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Jeunes et djihadisme

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Academic year: 2023

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Une version de l'Islam inventée au nom d'une guerre « sainte » contre quiconque ne partage pas sa vision du monde. Plus de 10 000 d’entre eux auraient répondu à l’appel des recruteurs de l’État islamique ces dernières années. Pourtant, le 29 juin 2014, le chef de cette organisation terroriste s’est déclaré calife de l’État islamique.

Un musulman n’est ni un suspect ni un individu qui doit s’excuser auprès d’un suspect. Il existe de nombreuses versions de l’Islam, tout comme il existe de nombreuses versions du christianisme ou du bouddhisme. Sommes-nous capables d’apporter une réponse politique et morale à ceux qui se réclament de l’État islamique ?

Dans cette optique, Denis Jeffrey revient sur les attentats du 13 novembre 2015 à Paris avant de s'intéresser aux différentes motivations qui poussent les jeunes à rejoindre l'État islamique. La demande expresse, à caractère politique, nationaliste, voire religieux, a été remplacée par la demande de l'acte commis.

La radicalisation des jeunes djihadistes

Le drame de la ville, c’est le déterminisme, la conscience d’un destin insurmontable d’où dérive son malheur. La culture djihadiste de la mort annonce la perte de la dimension symbolique de l’existence. La victime devient une marionnette entre les mains d’un individu qui s’approprie de grands pouvoirs.

La recherche de la pureté suscite généralement la peur, voire la haine, de l'impureté. Les identités qui revendiquent la pureté, comme les nazis, se construisent des ennemis impurs qu’elles cherchent ensuite à éradiquer. L’EI en concluait qu’il fallait reterritorialiser la lutte, tout en conservant la dimension internationaliste : c’est le sens de la création du « Califat islamique » (Daesh).

C’est l’un des fondements de la laïcité, qui consacre l’égalité de tous devant les lois de l’État. Cette liste n’est évidemment pas exhaustive, mais elle témoigne de l’éventail des idées qui forment la trame narrative de la modernité. Ces récits identitaires de la modernité sont encore en construction, c’est-à-dire pas terminés.

D’un autre côté, les récits de la modernité exigent des individus un niveau de maîtrise de soi qu’ils n’atteignent pas.

Le djihadisme comme rite de virilité

Il a cet avantage de la simplicité et de la réduction à quelques slogans car c'est un islam réinventé au nom d'une guerre sainte autoproclamée contre les infidèles du monde entier, y compris même contre les musulmans trop tièdes ou dénaturés. par les valeurs occidentales. Ils savent attiser les ressentiments et la souffrance pour offrir un baume en faisant comprendre au jeune qu'il est enfin compris. Le jeune rompt donc avec le sentiment que son existence est ridicule, sans but, et qu'il est un perdant.

Le groupe qu’il dirige est comme un ventre qui nourrit et protège ses enfants des attaques du monde extérieur. Quand ma fille s'est radicalisée, raconte la mère d'un jeune converti, ma fille a refusé les draps que je lui avais donnés pour son bébé parce qu'ils avaient des lapins brodés dessus. Radicalisé et converti, le jeune homme ne connaît l'islam que par Internet et vit dans la peur de maltraiter la religion qu'il vient d'adopter.

Un musulman sait quoi faire et quoi ne pas faire, ce qui est permis et ce qui est interdit. Il se sent insignifiant, méprisé dans sa société, critiqué par ses parents, mais justement parce qu'il est élu. Fils unique de dix enfants, il se détache de sa famille et de ses sœurs, qu'il juge trop éloignées de la religion, mais qui ont pour la plupart mieux réussi que lui socialement.

Il se sent super viril, puissant, sachant que c'est désormais à lui de semer la mort sur son passage. On comprend aussi que cela implique l’émulation, c’est-à-dire le désir de tuer plus que les autres, avec plus de terreur. Ils s'approprient par avance le prestige de leur crime, comme s'il s'agissait d'un travail, ils imaginent le drame pour les autres et en ressentent déjà le plaisir.

Même brisé par une attaque, il est convaincu que son corps sera reconstitué pour qu'il puisse profiter des gloires du paradis. Et de plus, le jeune sait qu'il sera loué pour son courage, son sacrifice, sa mémoire honorée par sa famille. Le vrai musulman va directement au paradis s’il est un martyr du jihad pour la gloire de l’Islam.

