Formation universitaire, recherche et innovation en agriculture et en agroalimentaire au Québec
Jean-Paul Laforest, agr., Ph.D.
Doyen
Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation
Université Laval
Mémoire présenté à la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de
l’agroalimentaire québécois
Juin 2007
Introduction
L’avenir des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire au Québec, c’est d’abord et avant tout l’avenir de ceux et celles qui vivent de ces secteurs, qui les façonnent, qui les font évoluer et changer. Parmi les intervenants de première importance, on retrouve l’ensemble des professionnels de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Ceux-ci, grâce à leur formation, à leur expertise et à leur capacité d’aller chercher, comprendre et transmettre l’information, ainsi que d’analyser et de solutionner des problématiques complexes, se positionnent comme des acteurs de premier ordre dans ces secteurs d’activités socio-économiques.
Afin d’assurer les meilleures interventions possibles auprès des tous les intervenants, ces professionnels demeurent en lien avec l’ensemble des nouveautés qui permettent d’apporter des solutions novatrices à des problèmes bien définis ou encore de bonifier les produits ou façons de faire afin de se démarquer. Pour ce faire, ils utilisent donc efficacement les résultats de la recherche et de l’innovation pour les transférer et les appliquer dans leurs milieux. Les chercheurs et professionnels forment ainsi un tandem qui permet à l’agriculture et à l’agroalimentaire du Québec de demeurer parmi les leaders mondiaux dans de nombreux domaines. Il est primordial pour l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire du Québec de maintenir ce tandem en santé. C’est le meilleur gage d’un futur prospère puisqu’il nous permet d’être à la tête du peloton au lieu de dépendre de ce qui se développe ailleurs.
Parmi les professionnels de l’agriculture et de l’agroalimentaire, on compte les agronomes, ingénieurs, chimistes, diététistes, qui couvrent de la production à l’alimentation en passant par la transformation alimentaire. Cette liste est loin d’être exhaustive, mais elle découle des activités de formation et de recherche spécifiques effectuées à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation (FSAA), de l’Université Laval. Plus de 85 % des agronomes et experts en transformation alimentaire (agronomes, chimistes et autres) œuvrant au Québec sont des diplômés de la FSAA. Presque tous les experts en sciences de la consommation proviennent de la FSAA. La FSAA contribue aussi à la formation d’une bonne proportion des diététistes du Québec. La FSAA occupe donc une position centrale pour la formation des professionnels de l’agriculture et de l’agroalimentaire au Québec. C’est aussi une des principales institutions de recherche et d’innovation dans ces secteurs.
J’ai la ferme conviction que, dans un monde qui s’apparente de plus en plus à un gros village, l’avenir d’un secteur repose entièrement sur sa capacité de créer, d’innover et de partager les résultats de ces créations et innovations avec l’ensemble des citoyens. Dans les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire, la création et l’innovation passent par la recherche, tandis que le partage passe par la formation de personnes hautement qualifiées qui pourront faire profiter l’ensemble de leurs concitoyens de leur savoir, de leur expertise et de leurs compétences.
Le présent mémoire est donc le fruit d’une réflexion personnelle, dont plusieurs éléments ont été partagés lors de discussions informelles avec quelques collègues. Cette réflexion n’engage en rien la FSAA ni aucun de ses membres. Après une présentation de la FSAA permettant de situer sa place en recherche et formation en agriculture et agroalimentaire, quelques enjeux importants pour la recherche et pour la formation en agriculture et en agroalimentaire au Québec seront présentés et discutés.
Présentation de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation
C’est le 1er avril 1962 que la Faculté d’agriculture voit le jour sur le campus de l’Université Laval à Sainte-Foy. Au début, la Faculté compte 24 professeurs à temps complet et quelques-uns à temps partiel. Le 14 décembre 1971, la Faculté d’agriculture devient la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation (FSAA) et s’engage résolument dans un contexte plus moderne.
Les activités d’enseignement et de recherche de la FSAA s’effectuent dans quatre pavillons sur le campus de l’Université Laval ainsi que dans les laboratoires de certains centres hospitaliers de Québec. La FSAA s’occupe aussi de la gestion de plusieurs infrastructures à vocation agricole ou agroalimentaire : le Jardin botanique Roger-Van den Hende, les serres expérimentales de l’Université Laval, le Laboratoire Pilote, de transformation alimentaire, la « Ferme du campus », la ferme St-Louis-de-Pintendre et la Station agronomique de Saint-Augustin-de-Desmaures. Par l’intermédiaire d’une entente avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), elle administre, conjointement avec le MAPAQ, et utilise, conjointement avec de nombreux partenaires, le Centre de recherche en sciences animales de Deschambault (CRSAD).
La FSAA compte cinq départements :
- Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation ; - Département de phytologie ;
- Département des sciences animales ;
- Département des sciences des aliments et de nutrition ; - Département des sols et de génie agroalimentaire.
