
les
 systèmes
y
compris
 celui
de
 la
 santé.
D’autant
que
la
construction
et
la
diffusion
de
ces
figures
d’altérité
ne
furent
ce
qu’elles
furent
que
parce
 qu’elles
ont
été
confortées
par
une
autorité
scientifique,
les
allégations
des
sciences
naissantes
de
l’homme
et
des
 sciences
médicales.


3
Si
la
mise
en
altérité
est
antérieure
à
la
conquête
comme
il
est
possible
de
le
voir
dans
les
carnets
de
Christophe
Colomb,
où
 chez
lui
comme
d’autres
les
premières
réactions
qu’occasionnent
la
découverte
de
l’Amérique
et
de
son
peuple
sont
marquées
 par
 l’exaltation
 de
 ce
 qu’il
 considère
 être
 l’ingénuité
 et
 la
 beauté
 primitives
 (Todorov,
 1991),
 la
 conquête
 marque
 un
 autre
 temps
de
ce
procès
d’altérisation
où
l’autre
est
désormais
catégorisé
et
prend
place
dans
un
rang
hiérarchique.


4
L’auteur
enregistre
trois
opérations
au
cœur
de
la
pensée
raciste
:
l’essentialisme,
qui
consiste
à
réduire
l’individu
au
statut
de
 représentant
quelconque
de
son
groupe
d’appartenance,
érigé
en
nature
ou
en
essence,
fixe
et
insurmontable
(naître
tel,
c’est
 être
tel);
la
stigmatisation,
qui
vise
à
exclure
symboliquement
(voire
réellement)
les
individus
ainsi
catégorisés
au
moyen
d’une
 manipulation
de
stéréotypes
négatifs
et
enfin
la
barbarisation
qui
est
la
déshumanisation
partielle
ou
totale
des
catégories
ainsi
 créées.


5
Les
représentations
sociales
que
constituent
les
stéréotypes
et
les
préjugés
qui
les
accompagnent
conservent
le
plus
souvent
 un
noyau
dur
(ou
central)
qui
se
caractérise
par
sa
stabilité
et
sa
cohérence.
Il
résiste
aux
changements
et
assure
la
permanence
 de
 la
 représentation
 (Bauer,
 2011).
 Nous
 pouvons
 ici
 considérer
 que
 ce
 noyau
 est
 fondé
 autour
 de
 la
 hiérarchisation
 des
 supposées
«
races
»
ou
«
ethnies
»
 indépendamment
de
la
modification
à
 la
marge
de
certains
 éléments.
Par
 exemple,
l’idée
 que
les
juifs
pourraient
se
reconnaître
à
un
nez
«
crochu
»,
stéréotype
très
présent
dans
les
caricatures
jusque
dans
les
années
 1940,
est
aujourd’hui
atténuée
au
profit
de
marques
(traits)
attitudinales
plus
adéquates
à
la
rectitude
politique
contemporaine.


6
Abric
(1994,
p.
17)
souligne
que
les
représentations
sociales
ont
une
fonction
normative
:
la
représentation
sociale
«
définit
ce
 qui
est
licite,
tolérable
ou
inacceptable
dans
un
contexte
social
donné
».


(14)

Le
rôle
de
la
médecine
comme
science
de
l’autre


Il
est
sans
doute
opportun
de
rappeler
ce
rôle.
La
médecine
fut
un
des
vecteurs
majeurs
de
la
mission
civilisatrice
 dont
 se
 parait
 l’entreprise
 coloniale.
 L’accent
 est
 mis
 sur
 la
 vulnérabilité
 du
 monde
 primitif,
 vulnérabilité
 que
 la
 colonisation
et
la
modernisation
ne
font
qu’accroître
et
qui
le
pousse
à
se
réfugier
dans
ses
traditions.
Le
colonisé
 est
 de
 toute
 évidence
 mal
 préparé
 à
 lutter
 contre
 les
 maladies
 et
 paraît
 soumis
 aux
 pulsions
 les
 plus
 violentes
 (Carothers,
1953).
Seuls
la
civilisation,
les
bienfaits
de
la
médecine
et
l’évangélisation
peuvent
le
soustraire
à
ces
 mauvaises
 influences.
 Ce
 qui,
 dans
 les
 discours
 médicaux,
 vaut
 pour
 «
l’Africain
»
 vaut
 tout
 autant
 pour
 l’Indien
 d’Amérique
(Roy,
2004).
Et
si
les
médecins,
examinent,
marquent,
classent
microbes
et
populations
(Dozon,
1985),
 il
 s’agit
 aussi
 d’analyser
 et
 de
 classer
 les
 traits
 raciaux
 ou
 culturels
 propres
 à
 expliquer
 la
 personnalité
 des
 indigènes,
et
bien
sûr
de
trouver
les
marqueurs
de
leur
animosité
et
de
leur
violence
à
l’égard
des
colons.