La relation à l'autre va d'éthique à instrumentale, elle autorise tous les comportements pour autant qu'ils soient atteignables. Il est incapable de prendre en compte les sentiments des autres ; mais ce qu'il ressent lui-même est sacré.

Conversion djihadiste des jeunes en Tunisie postrévolutionnaire

Leur doctrine repose sur le postulat selon lequel il n'y a de salut pour les croyants que dans la reconstitution de la première société islamique par l'application littérale des lois dictées par le Coran et la Sunna mahométane. Rejoindre le camp jihadiste, d'abord par Internet, leur permet de se déloger de la double « inappartenance » et de s'unir dans une identité purificatrice. En tant que haut fonctionnaire du Troisième Reich, Adolf Eichmann était l'un des responsables de la déportation et du meurtre des Juifs en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.

Plongé dans les événements, il me serait de plus en plus difficile de me retirer de la situation20. Prenons par exemple les témoins du massacre de l'hôtel de Sousse en Tunisie (juin 2015). Cet affrontement impliquera donc tous les horizons, de l'apparence, aux rituels religieux quotidiens jusqu'à la lutte armée.

Ils adoptent généralement la barbe en se rasant la moustache. Ainsi, la relation avec Dieu se concrétise à travers la prière, vecteur le plus important de la relation aux autres et à soi-même. Le Prophète (sws) a assimilé les deux hommes au niveau de la foi, d'autant qu'il mentionne : Le croyant fort et le croyant faible.

Ils sont donc égaux dans la foi, mais qu’est-ce qui rend l’un d’eux plus cher et plus proche d’Allah que l’autre ? Mais quel est le sens de la conversion jihadiste dans le contexte des quartiers populaires tunisiens ? Nous considérons ces espaces comme faisant partie de la scène du mouvement social, c'est-à-dire « un double réseau composé, d'une part, d'individus qui ont un.

Ces réunions sont animées par d'éminents cheikhs du mouvement salafiste, invités pour l'occasion. Mais quel sera l'impact de la classification d'Ansar Achari'a comme organisation terroriste et de la dissolution de ses structures sur la scène de la mouvance jihadiste à Douar Hicher ? Encore faut-il agir sur les mécanismes de conversion eux-mêmes pour en changer le sens.

C’est ce que pourrait viser tout organisme ou toute personne s’efforçant de désenchanter les jeunes des pires tentations. Olivier Roy se joint à lui pour postuler qu'il s'agit « d'une islamisation de la radicalisation et non d'une radicalisation de l'islam29 ».

Le terrorisme en images

Mais depuis 2001, le contexte de la production de l’information a changé : les journalistes n’ont plus le monopole de la production des images. Car si la recherche de la négociation implique la présence d’un interlocuteur clairement positionné et d’une démarche lisible, l’entreprise de destruction systématique se nourrit du secret et de l’opacité. Il souligne l'absence de preuves, souligne le caractère incomplet des informations actuellement disponibles (elles doivent toujours être complétées).

En revanche, dans le contexte de l’histoire traumatisante d’un attentat terroriste, les points de suspension ouvrent la porte à des scénarios catastrophiques. Les transformations radicales de l’accès à l’information au cours de la dernière décennie ont renforcé l’individualisation des moyens d’obtenir l’information. Car c'est là une des conséquences les plus susceptibles de remettre en cause l'utopie du « tout voir » : le passage d'un intérêt pour l'image qui porte un message à l'image réduite à ce qu'elle montre concrètement.

En 1972, les premières images de l’attentat de Munich n’étaient en fait que du bouche à oreille. En 2015, il apparaît qu’une bonne partie des populations occidentales ont basculé vers ce registre d’images. En revanche, il n’est plus nécessaire que les images présentées disent quelque chose sur la situation.

Cela se traduit par la difficulté pour les associations de victimes de dire, d'expliquer et même de se mettre d'accord sur ce qui s'est réellement passé. La confiance dans l’institution favorise ensuite la réception du récit et l’acceptation de l’image comme support du message à véhiculer. Les lecteurs d’images semblent hésiter entre deux leurres qui compliquent la place qu’occupent les photographies et les vidéos dans la contagion de l’imaginaire collectif.

Le lecteur d’information est-il armé pour se protéger des conséquences de la terreur provoquée par l’acte terroriste qui se déroule dans une société de l’image ? Les adolescents sont-ils moins compétents que les adultes pour gérer les conséquences des actes terroristes dans un monde d’images ? L'utilisation des technologies de l'information et de la communication par les adolescents est avant tout destinée à la socialisation et aux loisirs.

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