La FSAA chapeaute sept programmes au baccalauréat, quatre certificats, quatre microprogrammes de 1er cycle, neuf programmes de maîtrise, y compris une maîtrise en administration des affaires (concentration Gestion agroalimentaire) conjointement avec la Faculté des sciences de l’administration, et sept programmes de doctorat ; s’ajoutent à cet éventail deux diplômes de 2e cycle. Les programmes de baccalauréat couvrent l’ensemble des secteurs en lien avec la production, la transformation, la distribution et la consommation de biens produits par l’agriculture, principalement les aliments. Ces programmes sont :
- baccalauréat en agronomie;
- baccalauréat en agroéconomie;
- baccalauréat en génie agroenvironnemental;
- baccalauréat en sciences et technologie des aliments;
- baccalauréat en génie agroalimentaire;
- baccalauréat en nutrition;
- baccalauréat en sciences de la consommation.
Presque tous ces baccalauréats sont uniques en français, en Amérique du Nord. Presque tous ces baccalauréats permettent l’admission à un ordre professionnel (Ordre des agronomes du Québec, Ordre des ingénieurs du Québec, Ordre professionnel des diététistes du Québec, Ordre des chimistes du Québec).
Suite à sa création, la Faculté a connu une progression constante du nombre d’étudiants, qui tend cependant à se stabiliser depuis quelques années. De 179 en 1962, 427 en 1972, 1i100 en 1982,
les étudiants sont maintenant au nombre de 1890 en 2006-2007. Plus de 65 % d’entre eux sont des femmes et les étudiants à temps partiel constituent maintenant 30 % de la population étudiante de la Faculté. De 1962 à nos jours, le nombre de professeurs passe de 24 à 104.
Depuis ses débuts, la FSAA offre des activités de formation continue. Dans la seconde moitié des années 80, on assiste au lancement du premier certificat hors campus et, en 1991, la Faculté se dote d’une politique facultaire de formation continue. Suite à l’adoption de cette politique, les activités de formation continue, incluant la formation « sur mesure », pour répondre à des demandes spécifiques, ont pris de l’ampleur pour se stabiliser dans les cinq dernières années.
La vie étudiante est particulièrement dynamique à la FSAA et s’exprime dans toutes sortes d’activités, notamment la Semaine de l’agriculture, de l’alimentation et de la consommation (SAAC), le journal des étudiants, L’Agral, le Bureau d’information en consommation (BIC), le Bureau d’entraide en nutrition (BEN), Radio-Céréal, le Comité de placement en agriculture, alimentation et consommation (CPAAC) ainsi que les nombreux clubs et associations étudiantes.
Les étudiants participent également à de nombreux comités facultaires.
C’est à partir de 1973 que la FSAA s’implique plus activement auprès des pays en voie de développement grâce, entre autres, au support de l’Agence canadienne de développement international (ACDI). La renommée scientifique et l’ouverture internationale de la FSAA contribuent au recrutement d’étudiants étrangers. La FSAA favorise aussi les séjours des étudiants au sein d’institutions étrangères à l’intérieur de programmes d’échanges. La plupart des programmes se sont dotés d’un « Profil international » qui reconnaît cette expérience.
Pour encourager l’esprit entrepreneurial, plusieurs programmes de premier cycle de la FSAA offre aussi la possibilité de s’inscrire au « Profil entrepreneurial ». Cette formation de 12 crédits permet aux étudiants d’acquérir les principes de base du développement d’affaires et de l’entrepreneuriat. Certains étudiants profitent de ce profil pour démarrer leur propre entreprise.
La Faculté se dote au fil des ans d’un mandat destiné à couvrir tous les champs d’activités « de la terre à la table ». De 1962 à 1986, les budgets de fonctionnement en recherche progressent de façon spectaculaire, passant de 200 000 $ à 6imillions $. Depuis cinq ans, ils oscillent annuellement autour de 20 à 25 millions $. On compte aujourd’hui plus d’une centaine de partenaires qui contribuent au financement de la recherche à la FSAA, incluant les organismes de financement gouvernementaux. Le financement non gouvernemental en particulier, qui était d’environ 20 % de tout le financement de la recherche en 1988, atteint maintenant plus de 50 %.
L’accroissement des activités de recherche s’accompagne évidemment d’une augmentation du nombre d’étudiants aux 2e et 3e cycles. Entre 1964 et 1967, les premiers diplômés à la maîtrise sont au nombre de 15. Pour l’année scolaire 2006-2007 seulement, la Faculté comptait 56 diplômés à la maîtrise. En fait, de 1967 à 2007, plus de 1600 étudiants ont obtenu leur diplôme de maîtrise dans des programmes de la Faculté, incluant le programme de maîtrise (gestion agroalimentaire) avec projet d’intervention et le programme de maîtrise en agroforesterie, auxquels la Faculté participe très activement. Le premier diplômé au 3e cycle obtient son doctorat en 1967. En 2006-2007, 23 étudiants ont obtenu un diplôme de doctorat. De 1967 à
2007, ce sont plus 400 étudiants qui ont obtenu leur diplôme de doctorat dans des programmes de la Faculté, incluant le doctorat en économique auquel la Faculté participe.