Cette
rhétorique
de
la
différence
de
l’autre
par
nature
ou
par
culture
n’est
pas
davantage
absente
de
la
médecine
 occidentale
contemporaine,
quand
bien
même
elle
prend
des
formes
différentes
ou
plus
édulcorées
(Fassin,
1997,
 2000).
Elle
est
sensiblement
perceptible
dans
les
milieux
de
santé
quand
les
praticiens
se
sentent
démunis
face
aux
 échecs
 des
 interventions
 auprès
 de
 la
 population
 immigrante
 «
qu’est‐ce
 que
 vous
 voulez
 faire
 avec
 eux
 [les


«
Africains
»],
 ils
 viennent,
 ils
 ne
 viennent
 pas,
 ils
 arrivent
 quand
 ils
 veulent…
 ils
 consultent
 à
 l’africaine
 !
»
 (médecin,
CHU
parisien).
Elle
peut
devenir
patente
à
différents
moments
des
trajectoires
thérapeutiques
:


• Dans
la
prévention,
où
elle
peut
être
 instrumentalisée
par
la
notion
de
 risque,
notion
dont
les
 contours
ne
 sont
pas
simples,
avec
la
stigmatisation
de
«
groupes
à
risque
»
et
la
tentative
de
correction
par
la
notion
de


«
comportements
à
risque
»
et
avec
laquelle
on
se
demande
toujours
s’il
est
question
de
la
santé
de
l’individu
 ou
 du
 corps
 social
 qui
 le
 côtoie,
 ou
 des
 deux
 mais,
 pour
 parler
 en
 termes
 plus
 foucaldiens,
 dans
 une
 perspective
de
biopouvoir
(Fassin,
2001a,
2001b,
2005;
Foucault,
1976).


• Dans
 le
 cours
des
traitements
thérapeutiques,
avec
le
 recours
à
 la
notion
d’observance
 renvoyant
toujours
 l’individu
 à
 une
 certaine
 incapacité
 psychologique
 ou
 culturelle
 à
 suivre
 son
 traitement,
 à
 suivre
 les
 prescriptions
 normatives,
 à
 limiter
 les
 risques
 de
 développement
 de
 résistances
 des
 virus
 et
 des
 bactéries,
 bref
à
prendre
ses
responsabilités
de
citoyen
patient‐sentinelle
(Cognet,
Adam‐Vézina
et
Braud,
2010;
Pinell,
 1992).


Ces
notions
de
risque
et
d’observance
nous
apparaissent
de
fait,
dans
les
soins
auprès
de
personnes
vues
comme
 différentes,
 comme
 des
 outils
 de
 gestion
 de
 «
leur
»
 différence
 ainsi
 que
 vont
 le
 montrer
 les
 exemples
 de
 personnes
séropositives
au
VIH‐sida.


Figures
d’altérité
en
France


La
 lecture
 des
 figures
 d’altérité
 en
 France
 proposée
 ici
 s’appuie
 sur
 une
 recherche
 menée
 entre
 2003
 et
 2009
 (Bascougnano,
2009).
Un
premier
terrain
d’enquête,
fait
d’observations
in
situ
et
d’entretiens
semi‐directifs
avec
 les
 soignants,
 a
 été
 investigué
 au
 sein
 de
 deux
 services
 hospitaliers
 réunionnais
 où
 sont
 prises
 en
 charge
 des
 personnes
 séropositives
 au
 VIH
 entre
 août
 2003
 et
 fin
 janvier
 2004.
 Un
 second
 terrain
 a
 ensuite
 été
 réalisé
 principalement
 dans
 un
 service
 hospitalier
 parisien
 de
 même
 nature
 entre
 avril
 et
 juillet
 2005.
 Là
 encore
 les
 données
 ont
 été
 collectées
 par
 observations
 directes
 des
 interactions
 soignants‐soignés
 et
 soignants‐soignants
 (réunions,
 pauses,
 etc.)
 dans
 un
 service
 spécialisé
 dans
 les
 prises
 en
 charge
 de
 patients
 séropositifs.
 La
 période
 d’observation
 a
 été
 complétée
 par
 des
 entretiens
 semi‐directifs
 auprès
 des
 soignants.
 Ces
 deux
 études
 ont
 constitué
les
matériaux
empiriques
d’une
thèse
doctorale
(Bascougnano,
2009)
Les
données
recueillies
ont
ensuite
 été
 enrichies
 à
 l’occasion
 d’une
 recherche
 collective
 commanditée
 par
 la
 DREES‐MiRe,
 «
Traitement
 différentiel
 dans
 les
 parcours
 thérapeutiques.
 Maladies
 infectieuses
:
 VIH‐sida,
 tuberculose
»,
 réalisée
 sous
 la
 direction
 de
 Cognet
de
2006
à
2008
(Cognet,
Bascougnano,
Adam‐Vezina,
2009).
Cette
étude
a
été
menée
dans
trois
Centres
 hospitaliers
 universitaires
 (CHU)
 d’Île‐de‐France
 au
 sein
 de
 services
 spécialisés
 en
 maladies
 infectieuses
 et
 immunologie.
 La
 méthodologie
 déployée
 combinait
 cette
 fois
 des
 recueils
 de
 données
 objectives
 (données
 cliniques
et
thérapeutiques
des
dossiers
patients)
et
subjectives
auprès
d’une
centaine
de
patients
(questionnaires
 ouverts).
Les
17
médecins
référents
des
patients
impliqués
ont
répondu
à
un
entretien
de
rétroaction
(Clôt,
1999;


