Le Fonds Paul Bley de la Division de la musique, Bibliotheque et Archives du Canada
Par David Fraser Division de la musique,
Bibliothhque et Archives du Canada
E
n mars 2001, la Division de la musique & la Biblioth6que nationale du Canada, devenue depuis Bibliothkque et Archives du Canada (BAC), recueillait les articles qui constituaient le fonds de Paul Bley, pianiste de jazz montrkalais. Bley a connu une carrike extraordinaire de jazz, puisqu'il a cbtoyk au fil du temps divers artistes comme Charlie Parker, Lester Young, Omette Coleman et Sun Ra. SuiteA
son transfert vers la BAC, le Fonds Paul Bley a rejoint celui d'un autre artiste de jazz canadien, Oscar Peterson qui, incidemment, h t remplack par Bley a l'Alberta Lounge lorsque Peterson quitta Montrkal en 1949 pour se joindre au " Jazz at the Philharmonic".
Peterson et Bley, n b respectivement en 1925 et en 1932, font partie des rares artistes de jazz canadiw de leur 6poque ayant une renomke internationale; on pourrait nommer des trompettistes comme Maynard Faguson (montrkalais kgalement) et KennyWheeler, autres artistes contemporains qui jouissent aussi d'une telle r6putation.
I1 est probablement juste &affirmer que de le quatuor Bley est celui qui a le plus fait progresser les limites du jazz et de la musique improviske dans des nouveaux domaines tels le free2azz et la h i o n music.
Les klbents du Fonds Bley sont actuellement tries, rkpertoriks et identifih. C'est pourquoi certains dktails ne peuvent &re precis& pour le moment:
comme la totalite des B b e n t s ou les dates specifiques (la plus ancienne et la plus rkcente). Ce premier transfert comprend des documents qui couvrent une pkriode entre 1930 et 1990. Plus de
1 000 bandes sonores de spectacles domQ par Bley et par d'autres artistes font maintenant partie du fonds ; tout comme d'importants documents textuels (y compris des dossiers d'entreprise, des albums de dkoupures, des partitions, du matkriel promotionnel comme des
affiches et des programmes, ainsi que de la correspondance persomelle), des photographies, des videos et une collection klaboree d'enregistrements publib de Bley. Ces derniers sont independants du fonds, et sont catalogues dans la collection des enregistrements sonores de la Division de la musique, bien que leur provenance dans le Fonds Bley ait &k inscrite dans les d o m k du catalogue.
L'klhent le plus important d'un fonds de musicien de jazz est sans doute la bande sonore originale d'un spectacle, puisqu'elle constitue l'elhent d'archive du spectacle et du processus de crhtion et d'improvisation qui se produit entre les artistes d'un groupe de jazz. Le Fonds Bley est particuli&ement riche a cet egard, puisqu'il compte une tr&
vaste collection de ses spectacles en direct ou d'enregistrements en studio.
Ainsi on y retrouve les seances historiques tenues
a
Montreal en 1953 en compagnie de Charlie Parker, le quintette Bley de 1958 qui comprenait Ornette Coleman, le Paul Bley Synthesizer Show de la fin des a n n k 1960 et du debut des a n n h 1970, et ses nombreux autres groupes acoustiques et Clectriques, de m h e que ses projets personnels. I1 est evident que Bley a pris grand soin de la collection audio de sacarrike, a titre d'interprkte et d'artiste exkcutant : avant &etre transfkes h la BAC en 2001, les bandes sonores et les MQents elhents du fonds &aient gardks clans un W c e de Cherry Valley, dans l ' ~ t a t de New York, pr& de la rbidence de Bley.
Les bandes sonores du Fonds Bley documentent les diverses phases du processus d'enregistrement et &edition.