Cette progression fulgurante des activités de recherche s’accompagne de la création de groupes de recherche structurés. Le Centre de recherche en nutrition (CREN) est le premier à voir le jour en 1968 et il laisse déjà entrevoir l’importance du lien agriculture-alimentation-nutrition-santé en regroupant des chercheurs en diététique, alimentation, zootechnie et médecine qui y œuvrent jusqu’en 1990. La FSAA compte aujourd’hui quatre centres de recherche reconnus par l’Université Laval :
- Le Centre de recherche en biologie de la reproduction (CRBR);
- Le Centre de recherche en économie agroalimentaire (CRÉA);
- Le Centre de recherche en sciences et technologie du lait (STELA);
- Le Centre de recherche en horticulture (CRH).
Plusieurs groupes de recherche structurés ainsi qu’un grand nombre de chercheurs individuels (plus de 95 % des professeurs de la Faculté ont des subventions de recherche) complètent les activités de recherche. De plus, les chercheurs de la FSAA collaborent directement avec les centres de recherche d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), les divers Centres d’expertise, de transfert et de recherche appliquée au Québec, ainsi qu’avec de nombreuses autres universités et, bien sûr, l’entreprise privée.
Enfin, l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels (INAF) débute ses activités en 1999. Il se positionne rapidement comme un leader international pour la recherche et la diffusion des connaissances dans tout ce qui touche les liens entre la nutrition et la santé. En effet, la diversité de provenance des membres de l’Institut favorise les approches multidisciplinaires permettant de faire clairement les liens entre l’alimentation, l’aliment et la santé.
Depuis 2000, les cinq grandes priorités de recherche retenues pour la FSAA dans le cadre de l’établissement des priorités de recherche de l’Université Laval sont : les nutraceutiques et les aliments fonctionnels, la salubrité et la qualité des aliments, le commerce international agroalimentaire, l’environnement rural et la génomique animale et végétale. Il n’en reste pas moins que les activités de recherche en dehors de ces grandes priorités se portent aussi très bien et sont encouragées.
Les membres de la FSAA sont souvent appelés à présenter des conférences à l’extérieur, et plusieurs d’entre eux agissent à titre de personnes-ressources au sein de comités experts. Qu’il s’agisse de comités scientifiques, techniques ou professionnels, cet engagement des membres de la Faculté dans le milieu compte pour beaucoup dans les activités de rayonnement. Cette présence dans le milieu est de nature non seulement à rendre service à la collectivité, mais aussi à la FSAA et à l’Université Laval, en apportant une perception plus juste des problèmes du milieu dans le but de favoriser une meilleure orientation de la formation et de la recherche.
Dans l’environnement compétitif actuel des universités, la FSAA doit établir des alliances avec d’autres facultés dans le monde, basées sur leurs forces et leurs complémentarités. La multidisciplinarité qui la caractérise devient un atout stratégique de taille pour relever les défis de
la recherche et de la haute technologie, et pour aborder l’approche de problèmes complexes, tels l’environnement et la santé en lien avec l’aliment.
Enjeux pour la recherche
• Le rôle moteur du milieu universitaire
Le milieu universitaire présente des caractéristiques qui en font un milieu idéal pour la recherche. En effet, sa mission de recherche est étroitement associée à une mission de formation autant au 1er cycle qu’aux études avancées (M.Sc. et Ph.D.). Par cette mission de formation, le milieu universitaire profite constamment de l’apport de nouvelles idées générées par le flux constant de nouveaux étudiants. En plus d’arriver avec de nouvelles idées et de nouvelles approches, ces jeunes contribuent par leur dynamisme et leur idéalisme à stimuler l’ensemble de la communauté des chercheurs universitaires, ce qui profite à la recherche et à l’innovation. De plus, le plus grand apport de la recherche et de l’innovation dans le milieu se fait par les individus ayant reçu une formation avancée. En effet, la majeure partie du développement et de l’adoption de nouvelles approches et de nouvelles technologies profitables aux intervenants du milieu et bénéfiques socialement, se fait grâce au travail des individus qui ont été formés pour comprendre, adapter et utiliser ces nouvelles approches et nouvelles technologies.
Le milieu universitaire, de par sa nature, présente aussi une certaine indépendance de fonctionnement et de pensée qui lui permet de s’aventurer dans des thématiques de recherche qui peuvent devenir prometteuses à long terme, sans l’être immédiatement.
L’Université peut aussi plus facilement s’attaquer à des questions qui ont des retombées sociales, mais peu de retombées économiques, ou même qui peuvent présenter certaines controverses (par exemple les OGM). Les résultats de la recherche étant du domaine public deviennent aussi disponibles à tous.
La production d’un savoir fondamental de base en milieu universitaire permet au Québec de se retrouver constamment sur la première ligne en termes de génération de nouvelles connaissances disponibles pour l’innovation. Si ce savoir de base est exclusivement produit à l’étranger, le Québec ne sera jamais en mesure d’être dans le peloton de tête, peu importe le secteur d’activités socio-économiques.