Theureau,
2010)
les
invitant
à
commenter
et
expliciter
leurs
orientations
et
décisions
thérapeutiques.


(15)

Soins
et
altérité
:
analyse
comparée
des
regards
et
des
pratiques
des
soignants
 13


Les
«
Réunionnais
précaires
»


La
Réunion
est
un
département
français
d’outre‐mer,
situé
à
10
000
km
de
la
France
métropolitaine.
Il
s’agit
d’une
 ancienne
 colonie
 française
 devenue
 un
 Département
 français
 d’outre‐mer
 (DOM)
 en
 1946.
 La
 Réunion
 était
 inhabitée
 quand
 la
 France
 s’est
 approprié
 l’île,
 au
XVIIe
 siècle.
 Les
 colons
 ont
 rapidement
 recouru
 à
 une
 main‐

d’œuvre
d’esclaves
originaires
d’Afrique
de
l’Est
et
de
Madagascar.
En
1848,
à
la
suite
de
l’abolition
de
l’esclavage,
 ils
ont
alors
fait
appel
à
une
main
d’œuvre
dite
d’engagés,
essentiellement
des
Indiens
originaires
du
sud
de
l’Inde.


D’autres
migrations
se
 sont
 ensuite
 succédé
jusqu’à
aujourd’hui
:
des
Indiens
musulmans
du
nord
de
l’Inde,
des
 Chinois
et
à
présent
des
Français
métropolitains,
des
Comoriens
et
des
Mahorais.


De
migrations
en
migrations,
l’île
de
la
Réunion
a
vu
sa
population
croître
notablement.
Elle
dépasse
aujourd’hui
les
 700
000
habitants.
Société
plurielle,
sublimée
par
certains
intellectuels
et
artistes
réunionnais
qui
voient
en
elle
la
 préfiguration
 de
 l’avenir
 de
 la
 planète,
 convaincus
 ou
 presque
 de
 l’absence
 de
 racisme
 en
 cet
 espace
 où
 tous
 vivraient
 ensemble
 harmonieusement
 et
 dont
 le
 métissage
 se
 voudrait
 le
 symbole
 de
 cette
 réussite,
 la
 Réunion
 s’est
 en
 réalité
 peuplée,
 pour
 une
 large
 part,
 durant
 les
 périodes
 esclavagiste
 et
 colonialiste.
 Les
 contextes
 historiques
de
ces
migrations
ont
construit
des
relations
interethniques
prises
dans
des
rapports
de
domination
qui
 continuent,
sous
des
formes
différentes,
d’inférer
sur
la
vie
sociale
réunionnaise.
 Les
rapports
de
domination
ne
 sont
certes
plus
du
type
maître/esclave
et
maître/engagé,
mais
à
chaque
groupe
ethnicisé
sont
associés
des
traits
 physiques,
psychiques
et
comportementaux
qui
tendent
à
être
essentialisés
et
participent
de
la
structuration
de
la
 vie
sociale
réunionnaise.


Si
le
détour
par
le
passé
s’avère
nécessaire
pour
comprendre
les
relations
interethniques
à
la
Réunion
aujourd’hui,
 le
sens
de
ces
relations
consiste
bien
en
une
réappropriation
et
une
réinterprétation
de
cette
histoire
au
présent.