Dans le cas de nombreuses seances en studio et en direct, il existe des bandes des M6entes &apes, y compris des bandes originales sans mixage, des copies sans mixage, I'assemblage de bandes ou de copies originales sans mixage et des bandes originales avec mixage. Les notes d&aillCes de Bley qui se trouvent sur les boites de bandes sonores prksentent souvent son evaluation des spectacles, les instruments ou la qualitt technique de l'enregistrement. Elles prbentent aussi quantitC de renseignements sur les decisions artistiques subsequentes comme le montage, le mixage et le choix des spectacles qui paraftront sur le marche; elles documentent aussi parfois l'evolution des titres de composition et l'assignation de credit de compositeur.
Tan& que la musique enregistrke sur ces bandes a dans plusieurs cas Cditk, la grande majorit6 ne I'est pas.
Un des enregistrements reprhente un intQet historique extraordinaire et il appartient a une formation du quintette de Paul Bley a Los Angeles dont faisaient partie les pionniers de free-jazz, Ornette Coleman et Don Cherry. Au debut des annkes 1950, Bley quitta Montreal pour New York et gagna Los Angeles en 1957 a titre de pianiste de jazz talentueux et t r h populaire qui jouait du style bop prkdominant. Bley a et6 nkanmoins l'un des premiers musiciens &influence
a
recomaitre l'importance des innovations du free-jazz d'Ornette Coleman (John Lewis du quatuor Modern Jazz Quartet en h i t un autre exemple). Lors d'un concert de longue d u r k au Hillcrest Club de Los Angeles, Bley dirigea un quintette auquel participaient Ornette Coleman (saxophone alto), Don Cherry (trompette), Billy Higgins (batterie) et Charlie Haden (base), et les bandes sonores subsistantes font partie des premiers enregistrements populaires d ' h e t t e . De f a ~ o n assez naturelle, on a note que le quatuor classique d'Ornette Coleman a en effet debute comme les quatre-cinquihes du quintette de Paul Bley. Le dhir de Bley de passer de la tendance de l'kpoque (comme le bop ou la musique ordinaire) aux courants non popularists (comme le free-jazz harmonique ou la musique libre) indiquela fkbrilite et l'ouverture, face a l'innovation qui ont caractkrkk sa carrib-e.
Outre Bird, Lester Young, Ornette et Sun
Ra,
Bley a joue et enregistre avec des centaines, voire des miUiers, de musiciens au fil du temps. Certains noms se d h q u e n t par la d u r k et la frkquence de leurs collaborations, dont les bassistes Gary Peacock et Steve Swallow, les batteurs Bany Altschul et Paul Motian ainsi que Jimmy Giuffie, instrumentiste a vent (anches, flatiste).La liste suivante de r6putCs artistes avec lesquels Bley partagea la s c h e ou le studio d'enregistrement dkmontre l'aendue et la diversite de sa carrib-e:
Chet Baker, Eric Dolphy, Bill Evans, John Gilmore, Coleman Hawkins, Dave Holland, Lee Konitz, Steve Lacy, Pat Metheny, Charles Mingus, Evan Parker, Niels-Henning Orsted Pedersen, Jaco Pastorius, Sam Rivers, Sonny Rollins et Lester Young. Mentiomons aussi que la carrib-e de Bley relete, entre autres, les styles swing, le bop, le free-jazz, la firsion music et ce, tant en AmCrique du Nord qu'en l'Europe. Plusieurs des artistes mentionnks prk&lemment sont document& dans les enregistrements sonores du Fonds Bley. Plus rkemment, Bley a participt h des enregistrements auprh de musiciens
canadiens notables y compris Jon Ballantyne, Jane Bunnett, Sonny Greenwich, Geordie McDonald, Yannick Rieu, le regrette Herbie Spanier, Kenny Wheeler et Stich Wynston. Les t o u r n h de Bley en concert l'ont conduit en Europe, au Japon, en Amkrique du Nord et en Am&ique du Sud, aux Caraibes et dans d'autres pays.