Enfin, dans les grandes universités, comme l’Université Laval, les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire côtoient quotidiennement tous les autres secteurs du développement du savoir. La complexité grandissante des problématiques à l’étude et la nécessité de faire de plus en plus appel à des interventions pluridisciplinaires font de l’université un milieu de choix pour créer facilement les collaborations nécessaires pour répondre à ces nouvelles exigences. Bien que le milieu universitaire ne peut prétendre être la seule voie pour la recherche en agriculture et en agroalimentaire au Québec, il y aurait des avantages à ce que ce soit une voie privilégiée.
Recommandation 1 : que soient mis en place des moyens et ressources permettant de faciliter et d’accroître la recherche en agriculture et agroalimentaire directement en lien avec le milieu universitaire.
Recommandation 2 : que soit reconnue la nécessité de poursuivre des programmes forts, nombreux et diversifiés en recherche fondamentale, en agriculture et en agroalimentaire, pour demeurer des producteurs de savoir, et non pas uniquement des utilisateurs du savoir.
• Liens avec le milieu
La FSAA entretient des liens solides avec le milieu de l’agroalimentaire. C’est la faculté d’agriculture et d’agroalimentaire canadienne qui reçoit le plus de contrats de recherche et de fonds obtenus en partenariat avec l’industrie. Les professeurs et chercheurs de la FSAA participent régulièrement comme experts invités dans des colloques, congrès ou autres activités d’information et de formation en agriculture et agroalimentaire et se retrouvent fréquemment en poste sur des conseils d’administration ou des comités scientifiques de bon nombre d’entreprises. Le succès de la FSAA pour les partenariats de recherche, avec plus de 50 % de ses fonds provenant de l’entreprise privée, est une marque de confiance indéniable.
Ces liens avec le milieu sont importants pour la formation, puisqu’ils permettent d’établir facilement une connivence entre les employeurs et les futurs employés. Ils sont aussi essentiels pour que le milieu universitaire poursuive des activités de recherche en lien avec les besoins exprimés du milieu. Les montants disponibles en recherche en provenance de fonds publics ont diminué, dans le cadre de plusieurs programmes, ou au mieux se sont maintenus depuis les dix dernières années. La contribution de l’entreprise privée à la recherche est une réalité montante, et il est essentiel pour la survie de la recherche en agriculture et agroalimentaire au Québec que cette contribution continue d’être encouragée.
Des programmes du type « crédits d’impôt » sont particulièrement favorables à inciter le maillage entre les producteurs et les utilisateurs de connaissances.
Recommandation 3 : que des moyens et programmes soient maintenus ou mis en place pour faciliter le partenariat industries – université pour la recherche en agriculture et agroalimentaire au Québec.
• Importance socio-économique de l’agriculture et de l’agroalimentaire
Le secteur de l’agroalimentaire à lui seul contribue pour plus de 10 % du produit intérieur brut du Québec et procure de l’emploi à une personne sur dix, ce qui en fait le plus grand employeur de tous les secteurs d’activité. Tous les pays considèrent ce secteur comme vital, permettant d’offrir à l’ensemble de leur population des denrées de consommation indispensables. La nutrition est maintenant considérée comme un élément de base de la santé et les gens se préoccupent avec une ardeur croissante de la nature et de la salubrité des produits qu’ils consomment.
La mondialisation des marchés place le Canada et le Québec dans une position concurrentielle de plus en plus forte. La recherche, l’innovation et la formation de personnes hautement qualifiées deviennent des atouts pour se démarquer et maintenir nos avantages concurrentiels sur les marchés nationaux et internationaux.
Enfin, les citoyens se préoccupent des impacts de l’agriculture et de l’agroalimentaire non seulement sur la disponibilité et la salubrité des aliments, mais aussi et surtout sur toutes autres considérations associées au mieux-être général de la société. La santé, l’environnement, le développement durable et le bien-être animal ne sont que quelques exemples des nombreuses questions sociales auxquelles la recherche et l’innovation devront apporter des réponses.
Recommandation 4 : que la contribution majeure de la recherche et de l’innovation au développement socio-économique de l’agriculture et de l’agroalimentaire soit reconnue et valorisée.
Recommandation 5 : que la contribution majeure à la santé des Québécoises et Québécois de la recherche et de l’innovation en agriculture et en agroalimentaire soit reconnue et valorisée.
• La complexité grandissante des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire
Ce phénomène renforce les exigences de recherche et d’innovation en agriculture et en agroalimentaire, particulièrement au niveau universitaire. Les entreprises sont moins nombreuses, de taille plus importante et utilisent des technologies de plus en plus complexes. Certains emplois exigent maintenant la maîtrise ou le doctorat, comme cela est déjà observé depuis de nombreuses années dans plusieurs pays d’Europe et dans l’Amérique du Nord anglophone.