Ce
sont
les
rapports
de
domination
qui
se
maintiennent
plus
que
des
stéréotypes.
Les
traits
stéréotypés
ne
sont
 plus
nécessairement
aujourd’hui
les
mêmes
que
ceux
usités
hier,



l’histoire
étant
utilisée
par
les
acteurs
comme
stock,
comme
réservoir
d’images,
dans
des
dynamiques
sociales
et
politiques
 qu’il
faut
appréhender
au
présent
[…].
Au
lieu
de
l’histoire
coloniale,
c’est
alors
la
mémoire
coloniale
que
l’on
va
peut‐être
 trouver
 comme
 un
 facteur
 explicatif
 du
 stéréotypage
 contemporain
 de
 l’immigration
 –
 la
 mémoire,
 c'est‐à‐dire
 une
 construction
au
présent,
à
la
fois
sociale
et
subjective,
malléable
aussi,
du
sens
du
passé.
(Lorcerie,
1997,
p.
78‐79)



De
fait,
de
nouveaux
traits
 comportementaux
ont
émergé
qui
viennent
réaffirmer
 l’existence
sociale
de
 groupes
 ethniques,
renforcer
les
frontières,
repenser
les
différences
et
donc
les
inégalités.
Ainsi,
les
«
Cafres
»
d’aujourd’hui
 sont
considérés
comme
les
descendants
des
esclaves
asservis
à
leurs
maîtres.
Aujourd’hui,
ils
sont
pensés
comme
 étant
 dans
 l’incapacité
 de
 se
 prendre
 eux‐mêmes
 en
 charge
 face
 à
 l’absence
 d’une
 autorité
 et
 formeraient
 une
 population
 d’assistés,
 survivant
 grâce
 à
 «
l’argent
 braguette
»
 –
 expression
 couramment
 employée
 à
 la
 Réunion
 pour
 parler
 des
 allocations
 familiales.
 Certains
 imaginaires,
 construits
 du
 temps
 où
 la
 Réunion
 était
 une
 société
 esclavagiste,
sont
parfois
réinvestis
aujourd’hui,
tel
celui
d’une
«
sexualité
noire
».
D’autres
émergent,
participant
 au
 maintien
 de
 la
 différenciation
 et
 de
 la
 hiérarchisation
 des
 groupes
 ethnicisés
 qui
 coexistent
 à
 la
 Réunion.


Lorcerie
 (1997)
 a
 choisi
 de
 parler
 de
 «
stéréotypages
»
 afin
 de
 rendre
 compte
 du
 caractère
 processuel
 de
 la
 construction
de
ces
représentations
sociales
qui
visent
à
maintenir
ou
à
faire
tenir
des
rapports
de
domination.
Si
le


«
métissage
»
reste
largement
sollicité
dans
les
discours
des
jeunes
 réunionnais
d’aujourd’hui,
les
 revendications
 actuelles
 de
 reconnaissance
 d’un
 passé
 esclavagiste
 et
 les
 quelques
 manifestations
 d’hostilité
 à
 l’égard
 de
 métropolitains
témoignent
de
tensions
réelles
à
la
Réunion.
Les
patients
métropolitains
rencontrés
à
la
Réunion
et
 ayant
également
vécu
en
Guadeloupe
ou
en
Martinique
mettent
en
avant
le
moindre
racisme
perçu
à
la
Réunion
 par
rapport
à
ce
qu’ils
ont
connu
dans
ces
deux
autres
îles
françaises.
Les
inégalités
restent
fortement
ancrées
sans
 nécessairement,
cependant,
être
ostensiblement
affichées.


Au
 sein
 des
 services
 hospitaliers
 étudiés,
 certains
 malades
 sont
 qualifiés
 par
 les
 soignants
 de
 «
Réunionnais
 précaires
».
Ces
patients
sont
présentés
comme
posant
des
problèmes
ou,
à
tout
le
moins,
comme
étant
fortement
 susceptibles
d’en
poser
dans
le
cours
de
leur
prise
en
charge
et
en
dehors
d’elle.
En
effet,
à
ce
groupe
est
associé
 un
 ensemble
 de
 caractéristiques
 comportementales
 et
 psychiques
 jugées
 néfastes
 à
 une
 bonne
 observance
 thérapeutique,
 d’une
 part,
 et
 susceptibles
 d’engendrer
 des
 prises
 de
 risques
 inconsidérés
 (rapports
 sexuels
 non
 protégés),
d’autre
part.


Figure

Table
1.
Interview
guide:
Francophone
family
health
literacy
in
linguistic‐minority
situations

Table
2.
Socio‐demographic
profile
of
participant
families
(N=28)
 Socio‐demographic
data  Edmonton

Figure
1
Répartition
des
PE
selon
les
origines
de
la
main‐d’œuvre

Tableau
1
Exemples
d’entreprises
homogènes
:

+7

Referencias

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