Le fonds documente aussi Improvising Artists Inc. (IAI), une compagnie fondee en 1974 par Paul Bley et son kpouse, l'artiste v i d b Carol Goss. IAI a produit et distribuk un imposant catalogue d'enregistrements r k h s k par Bley et par diffckents artistes de jazz. IAI a aussi mis sur pied, dans les a n n h '70 un rkpertoire des concerts d'artistes en direct, qui a constituk un remarquable bottin mondain des musiciens de jazz crkatifk de la dkennie en question. Certains groupes du rkpertoire ont souvent effectue des t o u r n h sous le nom commun de " IAI Festival. " Outre Bley lui-mhe, certains des musiciens qui ont enregistre ou pris part a des t o u r n h avec IAI avaient pour nom Barry Altschul, Lester Bowie, Marion Brown, John Gilmore, Jimmy GiuEe, Dave Holland, Lee Konitz, Steve Lacy, Oliver Lake, Pat
Metheny, Jaco Pastorius, Gary Peacock, Sam Rivers, Perry Robinson et Sun Ra.
Son ktroite collaboration artistique avec ses trois kpouses constitue un c6tC intkressant de la vie et de la carribe de Bley. Sa premihe kpouse, Carla Bley, est une compositrice de jazz bien connue. Au milieu des annCes '60, Carla et Paul Bley etaient membres de Jazz Composers Guild, un groupe dirigk par des artistes qui prkentaient des concerts
&avant-garde et du free-jazz 4 New York. Une de leur prestation s'intitulait
" La revolution d'octobre. " Au sein de
la Guilde, certains des associk de Bley s'appelaient Bill Dixon, Roswell Rudd, Archie Shepp, Sun Ra et Cecil Taylor.
La deuxihe epouse de Bley, Annette Peacock, est une remarquable compositrice, parolibe et chanteuse de jazz; elle et Bley ont joue fikquemment ensemble, du milieu des annkes 1960 au debut des anntes 1970. 11s figurent parmi les premiers artistes d'importance a avoir adopte le synthktiseur Moog et ont utilise ce nouvel instrument lors des interprktations en direct. Certaines compositions des deux dames (comme
" Ida Lupino " et " Olhos de Gato " de
Carla Bley ainsi que " Blood " et
"
Mister Joy " d'Annette Peacock)constitukrent une part importante du rkpertoire de Paul Bley. Paul Bley et
Carol Goss sont devenus partenaires vers 1973 (ils se marieront kventuellement).
Goss est une artiste qui a cr& des vidkos (A la fois des interpretations documentaires et d'autres plus abstraites) de concerts donnh par Bley et par differents artistes exhutants de IAI.
Ces vidkos sont distribuh par IAI font partie de ce catalogue. 11 convient de noter que le magazine Billboard a une fois donnk le crMt A IAI pour la crkation des videoclips. Goss et Bley sont aussi partenaires dam l'exploitation de IAI
A
titre d'entreprise.Alors que les &apes administratives et la description du Fonds Paul Bley sont toujours en holution, la BAC prkvoit dejA qu'un instrument de recherche de ce fonds sera off& sous forme de lien : Les Archives de la musique h la Biblioth2que nationale du Canada: un guide, pubfik dans la section de la Bibliothkque nationale, du site Web conjoint de la BAC (www .nlc-bnc.ca). De plus amples
renseignements sur la vie et sur la c a d r e de Paul Bley sont offerts dans son autobiographie, Ccrite en collaboration avec David Lee, intitulee Stopping Time: Paul Bley and the Transformation of Jazz (Montrbl:
Vkhicule Press, 1999). Une discographie claire et distincte de Henk Kluck couvrant la p&iode de 1952
1994 s'intitule Bley Play: The Paul Bley Recordings (Emmen, Hollande: H.
Kluck, 1996). Un autre lime, Time Will Tell: Conversations with Paul Bley, krit par Paul Bley et par Norman Meehan, que devrait kditk en septembre 2003 Berkeley Hills Books d' Albany, Californie.
Les sources de ce document proviennent dkne prisentation effectuie le 29 mai 2003, au congr2s annuel de l 'ACBM/SMUC tenu