Les préoccupations sociales, tel le développement durable, demandent aussi des interventions de plus en plus complexes et diversifiées. Elles peuvent difficilement faire l’objet d’approches sectorielles limitées, mais plutôt faire appel à des talents multiples et profiter d’une expertise internationale pour arriver à des solutions acceptables.
Le milieu universitaire est ouvert sur le monde. Les chercheurs collaborent constamment avec l’ensemble de leurs vis-à-vis à l’échelle internationale. Ils sont au fait de tous les nouveaux développements dans leurs secteurs d’activités et sont en mesure de rapidement créer des liens et collaborations de recherche avec des experts hors de leur domaine. Cette facilité pour les chercheurs universitaires de pouvoir œuvrer dans des équipes pluridisciplinaires permet de s’attaquer résolument à toutes problématiques sur plusieurs fronts, augmentant ainsi les chances d’obtenir des solutions viables et applicables aux problématiques rencontrées.
Recommandation 6 : que des moyens soient développés et mis en place pour encourager et faciliter la recherche pluridisciplinaire, en lien avec des problématiques globales des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire, tels que le développement durable, l’environnement, le maintien d’un tissu social fort en milieu rural, etc.
• L’image du monde de l’agroalimentaire
La FSAA, comme partie intégrante des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire, souffre d’un problème d’image relié à la perception généralisée que ces secteurs d’activités socio-économiques sont « dépassés ». Cette fausse perception peut amener plusieurs intervenants publics et privés à penser qu’il ne reste plus rien à faire en recherche, que l’innovation ne fait plus partie de ces secteurs, que la formation ne nécessite pas de se renouveler constamment. Au contraire, les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire continuent à faire preuve de créativité et sont des moteurs de l’innovation. Néanmoins, certaines pratiques et certaines avenues empruntées par le passé ont contribué à façonner cette image. L’amélioration de l’image globale des secteurs ne pourra donc se faire sans une prise de position claire en faveur d’une agriculture durable et d’un système agroalimentaire soucieux des préoccupations des citoyens. La conjoncture actuelle est particulièrement favorable pour redorer le blason de l’agriculture et de l’agroalimentaire.
En effet, on connaît un intérêt grandissant des consommateurs pour la nutrition et pour les liens entre la nutrition et la santé. Cet élément d’intérêt devrait servir de levier pour permettre de mieux former et de mieux informer l’ensemble des citoyens par rapport à l’agriculture et à l’agroalimentaire.
Recommandation 7 : que tous les acteurs des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire travaillent de concert pour mieux former et informer l’ensemble des citoyens sur ces secteurs en mettant un accent accru sur les liens étroits avec la nutrition et la santé de l’ensemble des citoyens.
Recommandation 8 : que tous les acteurs des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire travaillent de concert pour mieux former et informer l’ensemble des citoyens sur ces secteurs en faisant particulièrement ressortir les conséquences bénéfiques de la recherche et de l’innovation non seulement pour ces secteurs, mais aussi pour la société dans son ensemble.
• Dispersion de la recherche en agriculture et en agroalimentaire au Québec
Bien que la FSAA soit la seule faculté en agroalimentaire francophone au Québec, elle n’est pas le seul intervenant en recherche dans les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire. En effet, contrairement à ce qu’on observe dans presque toutes les autres provinces canadiennes, les efforts de recherche en agroalimentaire au Québec sont dispersés dans toutes sortes d’organismes divers (universités, centres de recherche fédéraux, provinciaux et collégiaux, centres d’expertise, centres de transfert, centres de recherche privés, etc.) ayant souvent peu de liens les uns avec les autres ainsi qu’avec la FSAA. Cette dispersion est peu favorable à l’atteinte de masses critiques de chercheurs et
au développement d’une vision globale de la recherche et de la formation dans de nombreux domaines prioritaires, d’autant plus que les ressources disponibles se raréfient.
La création de l’Alliance pour l’innovation en agroalimentaire (APIA) représente un premier effort de coordination entre ces divers acteurs de la recherche et de l’innovation. Il est trop tôt pour en évaluer les résultats, mais c’est certainement un pas dans la bonne direction.
Il semble y avoir une perception erronée du milieu à l’effet que la création de nombreux petits groupes de recherche, principalement en régions, aura un effet stimulateur de l’économie et permettra la mise en place de filières de recherche et d’innovation créatrice d’emplois. En fait, comme l’ensemble des ressources disponibles pour la recherche et l’innovation en agriculture et en agroalimentaire au Québec n’est pas en croissance, cette multiplication d’intervenants ne fait que diviser ces ressources entre un nombre de joueurs de plus en plus grand, contribuant ainsi à appauvrir l’ensemble de la recherche et de l’innovation plutôt que de l’enrichir. Malgré l’amélioration notable des moyens de communication, la recherche ne peut fructifier que dans des environnements hautement stimulants, où les échanges quotidiens d’idées entre les chercheurs, que ce soit au laboratoire, dans un bureau ou simplement à la salle à café, sont la source de la créativité à la base de toutes les découvertes importantes. Si le Québec n’est pas en mesure de se donner des pôles importants de développement de la recherche et de l’innovation, avec des masses critiques suffisantes, dans des domaines clés de l’agriculture et de l’agroalimentaire, ces secteurs ne pourront faire autrement que péricliter.
Recommandation 9 : que des initiatives de consolidation, de regroupement et de coordination des activités de recherche et d’innovation en agriculture et en agroalimentaire, telle l’Alliance pour l’innovation en agroalimentaire (APIA), soient favorisées et encouragées.
Recommandation 10 : que des créneaux porteurs pour la recherche et l’innovation en agriculture et agroalimentaire au Québec soient identifiés et que des ressources soient allouées, ou des moyens élaborés, afin de s’assurer de la formation et du maintien de groupes de recherche ayant des masses critiques suffisantes pour effectuer une recherche de pointe.
• Financement de la recherche
Les programmes de financement de la recherche au Canada et au Québec subissent depuis quelques années des modifications majeures. Les organismes subventionnaires appuient de plus en plus la recherche en réseaux ainsi que les regroupements stratégiques. Le manque de financement des organismes subventionnaires et les modifications dans la reconnaissance fiscale de la contribution des industries à la recherche universitaire risquent d’affecter d’une part les regroupements de recherche et d’autre part l’ensemble de la recherche en partenariat. Les pertes se font donc sur deux fronts : effritement du financement public; disparition graduelle des incitatifs à une participation importante de l’industrie à la recherche publique. Il faut réaliser que les activités de recherche
universitaire sont entièrement tributaires des subventions et contrats de recherche obtenus par les chercheurs. Il n’y a donc pas de contributions directes des budgets universitaires à la recherche (il faut cependant souligner une importante contribution indirecte en termes de ressources humaines et matérielles disponibles pour la recherche, contribution mieux connue sous l’appellation « frais indirects de la recherche »).
De plus, la recherche en agriculture et en agroalimentaire aux États-Unis, chez plusieurs pays européens et chez nos compétiteurs majeurs sur les marchés nationaux et internationaux (par exemple le Brésil et la Chine) a connu un accroissement de son financement pendant que les fonds publics disponibles au Canada et au Québec diminuaient ou, au mieux, se maintenaient.
Une bonne partie du financement de la recherche depuis près d’une décennie a aussi été consacrée aux installations et équipements. Ces améliorations des outils de la recherche ont eu un effet bénéfique appréciable. Toutefois, il ne sert à rien d’avoir les meilleures installations et les meilleurs équipements si les moyens financiers nécessaires pour effectuer la recherche manquent à l’appel.
Enfin, les acteurs majeurs de la recherche que sont les étudiants, principalement à la maîtrise et au doctorat, se retrouvent beaucoup plus fréquemment qu’avant devant un choix difficile : accepter immédiatement un emploi intéressant et rémunérateur ou s’engager dans des études supérieures mal rémunérées dans l’espoir d’un emploi futur potentiellement plus excitant. L’appui aux études supérieures par des bourses ou autres formes de rémunération reste inadéquat et se solde par une réduction graduelle du nombre de personnes qui poursuivent en recherche. Si la tendance se maintient, le Québec souffrira d’un manque de relève non seulement en production agricole, mais aussi pour la recherche et l’innovation en agriculture et agroalimentaire.
Recommandation 11 : que les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire reçoivent un financement de la recherche qui soit au moins proportionnel au poids de ces secteurs dans l’ensemble de l’économie du Québec.
Recommandation 12 : que, dans le financement de la recherche et de l’innovation en agriculture et en agroalimentaire, on priorise les programmes de soutien aux programmes et projets de recherche ainsi que l’appui financier aux études supérieures.
Enjeux pour la formation
• Les difficultés de recrutement de la relève en formation
Comme pour la recherche, la formation à la FSAA souffre d’un problème d’image relié à la perception généralisée que l’agroalimentaire reste un secteur d’activités socio- économiques peu intéressant, vieillot, sans lien avec les nouvelles technologies. Ceci est particulièrement vrai dans la région montréalaise, qui représente le plus gros bassin de
recrutement potentiel. Les programmes offerts sont peu ou pas connus et surtout peu ou pas promus auprès des jeunes, que ce soit dans les cégeps ou au secondaire.
À ce problème d’image s’ajoute la difficile réalité démographique. Le Québec connaît un vieillissement de la population et une dénatalité générale. Cette situation est encore plus accentuée en milieu rural, bassin traditionnel de recrutement dans plusieurs des programmes de la FSAA. Une bonne partie des changements démographiques positifs se fera grâce à l’immigration et ce bassin de recrutement s’est toujours avéré peu fécond pour la FSAA. De par son unicité, la FSAA recrute déjà à l’échelle du Québec. Néanmoins, elle n’échappe pas aux changements démographiques globaux de l’ensemble du Québec. De plus, comme le bassin traditionnel de recrutement de la FSAA est avant tout le milieu rural dans son ensemble, et que les jeunes des centres urbains se sentent peu « appelés » par les professions de l’agroalimentaire, la croissance urbaine représentera un défi de taille pour le recrutement au cours des prochaines années. La FSAA ne peut évidemment changer la situation démographique. Elle doit cependant relever le défi de maintenir ses effectifs étudiants pour assurer la relève de professionnels hautement compétents pour relever les défis de demain de l’agriculture et de l’agroalimentaire.
Les perspectives démographiques négatives peuvent cependant être contrebalancées par une hausse généralisée des exigences de scolarisation dans le marché de l’emploi. En effet, la complexité grandissante des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire, mentionnée précédemment, affectera les besoins en recherche et innovation, mais aussi et surtout les exigences de scolarisation des intervenants du milieu. Dans le secteur de la production par exemple, les emplois de professionnels remplacent graduellement ceux qui étaient jusqu’à très récemment occupés par des techniciens et même des manœuvres. Les entreprises sont moins nombreuses, de taille plus importante et utilisent des technologies de plus en plus complexes. Certains emplois exigeront sous peu la maîtrise ou le doctorat, comme cela est déjà observé dans plusieurs pays d’Europe et dans l’Amérique du Nord anglophone. On assiste à une augmentation de la demande du marché du travail pour des professionnels de formation universitaire dans les domaines d’expertise de la FSAA. Cette tendance devrait s’accroître. On doit aussi s’attendre à l’accroissement des besoins de formation continue associés à la modernisation, à la consolidation et à la complexité accrue du secteur.
Recommandation 13 : que les divers acteurs des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire se concertent pour élaborer des stratégies et déterminer des moyens qui permettront d’inciter les jeunes urbains à s’engager en plus grand nombre dans une formation menant à des emplois professionnels en agriculture et agroalimentaire.
Recommandation 14 : que les divers acteurs des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire se concertent pour élaborer des stratégies et déterminer des moyens qui permettront de sensibiliser les professionnels de l’agriculture et de l’agroalimentaire à l’importance de la formation continue de niveau universitaire et qui faciliteront l’accès à des activités de formation continue à ces mêmes professionnels.
• Situation du milieu universitaire
Les institutions universitaires au Québec sont sous-financées comparativement aux universités des autres provinces canadiennes et à la grande majorité des universités nord- américaines. Dans les dernières années, pour l’ensemble du réseau, ce sous-financement se chiffrait à environ 375 millions $. Une partie de ce sous-financement origine des droits de scolarité québécois, qui sont les plus faibles au pays, et de loin. Malgré un certain réinvestissement annoncé, les universités du Québec continueront à subir des contraintes financières importantes dont les impacts sur la qualité de la formation se font déjà sentir.
La formation en agriculture et en agroalimentaire a particulièrement souffert de ce sous- financement chronique. Premièrement, le financement des universités québécoises se fait sur le nombre d’étudiants inscrits. Comme les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire n’ont pas été particulièrement populaires depuis quelques années, les baisses des effectifs étudiants se sont traduites par des baisses importantes du financement, même si globalement les coûts de la formation pour la FSAA restaient les mêmes.
Deuxièmement, les coûts associés à la formation en agriculture et en agroalimentaire sont beaucoup plus élevés que dans d’autres secteurs comparables des sciences pures et appliquées, considérant les installations particulières qui doivent être maintenues (pas exemple les fermes expérimentales et de formation, les laboratoires de transformation alimentaire, etc.). Dans certaines provinces, notamment en Ontario, le gouvernement reconnaît ce besoin accru de financement pour la formation et la recherche en agriculture et agroalimentaire par une contribution du Ministère de l’agriculture, qui s’ajoute à celle du Ministère de l’éducation.
À cette problématique de ressources s’ajoute la dispersion des ressources en agroalimentaire au Québec, telle que soulignée dans la section précédente. Cette dispersion est peu favorable à l’atteinte de masses critiques de chercheurs, mais elle rend extrêmement difficile la mise en commun de l’ensemble de l’expertise de haut niveau en agriculture et agroalimentaire du Québec, dans un objectif d’offrir la meilleure formation possible aux futurs professionnels de ces secteurs.
Recommandation 15 : que les divers acteurs des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire se concertent pour sensibiliser le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), à la situation critique de la formation universitaire dans ces secteurs et qu’ils élaborent et proposent au MELS des stratégies et des moyens qui permettraient de renverser cette situation.
• Le recrutement et la rétention des professeurs dans certains secteurs stratégiques
Compte tenu de l’attirance du secteur privé dans plusieurs des domaines d’intervention de la FSAA, ce qui assure un excellent taux de placement après un baccalauréat, le nombre de nouveaux titulaires d’un doctorat sera insuffisant pour satisfaire la demande des facultés d’agroalimentaire à l’échelle canadienne et nord-américaine. De plus, la FSAA subira encore plus durement les contrecoups de cette problématique puisque, dans plusieurs de ses
secteurs d’expertise, le nombre élevé d’opportunités d’emplois dans le secteur privé pour des détenteurs de doctorat est en croissance. Le bassin de recrutement en est donc réduit et la compétition sera forte avec l’entreprise privée. De plus, la Faculté est souvent en compétition directe avec les stations de recherche publique (principalement Agriculture et Agroalimentaire Canada) pour l’embauche de nouveaux professeurs.
Recommandation 16 : que les divers acteurs des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire se concertent pour développer des moyens d’encourager les candidats les plus prometteurs à poursuivre leurs études de 2e et 3e cycles et à éventuellement contribuer à la recherche et à la formation avancée dans ces secteurs au Québec.
• Les effets de la mondialisation des marchés et des considérations sociales sur l’agroalimentaire
Le secteur de l’agroalimentaire est aux prises, depuis quelques années, avec une banalisation et une méconnaissance de ses activités et de son développement. Les citadins, qui forment une partie de plus en plus importante de la population et du bassin de recrutement potentiel, ont perdu contact avec les milieux de la production, de la transformation et de la mise en marché de leurs aliments. Cette cassure entre le milieu rural et le milieu urbain a été exacerbée récemment par quelques événements hautement médiatisés mettant en doute la sécurité des denrées alimentaires et l’impact des productions agricoles sur l’environnement. Les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire doivent accepter leur part de responsabilité dans cette situation inconfortable. La voie de l’industrialisation de l’agriculture et de l’agroalimentaire est accompagnée de son lot de problèmes encore non résolus. L’amélioration de l’image globale du secteur ne pourra se faire sans une prise de position claire en faveur d’une agriculture durable et d’un système agricole et agroalimentaire soucieux des préoccupations des consommateurs et valorisant et utilisant des pratiques éthiquement acceptables.
L’ouverture des marchés a un effet positif sur la demande de professionnels hautement compétents dans tous les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Ceci permettra d’une part d’assurer que ces secteurs, autant au Québec qu’au Canada, maintiennent leurs avantages concurrentiels sur les marchés internationaux. D’autre part, plusieurs diplômés de ces secteurs s’impliqueront directement sur la scène internationale. On note d’ailleurs un intérêt grandissant pour des étudiants en agriculture et agroalimentaire pour les questions internationales, autant pour le développement et l’aide internationales, que pour les partenariats et le commerce international.
Dans cette optique d’internationalisation, plusieurs des diplômés seront donc appelés à œuvrer dans d’autres pays, et particulièrement dans les pays en voie de développement.
Plusieurs de ces pays ont connu une nette augmentation de leur niveau de vie et sont en mesure de regarder l’avenir avec plus d’optimisme. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Les citoyens de nombreux pays souffrent encore grandement d’un manque de ressources agricoles et agroalimentaires suffisantes. Même dans les pays mieux nantis, des inégalités dans la répartition des ressources ou encore un manque flagrant de formation et d’informations de base sur les modes de production, de stockage et d’utilisation des
aliments fait en sorte que l’on souffre encore de carences nutritionnelles ou, pire encore, de faim. Les progrès fabuleux de l’agriculture et de l’agroalimentaire ne permettent pas encore de nourrir la planète. Ce grand défi du 20e siècle est tout aussi présent au 21e siècle.
Recommandation 17 : que la formation de tous les futurs professionnels de l’agriculture et de l’agroalimentaire du Québec permette de les sensibiliser aux notions d’éthique, aux concepts et outils du développement durable et aux problématiques environnementales et sociales en lien avec ces secteurs d’activités socio-économiques.
Recommandation 18 : que la formation de tous les futurs professionnels de l’agriculture et de l’agroalimentaire du Québec permette de les sensibiliser aux problématiques d’ordre international et les prépare à œuvrer sur la scène internationale.
Conclusion
Dans un contexte de mondialisation des marchés et de complexification des secteurs, l’avenir des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire au Québec repose étroitement sur la capacité de créer une culture du savoir. Il faut donc se donner les moyens pour permettre la création du savoir et le foisonnement de l’innovation. Il faut aussi et surtout assurer la formation de celles et ceux qui seront en mesure de poursuivre cette création, de l’utiliser et de la transmettre. Face à cet objectif, le Québec devra s’attaquer à des enjeux de taille pour réussir. La démographie, les difficultés de financement, l’image du secteur et la dispersion des ressources ne sont que quelques problématiques qui pourraient aller jusqu’à empêcher un développement durable réel de l’agriculture et de l’agroalimentaire au Québec. Il importe donc, dans toutes réflexions sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire du Québec, de donner à la recherche, l’innovation et la formation de personnes hautement qualifiées une place importante. En effet, la création du savoir et l’utilisation adéquate de la connaissance sont maintenant et seront pour plusieurs années à venir les clés de la survie et du développement de tous les secteurs socio-économiques incluant ceux de l’agriculture et de l’agroalimentaire.
Jean-Paul Laforest Doyen
Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation