322 * LKS MARTYKS,
dégage a^ecindignation des embrassemens du
monstre.
« Quoi , dit-elle, c'est la le langagc de la sagesse \ Ennemi du ciel , tu oses parler de yertu! Ne m'as-tu pas promis de sauvcr
Eu-dore? »
« Tu m'as mal compris , s'écrie Hie'rocles, le coeur palpitant de jalousie et de colkc. Tu me parles trop de cet homme plus horrible a mes yeux que cetEnfer dont me menacent
tes Chrétiens. L'amour que tu lui portes est
l'arret de sa mort, Poui- la derniere fois, sache
^ quel prixielaisseraiyivre Eudore: il meurl,
si tu n'es ^ moi. » '
La réprobation parut tout entiére sur le
visage d'Hie'rodcs. Un sourire contráete ses
lévres, et des goutles de sang tombent de ses
yeux. La Chretienne, qui jusqu'alors avoit
été frappe'e de terreur, se sentit soudain
re-levée par le coup qni devoit l'abattre. II n'est
d'affrenx que le commencement dn malhenr ;
an comble de l'adversité, on trouve, en
s'é-loignantde laterre, des régions tranquilles
et seremes: ainsi, lorsqu'on remonte les rives
dun torrent furienx, on est éponvanté, au
fond de la vallée, du iracas de ses ondes ; mais
LIVRE XX. 3=3
á mesure que Ton s'éleve sur la montagne, les eaux diminuent, le bruit s'aíToiblit , et la
course du voyageur va se terminer aux régions
du silence dans le voisinage du ciel.
Cymodocée jette un regard de mépris
sui-Hiéroclés :
« Je te comprends, dit-elle, et je vois á
présent pourquoimon cpoux n'a point encore regu sa couronne; mais sache que je
n'aché-terai point par le déshonneur la vie du guerrier quej'aime plus que la lamiere descieux. II n'est
point de supplice qu'Eudore ne préfere á cclui
de me voir h toi; tout foible qu'il est, mon
époux se rit de ta puissance: tu ne peux que lui donner la palme , et j'espére- la partager
avec lui. «
« Non , dit Hiéroclés furieux, je n'aurai
point perdu le fruit de tant de souffrances , d'humiliations et de complots : j'obliendrai
par la forcé ce que tu me refuses, et tu vcrras
périr le traítre que tu ne veux pas sauver. » II dit, et poursuit Cymodocée qui fuit
dans la vaste salle. Elle se precipite auxpieds
du Laocoon ; elle menace le persécuteur de
se brisar la tete centre le marbre ; elle
3^4 les MAUTYRS,
expirant de doulcur aux pieds d'un pcre
in-fortunc.
« Mon pere, s ecrie-t-elle, mon pere, nc viendras-tu pas me secourir! Yicrgc sainte , ayez pitié de moi! »
A peine a-t-elle prononcc cclle priere , le
palais retenlit des clamcurs de millc voix
tu-multueuses. Onfrappe a coups rcdoublcs aux
portes d'airain. Hicroclcs étonné suspcnd sa
poursuile. Dieu, par un effroi soudain, fixe
les pas et glacc le coeur du pervcrs.
« C'cst laYiergc sainte, s'ccrie Cymodocéc
elle Tientl Méchant, tu vas dlre puni' »
Le bruit augmente. Hicroclcs ou^re la porte
d une galerie qui dominoit les cours du palais •
li aper9ott une foule immcnse:au milieu csi
un vieillard qui tient un ramean de
.sup-pliant, et porte la robe ct les bandclettes d'uñ
prétre des dieux. On cntcnd de toutes parts
ees cris;« Qu'on lui rende sa filie ! Qu'on livre le
traitrc au Suppllant du peuple romain !
..
^ Ces mots parviennent á Cymodocée ; elle
se anee aussrtót dans la galerie ; elle
recon-noUsonpere...DemodocusáRome!
au du palais, Cymodocée avance la tétc
LIVRE XX.
ouvrc les bras et sepenche vers Démodocus.
Un cri s^élcvc :
« La voila! C'est une prétressc des Muses 1
C'cst la fdle de ce ^deux prétre des dieux. »
Démodocus reconnoít sa filie; il la nomme par son nom, il verse des torreas de Jarmes, il dechire sos vctemens, il tcnd au peuple
des mains suppliantes. Hiéroclcs appclle ses
esclaves, il vcut cnlevcr Cymodocée ; mais la
Ibulc :
« 11 y va de ta vie, Hie'rocles; nous te
dé-chirerons de notrc propre main, si tu fais la
moindrc violencc a cctlc vicrgc des Muses. » Des soldáis mcics parini le peuple tii'cnt ieurs epecs , ct mcnaccnt le perscculcur. Cy modocéc s'attachc aux colonncs de la galcric ; Ja reine des Angcs l'y retient par des noeuds invisibles : rien nc Ten peut arracher.
Dans ce momcnt, Galcrius, cffrayé du lu-multe qu'il entcndoit dans son palais, paroit
sur un balcón opposc, enlourc de sa cour et
de ses gardos. Le peuple s'ccrie ;
« César, ¡ustice, justicc ! »
3:a6 LES MARTYRS,
commande le silence, etle peupleromain, avcc
ce bon sens qui le caractérise, se tait et écoule. Le prefet de Rome qui favonsoit secrete— ment cetlescéne afín deperdre Hiéroclés, étoit
aupres de Galériiis ; il interroge le peuple :
« Que voulez-vous de la justice d'Au
gusta? »
« Vieillard, réponds, s'e'crie la foule. »
Démodocus prend la parole;:
« Fils de Júpiter et d'Hercule, divin
Em-pereur, ale pitié d'un pére qui rédame sa
filie •, Hiéroclés Va renfermée dans ton palais •
tu la voU échevelée k ce portique auprés de
son ravisseur; il yeut faire violence k une
prétresse des Muses; je suis moi-méme un
préfre des dieux; protége l'innocence, la
vieillesse et les autels. »
Hie'roclés re'pond du haut du portique :
« Divin Auguste , et vous, peuple romain,
on vous trompe:
cette Grecque est une esclave
chretxenne, qu'injustementonme veutravir. ..
Remodocus ;
„
pas esclave :
"
,e suis citoyen romain. Peuple ,
P®® Chrc'tienne ; ma filie n'cst
n ccoutez pas notre ennemi. »
/
LIVRE XX. 3^7
« Ta filie est-elle Chrétienne , s écrie le
peuple d'une commune voix! »
« Non, repartit Démodocus, elle est
pre-tresse des Muses; il est vrai que, pour épouser un Chrétien, elle vouloit »
« Est-elle Chrétienne, interrompit}epeuple?
Qu elle parle elle-méme \»
Alors Cymodocée, levaht les yeux au ciel,
répond:« Je suis Chrétienne. »
« Non, tu ne l'es pas, s'écrie Démodocus
avcc des sanglots! Aurois-tu la barbarie de
vouloir étre á jamais séparée de ton pére t
Auguste, peuple romain, ma filie n'a pas ete
marquée du sceau de la religión nouvelle. »
Dans ce moment
la filie d'Homére de'coiivre
Dorothé au milicu de la foule.
„ Mon pére , dit la vierge en larmes , )e
vois auprés de vous Dorothé; c'est lui sans
doute qui vous a conduit ici pour me sauver:
il sait que je suis Chretienne ; que j ai ele
marquée du sceau de ma religión : il a été
témoin de mon bonheur. Je ne puis nier ma
r
3^8 LES MARTYRS,
Le peuplc, s'adressant á Dorolhé ;
« Est-cllc Chrctienne? « . ) •;
Dorothé baissa la téte , etne repondit point.
« Vous ic voyez, sVcrie Hiéroclcs, elle est
Chrctienne. Je reclame mon esclave. «
Le peuplc interditdcmeurc suspenda entre
sa fureur contre les Chrctiens, sa haine pour
Hierocles, et sa pitié pour Cymodocáe ; puis,
salisfaisant á la fois sa justicc et ses passions
■
« Cymodocée est Chrétienne, dit-il : „u'on
a livre au préfet de Reme, et qu'elle subisse
Hiéro r''
4"
on l'arrache á
Hiérocles, dont elle ne pcut étre
Fesclave-Demodocus est citoyen romain...
"
Auguste confirme cctte espece de sentence
par un signe de tete, et Publius se hdte de
1 cxecuter.
Retiré dans son palais, Galérius est agité
par des mouvemens de honte et de colére il
ne peut pardonner a Hiéroclés d'étre la cause
d un rassemblement séditicux aui n
■
Le prefet de Rome rcricnt trouver Galérius
.1»»
pT
incc , je nc saurois vous leLIVRE XX. 3^9
cacher, votre ministre a compromis le salut de l'Empire; il prdtend étre l'ennemi des
Chrctiens; toutcfois il cpargne dcpuis long-tcmps la aíc du plus dangereux des rebelles.
Cymodocée etoit destinee pour epouse a
Eudore : il est bien malheureux que votre
premier ministre ait de ridicules demeles de
jalousic avec le chcf de vos ennemis ? «
Publius s'aperqoit de Tcffet de ce discours,
¡1 se hátc d'ajouter :
« Mais , Prince, ce ne sont pas la Ies seuls torls d'HicrocIcs ; si on vouloit Ten croire , ce seroit lui qui vous auroit fait nommer
Auguste; ce Grec, qui doittout á vos bontés,
vous auroit revetu de la pourprc «
Publius s'intcrrompit a ees mots, comme s'il eút renferme dans son ccKiir des dioses encoré plus injurieuses á la majeste du prince.
(iale'rius rougit, et riiabile courtisan vit qu'il
avoit louchc la plaie secrete.
Publius n'avoit point ignore Tarrive'e .de üorothe a Rome, son cntrevuc avec Démo-(locus, et les demarches de cclui-ci pour con-duirc la foule au palais ; il cüt cté facile a Publius de prevenir le mouvement populaire, inais il se garda bien de fairc manquer un
33o LES MARTYRS,
projet qui pouvoit renverscr Hiéroclés ; il
favorisa mcme par des agens secrets les
des-seins de Démodocus : raaitre de tous les
res-sorts qui faisoient jouer cette grande machine ,
ses discours insidieux acheverent d'alarmer
l'esprit de Galcrius.
"
Qu'on me de'livre de ce Chréüen et de ses
cómplices, dit FEmpereur. Je veis avec regrel,
qu Hierocles ne peut plus rester auprcs de
moi; mais, en re'compense de ses services
passes, je le nommc gouverneur de FEgypte. »
« Alors Publius au comble de la joie
■
X Que Yotre Majesté divine se repose sur
mort, mais, comme ses trahisons ne
sont pas assez prouvées, il suffira de le faire
lyr comme Chréüen. Quant a Cymodocée
elle sera condamnée á son tour avec la foulé
des impies. Hiéroclés ya recevoir les ordres
de votre éternilé,..
Amsi pwle Publius, et sur-le-champ il fait
connoitre á Hiéroclés sa dcstinée
leie Tm?",
jones pZ"
Ses
•erL ex,
exprimoient les douleurs du courtisan
-^tr'ou-LIVRE SX. 33i
criminel qui voit s'évanouir dans un instant
Ies songcs de sa vio.
« Dieudes Chre'ticns, s'écric-t-il, est-ce toi
quimepoursuis! PourobtcnirCymodocce, j ai
laissé vivre Eudore, et Cymodocée m'écbappc,et mon rival mourra d'une autre main que de
la mienne! J'ai méprisé dans Rome un obscur
vieillard, j'ai cru devoir laisser la liberté a un
Cbrétien puissant, et Démodocus et Dorotbé
m'ont perdu! O
aveugle prévoyance húmame.
O vaine et fastueuse sagesse, qni n'as pu me
conserver ma puissance, et qui ne peux me
consoler ! »
Tels étoient les aveux que la douleur
arra-choit a Hiéroclés. Des larmes indignes
mouil-loient ses paupiéres. II déploroit son sort avec
la foiblesse dW
femme de peu de sens et
dun moindre coeur ; il eút pourtant voulu
sauver Cymodocée, mais le láche ne se sentoit
pas assei. de courage pour exposer sa vie. ^
Tandis qu'il hesite entre mille pro)ets; qu il
ne peut ni se resondre a hraver l'orage, ni
consentir d s'éloigner, Dorotbé avoit instrmt
Eudore de l'arrivée de Cymodocée et des
c'vénemens du palais.Les confesscurs,
332 LES MARTYRS ,
d'ayoir choisi une épouse si courageuse et si
fidMe La joie d'Eudore étoit grande, quoique
trouWec parles nouvcaux pcrilsqu'alloit courir
la jeune Chretienne.;< Elle a done confessc Jésus-Christ la
pre-rérho'
Cet honneur otou reservé S son innocence '
saint Iransport!
„
Ensmte ü pleuroit d'attendrissement en
ongeant que sa bien-aiméc avoit regu le bap
dTdértL eanx du dourdain par ,a mal
lo penple romain; je
elle viendra me retrouvcr !
^ =
Un rayón d'espérance commcnroit 5
|,.-dans les cachots. La disgrácc d'Hiélclés T
voit amcner un changcment dans l'Em, irl
ConstammmenaqoilGalenusdufonddellel
lemessagerqu'Eudore avoit envoy^"
vell
affreuse a fak Infrale^Tes^laÍr,
T'-':o--n.éreet,nttenlpe~,~
51 une auroro i ^''-lusnots;(énébrcs ct découvl T''
™
los
^""^oeaccs.nrortuncsuneterre
LIVRE XX. 333
prochaine, ils nagcnt avec cffort vcrs larive; mais Liento t raurore s'éteint, la tcmpcLe re-commcnec, ct les nautoniers s'enfonccntdans rabíme : tclle fut la courtc esperance, tcl fut
le sort (les Chr(ítiens.
Les martyrs chantoient encoré an
Trés-Ilaut un cantiquc de louanges, lorsqu'ils vircnt ciitrerZacharic. Deja rapótredcsFrancs
con-noissoit le dcslin de son ami:
« Cliantey. , dil-il , mes frercs, chantez !
Vous avcz un juste sujct de joie ! Demain un
grand saint augmcntcra pcut-étre le nombre
de vos intcrccsseurs auprcs de Dicu l «
Tous Ies confcsseurs se turcnt. Le silencc rcgnc un momcnt dans la prison. Chacim
cbcrchc á dcvincr quelle cst rhcurcuse vic
time, cb.'.an díísire que le sort soit tombe
sur lui, chacun rcpassc dans son esprit Ies titrcs
qu'll peut avoir a cet honncur. Eudore avoit
a rinstant compris Zacharie, mais il rcjctoil
les esperances du martyrc comme ur-pensce
supcrbe et une tcnlation de TEnfer. II
crai-gnoit de pe'cher par orgueil en se désignant
lui-méinc ; il se jugeoit indigne de mourir deprcfcrence a ees vicux confesseurs qui dcpuis
334 LESMAKTYRS,
Zacharie fitbientótcesser cette sublime
inccr-titude et cette émulation divine; il s'approcbe
d'Eudore:
« Mon fils, dit-il, je vous ai sauvé la vic,
vous me devez volre gloire :
ne m'oubliez pas
quand vous serez dans le ciel. »
A 1 instan t tous les evéques, tous les prétres,
tous les prisonniers tombent aux gcnoux du
martyr, baisent le bas de ses vétcmens, et se
recommandent ^ ses prieres. Eudore, resté
debout au milieu de ees vicillards prosiernés,
ressembloit a un jeunc cédre du Liban , seul
rejeton dWe forét antique abattue a ses j)icds
Un
licleur, precede de deux esclaves portan t
des torches de cyprfcs, penetre dans le cacho t
Surpris de l'adoration des prisonniers quí
demeurérení dans la méme attitude, il en
croyoit á peine ses regards ;
« Roí des Chrétiens , dit-il á Tépoux de
Cymodocée, quel est parmi ton peuple le
tri-bun que Ton nommc Eudore ? »
« C'est moi, réponditle fils de Lasthe'nes. „
^ « Eh bien, dit le licteur encore plus ctonné,
c est done toi qui deis mourir ? » '« Vous le voyez á mes honneurs, repartit
Eudore.»
LIVRE XX. 33i
Un esclavc dérouierécrit fatal, et litábante
voix rordonnance de Publius :
« Eudore, filsde Lasthcnes , natifdeMcga-» lopolis en Arcadie, jadis tribun de la legión
» britanniquc, maítre de la cavaleric, préfct
» des Gaulcs , paroilra demain au tribunal de
» Eestus, juge des Chreüens, pour sacrifier
« aux dicux ou mourir. »
Eudore s'inclina , et le licteur sortit.
Comme dans les fétcs de la ville de The'se'e
on Yoit une jeunc Canépbore se dérobcr aux
yeux de la foulc qui vante sa pudeur et ses
gráces, ainsi Eudore, qui porte deja les palmes
du sacrifice, se retire au fond de la prison,pour evitar les louanges de ses compagnons de
gloire. II demande la liqueur myste'rieusc dont
les Cbrétiens se servoient entre eux au teraps
des persccutions , et il trace ses adieux á
Cymodocée.
Ange des saintes amours, vous qui gardez
fjdelement Tbistoire des passions vertucuses ,
daignez me
confierla page du livre demémoire
cu veos grávales les tendres et pieux scntimens
du martyr!
336 LES MAKTYRS,
<• Lludore, servitcur de Dieu, cnchaíné pour
j> 1 amour de Jésus-Christ, á nolre soeur
» Cymodocée dcsignée pour notrc cpouse el
» la compagne de nos combats, paix, grace
« et amour.
» Ma colombe, ma bien-aimce, nous avons
« appris , avec une joic digne de Tamour qui
est pour vous dans notre coeur, que
» vous aviez été baptisce dans les eaux du « Jourdain par notrc ami le solitairc Jcrómo.
» Vousvenczde confesser Jesus-ChrisUlcvanl « les Juges ctlcs princes de la Lcrre. O servante
u Dieu véritable , quel éclat doit avoir
» maintenant votre beauté ! Pourrions-nous
nous plaindic, nous trop justcmcnt punís,
» tandis que vous, Eve encoré non tombée,
» -vous souffrcz les pcrsecutions des hommes?Ce nous est une tentalion dangercuse de
» penser que ees bras si foibles ct si dedicáis» sont abattus sous le poids des chaines; que
cette tete, ornee do toutcs les graccs des
» ^crges , et qui mériteroit d'étrc soutenue
P
amain des Angcs, repose suruncpicrrc
'
e c onnc d'étre heurcux avec vous
^y'"^'^'''=sd'une prison. Ah ! s'ilnous
LlVPvE XX. 337
» mais loin de nous cette pcnsée ! Filie
d'Ho-» mere, Eudore va a-ous devanccr au scjoiir
» des concciis ineffables ; il faut qu'il coupe » le fil de scs jours, commc un tisscrand coupe
« le fil de sa loilc a moilié tissue : nous vous
>) ccrÍA'ons de la prison de Saint-Pierre , la
» prcmicre annce de la persecution; demain í> nous comparoítrons dcvant les jugos áriicure
« oü Jcsus-Christ mourut sur la croix. Ma
» bicn-aimée, notre amour pour A^ousseroit-il
» plus fort, si nous vous ecrh'ions de la maison
,> ¿es rois , ct durant Tannc'c du bonlieur ?
» II faut A'ous quitter, ó vous qui ctes nce
» la plus bolle entre les filies des hommes !
« Nous dcmandons au ciol avec larmes qu'il » nous pcrmcLtc de vous rcA-oir ici-bas, nc
» fút-ce que pour un momento Cette grace
» nous scra-t-elle accordc'c ? Attcndons avec
» rcsignalion les dccrcts de la Providcnce I
)) Ab! du moins, sinos amours ont ctc courts, » ils ont ele purs ! Ainsi que la reine dos
» Angcs, vous gardez le doux nom d'cpousc ,
» sans avoir perdu le bcau nom de vierge. » CcUe pcnsce, qui fcroit le desespoir d'iinc » tendrcssc humainc, fait la consolalion d une
» tendresse divine. Quel bonhcur est le notrc !
33S LES MALVVYRS, LIVRE XX.
« O Cyinodocée, uous étions dcslinií a vous
» appcier ou la mere de nos cnCans , ou la » cbastc compagnc de noLre felicité élcrncllc !
3) Adicu done , ó ma soeur ! Adicu , ma
33 colombc, ma bicn-aiméc.; pricz votre pcre
» denous pardonncrscsiarmes. Ilélas! ilvous
» perdra peut-étre, ct il n cst pas ChréLien ; il doit étrc bien malhcureux !
)> XoicilasalutationquemoiEudorcj'ajouLc
3) a la fin de celte lettre :
» Souvenez-vous de mes licns , ó Cymo-» docée l
» Que la douccur de Jcsus-Christ soit avec
» VOUSl»
fin DU LIVRE VINGTIEME.
LES MARTYRS.
LIYRE XXI.
; V
k % VX VX<V%
LIVRE XXL
SOMMAIRE
DU LIVRE VITSGT ET UNIÉME.
Eüdore esl relevé de sa pénitence. Plaintes de
Démo-docus. Pnson de Cymodocée. Cjmodocée rc^olt la lettre
d'Eudore. Acies du martyre d'Eudore. Le Purgaioirc.
C'ÉTOiT riieurc oü les courtisans de Galé-rius, couclic's sur des lits de pourpre , autour
d'une table pompcuscment servie ,
prolon-geoientles délices du festín dans les ombres
de la nuit. Les mains chargdes de branchesd'anet, le frontccint d'une couronne de roses etde violettes, chaqué convive faisoit eclater
ses transports. Des joueuscs de flute, hábiles
dans rartdeTerpsichorc, irriLoient les desirs
par des danscs elTeminecs ct des cliansons
vo-luptueuses. Une coupc d'une rarcbcaute, et
aussi profondc que cellc de Néstor, animoit
la joyeuse asscmblcc. Le dicu qui porte 1 are
el le bandean, ct qui se rit des maux qu'il a
fails, ctoit, comme au banquct d'Alcibiade ,
l'objet des discours de ees hommes hcureux.
Le marbre, le cristal, l'argcnt, l'or. Ies pierres
precieuses renvoyoient etmultiplioicnt Téclat
des flambcaux , et l'odeur des parfums de r Arabio se meloit a celle dcsvins de la Grccc.342 LES MARTYRS,
abandonnés du monde et condamncs á
mou-rir, préparoient aussi une féte et un banquct
dans les cachots de Saint-Pierre. Eudore
de-voit comparoítre le lendemaln au tribunal du
jugo; il pouvoit expircr au mllieu des
tour-mens ; il c'toit done temps de le relcver de sa
pénitencc.
^ On allume une lampe dans laprison. Cyrille
a qm l'cvéque de Reme a remis scspouvoirs
doit célébrer la messe de réconellialion'
Gervais et Protais sont choisis pour servir le
sacnfice! ils se revétent d'une tuniquc blanche
apportéepar les frferes; leurs cheveux blonds
tombentenboucles sur lenr con
découvert-une pudeur virgmale respire dans tous le '
traitsOneútditqu'ilsmarchoientaumart^rr
tant il y avo.t de joic et de modcstie peines
sur le front de ees jeunes liommes!
Les prisonnicrs se mettent i genoux autour
de Cyrille, qm commence i, voix basse une
messe sans cálice et sans autel. Les confes
seurs alarmes ne savent oí. il va consacrer la
^'>ctlme sans tache. O sublime invention de
lacharit lOtouchantecm-emonielLe vied
eveque dépose l'hostie sur son cceur qui de
^aent amsi Phdtel du sacrifice. Jésus-Chris,
LIVRE XXI. 34^
martyr est offert en holocauslc sur le coeur
d'un martyr! Un Dicu s'cleve de ce coeur, un Dieu dcscend dans ce coeur!
Ccpendant Eudore, dc'pouillé de Thabit de
sa pénitencc , re^oit en cchange une robe
écla-tante de blancheur. Pcrseus et Zacharie selévent pour rcmplir les fonctions de diacre
ct d'archidiacre : ils adrcsscnt au nom des ChréLiens ees paroles a Cyrille :
« Trcs-chcr a Dicu, c'cst ici le moment de
lamiscricorde; cepénitentveutétreréccncilié,
et l'Eglise vous le demande : il a été
Postu-lant, Audileiir, Prosterné ; failcs-le remonter
au rang des Elus. »
Cyrille dit alors :
u Pénilenl, promeltoz-vous de changer de
vie ? Levez les mains au ciel en signe de cette
promesse. «
Eudore leva vers le ciel ses bras charges
de chaínes :
il parut orné de ses licns ,
comme
une jeime cponsc de ses bracelets etdes franges
d'or qui bordcnt sa robe. Cyrille prononqa
sur lui ees paroles :
„ Eidéle, je t'absous par la miséricordc de
Jé.sus-Clirist qui délie dans le ciel toiit ce que
344 LES MAUTYUS,
A ees mots , Eudorc tombc aux picds de
révéque; il reqoit des mains du diacrc le Saint
Viatique , ce pain du voyageur chrctien pre
pare pour le pelerinage de l'éternité Les'
con-fesseurs admirent au milieu d'eux le martvr
csagné, qui, semblable á un cónsul romain
cboisi par le peuplc, va bienlót deploycr les
marques de sa puissance. Le monde n'auroit
aporqu dans eette assemblée de proscrits, que
des hommes obscurs destines á périr du der
,r;;-cutían , et faire régner la Croix sur Vunlvlrs"
Mais combien de larmes couleront ZTr.
avant quc cette perscculion ait amcné lo ¡our
du tnomplic IDémodocus n'etoit arrivé á Reme que pour
avoir le cmur dcchirc. Averti du n
malheur quimenaqoit la prdlresse
cond'irraTpTlaEdTSS
clÍf qutlfÍ
dcsmabrd'ffie-r
Yieiüaid la vue de sa filie
o-» o-»
LIVRE XXI. 345
loutc pitie a dispara depuis que la jcune Mes-scniennc s'est déclarcc de la sccte proscrite. Le gardien de la prisoii de Saint-Pierre ctoit liumain, pitoyable , acccssible á for : on pé-nctroit aiscment jusqu'aux martyrs ;
maísSae-viis , gai-dicn du cachot de Cymodoccc, ctoit
cnnemi furieux des Clireticns , parce que Blanchc sa fcmmc , qui étoit chrctienne , avoit en horrcur scs de'bauchcs. II n'avoit ja
máis Youlu consentir que Fon parlat, mcme dcvant lui, a la fdle d'Homcre , ct il
rcpous-soit De'modocus par des outrages ct des
me-naces.
Non loin do Fasile de doulcur cu gcmissoit
Fc'pousc d'Eudorc , s'clcvoit un temple con
sacre par les Piomains a la Miscricordc : la frise en etoit ornee de bas relicfs de marbrcdé Carrare, representant des sujcts consacres
par Fhistoire ,
cu chantes par la Muse
:
on
rc-connoissoit cette picuse filie qui nourrit son
perc dans la prison, et devint la mere de ocluí
dont elle avoit rcQu la vie ; plus loin Manlius,
apres avoir immolé son fils , revenoit
victo-rieux au Capitole; les vieillards s'avan^oicnt
au-devantdelui, maisles jeimcs Romains
34fí LES MARTYRS,
brillante Vcstalc, faisantremonter sur le Tibrc
lo vaisscau qui portoit Vimage de Cybelc,
en-tramoit avec sa cclnturc les dcslins de Kome
et de Cnrlhagc ; li , Virgilc , encorc pastcur,
ctoit oblige d abandonner les champs
pater-ncls ; li, dans la nuit fatale de son cxil
Ov.de recevoit les adleux de son éponse. '
Les astrcs finissolent cL reeommencoient
leur cours, ct retrouvoient Démodocn; assis
danslapoussiere sonsle porlicinedece temple^
Un mantean sale ct deehiré, une barbe nLli"
IZ'Jr
et sonillés de '
la statue de la Miséricordc en Ies ar.^
Í
sos plenrs; tantot il
la
'
penplc ; riuelqncfois 11 chantoit su, la .
ponr tendee un piege anx passans 0^'
albrer par les accens du plaisir isjJp"'
ZllT.
aux
" O siecle d'airain, s'ecriolt ;i u
díale, et mes cheyeux blancs ne
LIA^RE XXb 347
peuvcnt vons toucber! Suis-je done un
parri-cidc en horreur auxpcuplcs ct aux cites? Ai-je
merite d'ctre dcvouc aux Eurac'nidcs? Helas l
je suis un prctre des dicux, j'ai cté nourn
sur les gcnoux d'Homcre, au milicu du cbceur
sacre des Muses! J'ai passé ma vic á implorcv
le cicl pourles honimes, et ils se moiilrcnt
inexorables a mes prieres ! Que demande-jc
pourtant? Qu'on me pcrmcltc de roir ma
filie , de parlagcrscs fers, de mourir dans scs
l)ras avant qu'cllc me soit ravic. Romains ,
songcz á rágc si lendrc de ma Cymodocéc !
Ab ! j'ctois le plus bcureux des morlcls que le
solcil cclaire dans sa course 1 Aujourd'hui qiicl
esclave voudroit cbangcr son sort contrc le
micii? Júpiter m'avolt donne un cccur
bos-pitalier ; de tous les hotos que j'ai regus a mes
foyers, et qui ont bu avccmoi la coupe de la
joic, en est-il un scul qui viennc partager ma
doulcur? Inscnso cst le mortel qui croit sa
prospcrite constante !
La fortune ne se repose
nullc part. »
A ees mots, Dc'modocus, frappant scs mains
avec dcsespoir, se roule sur la tcrrc. Scs cris
ne perccnt point les murs du cacbot de sa
nou-348 LES íMA.RTYRS,
Yclle Chrétienne dans ce licu sanglant, avoient
tous donnc Icur yie pour Jcsus-Christ.
Cymo-docée habitolt senlc la pñson. Faligué des
soms qu il eloU oWigé de rcndrc íi i'ornhe
bne , Sasvus insultoit souvcnl i son malhour •
mnsi, lorsque de grossiers villageois ontcnlevé
un aiglon sur la montagne, ils enferment dans
une indigne cagc l'hériücr de l'cmpire des
azrs; zls znsultent par d'ignobles jeux et des
trauemens znbumains á la znajesté toznbée
■
>ls frappcnt cctte lele couronnée , ils ¿teignen;
ees yenx qux auroient contemplé le soled - il
pour repousscr les outragcs '
Nourrie dans les rlantes idees de lancho
logxe cnvzronncc jusqn'alors des inxagos W
plus doñees ct Jes plus gracieuses r ?
avoitapei„econL,e\xon?r;a¿7""
de l'adversité. Elle n'avoit point été fo
cette ecole chrétienne oh , des l^br""'''
l'homme aiijircnd nu'ii ct ná i.r,
'
LIVKE XXI. 3/lg
conti'c les ai'tliclions de la vio des sccours
(|uc nc lili offroit point le cuite des faux dieux.
Elle étiidioil avec ardeur les Livres Saintsqu'elle avoit trouvés dans sa prison , et qui
avoient appartenu a quelque martyr; mais
sans cesse obsédéc par les souvenirs de son
cnfance et de sa jeunesse, elle nc pouvoit
goúter encorc parfaitement ees liantes
conso-lations de la religión , qui nons clevent
au-dessus des regrets et des miscrcs humaines,
Souvcnt, au inilicu de sa lecturc, sa tete
tom-boit sur la page sacrcc , et la nouvelle Chré
tienne ,
saisie de douleur, redevcnoit un
mo-mcnt la prétrcssc des Muses. Elle se
reprc-scntoit cctte brillante lumicrc de la Mcsscnic:
elle croyoit crrcr dans les bois d'Amphise ;
elle revoyoit ees bellos fétes de la Greco, ees
chars roulant sous les ombragcs de Némée ,
ees religieuses Théorics parcourant aux sons
des fldtcs les soinmets de l'lra , cu la píame
de Sléniclare. Elle songeoit au bonhcur dont
elle jouissoit autrcfois avec son pcre, el au
chagrín qui accahloit maintenant ce vicillard.
, Oíi cst-il ? Que fait-il ? Qui prend soin de
son age ct de ses larmes? Oh, que les peines
35o LES i\LVl\TYUS,
qui doivcnt accabler son ph'C ctso,, ¿poux' ..
Tandis que la fdle de Déraodocus se livre
a ees pcnscrs amcrs , elle entend touL i cou„
retcnur des pas au fond de sa prison. Blanche
la femme du gardien, s'avance, el remet i
Cymodocee la IcUrc d'Eudorc, avec le secrcl
nccessaire pour lirc ees tristes adicux. Cctle
Chretienne timide, qu¡ n'ose braver ouvcrte
mcnt son cpoux et les supplices, se hile de
sortir, ct referme les portes du cachot
Cymodocée,restécseule, prepare aassitdt
■
raxnour et la religión y avoient 1!-^
premrer essar, elle reconnolt l'écritnre d'í"
dore ; bicntót elle parvient i, lire les
'
/
íemoignagcs de l'amour de son eponx"""?
expresstonsdumartyrdev¡ennentpli,endr
on entrevod quelque annonee funest Cv
docee n'ose plus déclnffrer l'écrit fntnt
sWítc; elle rccommencc, s'arrétc de'no!'
"
'l'Homere, Eudore va pcul-étre
"
-
-ioui des coni:;!
^
L1V1\E XXl. 35i
» fablcs. II Taut qu'il conpclc ñl tic scs jours,
» comme un Lisscrand coupe le fil de sa toilc
>) á moilic Lissuc.
Soudain les ycux de la jcunc Chrcliciine s'obscurcisscnt, ct elle tombc evanouie sur la
picrrc de la prison.
Mais, o Muse célcslc, d'ou vicnncnl ees
transports de joic fiui cclatcnL daos les parvis
¿tcrncls? Püurquoi les harpcs d'or font-clles
cnlcndrc ees sons mclodieux ? Pourquoi le
Ptoi-prophcte soupire-tdl scs plus beaux
can-tiques ? Quclle allcgrcsse parmi les Auges 1 Le
premier des marlyrs , le glorieuxElicunc, a
pris dans le Saint des Saints une palme
c'cla-[antc ; il la porte vers la Ierre avec un front
incline ct rcspcctucux. Cieux , racontcz le
triomphc du juste! Le moment si court des
affiictions de la vic ya produire un bonhcur
qui nc fmira plus : Eudore a paru devant le
juge! ,
II a dit adicu a ses amis ; il a rccommande
i leur charilt: son épousc ct Demodocus. Les
soldats ont conduit le martyr au temple déla
Justicc , báti par Auguslc , pres du ihcálrc
de Marccllus. Au fond d'une salle immensc352 LES MARTYUS,
et dccouverte , s'élíívc une chaire d'ivoire
sur-montée de la statue de Thémis, mere de
l'E-quitó , de la Loi et de la Palx, Le juge esL
place sur cette chaire : i
sa gauche , sont des
sacnficateurs, un aniel, une victime; i sa
droite , des ccnturions et des soldáis; devant
lui, des entravcs, un chevalct, un búcher
une chaise de fcr, mille instrumens de
sup-plice , et de nomhreux hourrcaux
■
dans I
salle est la foule du pcuple. Eudore'cnclminí
se tient debout au picd du tribunal. Les hé
rauts, ministres de Júpiter et des hommcs
commandent le silcnce. Le iuee infnet l'écrivain grave sur des tablettcs 1
'
du martyre.
lanicttes les actcs
Eestus suivant les formes usitées , dit
-« Quel est ton nom ? »Eudorc rcponci ■
N as-tu pas connoissancc des
ontété puhliés centre les Chretiens f „
Eudore rcpond: «Je les connois. »
Le juge dit ;
« Sacrific done aux dieux. «
LIVRE XXI. 353
Eiidore rcppnd:
« Je ne sacrific qu'á un seul Dieu , crcateur du cicl et de la terre. »
Feslus ordonne de dépouiller Eudore , de
rétendre sur le chevalet, el de luz attacher
des poids aux pieds.
Le juge dit :
« Eudore , je te vois palir, tu souffres. Aie
pitié de toi-mcme ; souviens-toi de ta gloire et des honncurs dont tu as été comblé! Jette les ycux sur ta maison prcs de tomber par ta
chute. Vois les larmes de ton pére , e'coute les
plaintes de tes áícux. Nc crains-tu point de comblcr d'un cnnui ctcrncl la deplorable víeil-lesse de ccux qui t'ont donnc la ^dc ?»
Eudore rcpond :
« Ma gloire, mes honneurs et mes parens
sont dans le ciel. »
JjC juge dit :
« Seras-tu done insensible aux douceurs et
aux promcsses d'un cbaste byménée.í* » Eudore ne répond point.
Le juge dit ;
« Tu t'attendris , acbeve; laisse-toi
tou-cber :
sacrific, cu tremblc des maux qui
t'at-tcndent. »
35/^ LESMARTYRS, Eudore répond :
« Que me servirolt d'avoir trembtc devant un juge qui doit mourir comme moi ? »
Festus fait déehirer Eudore avec des ongles
de fcr. Le sang couvrc le coi ps du confcsseur,
comme la pourpre de Tyr teint Tivoirc de
l'Inde, cu la laine la plus blanche de Milct.
Alors le juge:
« Es-tu vaincu? Vas-tu sacrifier aux dieux?
Songe , SI tu t'obstines , que tu entraineras
dans ta porte ton pérc , tes soeurs, ct celle
qui ctoit destinée á ton lit. «
Eudore s'écrie ;
« D'oü me vient ce bonheur d'étre sacrifié
quatre fois pour mon Dieu ? »
On ecarte les pieds du confcsseur dans les
entraves ; on fait rougir la chaisc de fer • on
prepare la poix bouillante et les tenailles
Eudore ne paroit pas souffrir. On voyoit sur
son visage briller rallégresse jointe á une
douce gravue, ct la majestd au milieu des
graces. La chaisc de fcr est preparce. Le doc
bras
Í'T
'
em-Des\'-^^'^í ^ •^loquemment l'Evangile
Des Seraphms répandent sur Eudore une
'
■
celeste, et son Ange gardien lui fait
LIVRE XXI. 355
une opibre de scs alies. II paroissoil dans la
ílamme comme un pain dclicieux prepare
pour les tables étcrnelles. Les Pa'íens les plus inlrepides dctournoient la tete : ils ne
pouvoient soutenir réciat du martyr. Les
bourreaux fatigues se relayoient les uns les
autres; le juge regardoit le Chrétien avec un
secret effroi; il croyoit voir un Dieu sur cette chaise ardente. Le confcsseur lui crie :
« Rcmarquez bien mon visage, afín de le
reconnoítre á ce jour terrible ou tous les
hommes s il jugés. »
A cesmocs, Festus troubld fait suspcndre le supplice. II se precipite de son tribunal, passe derriere le rideau, ct laisse récrivain
llrc en tremblant ccttc sentence :
« La clemence de rinvincible Auguste or-» 3onne que celui qui, refusant d'obéir aux
» sacres édits, n'a pas voulu sacrifier, soit
» exposé aux bétes, dans ramphithéátre , le » jour de la divine naissance de notre
Empe-,) reur étemel. »
Aussitót Eudore est reporté par les soldats
a la prison. Deja les confesseurs étoient
356 LES MARTYRS,
truils dcsontriomphe. Aumomcnt oü la porte
du cachot s entr ouvre , et laissc voir aux évéques le martyr pále et mutilé, ilss'avancent
au-devant de luí, Cyrille a leur téte , et
en-tonnent tous a la fois ce cantiquc :
« II a vaiiicu PEnfer! II a cueilli la palme !
Entrez dans le tabernacle du Scigncur, ó
« prétre illustre de Jésus-Christ !» Quel éclat sort de scs piales ! II a été
cprouvé par le feu, comme Pargcnt raffiné
» )usqu'>i sept fois.
» 11 a vaincu l'Enfer! ü a cueillila palme
-" tabernacle du
>' pretre illustre de Jesus-Christ! „
Les Anges répétoient dans le ciel ce c'an
tique, et un nouvcau sujet d'allcgresse char
moit Ies Esprits bienheureux.
Eudore , dans le cours de scs actos eln
""í«.»«c r
rreiunii sj'™""!;
j'.==or<i„ i,
HVRE XXI. 357
tueuse femme un rang parmi les élus. Elle cloit tombée, au sortir du monde , dans le
licu oü les ames achevent d'cxpier leurs
er-reurs , parce qu'clle avoit aimc scs cnfans
avcc trop de foiblcsse, et qu'clle c'toit ainsi devenue la premiére cause des égarcmcns de sonfils. Eudore , par Thommage volontaire de son sang , avoit obtenu la fin des épreuvcs
de Séphora. Les trois prophétcs qui lisent
dc-vant rEtcrncl le Livre de vie, Isaie , Elie et
Moise, proclament le nom de Tame dclivrée.
Marie se leve de son troné : les Anges qui luí
prcsentoient les voeux des mércs, les plcurs
des cnfans, les douleurs des pauvres et des infortunés , suspcndent un momcnt leurs oíTrandes: elle monte vers son fils ; elle entre dans la región oü PAgneau régnc au milieu des vingt-quatre vieillards ; elle s'avance jus-qu'aux pieds d'Emmanuel, et s'inclinant de-vant la seconde Essence incrééc :
« O mon Fils , si n'étant encore qiPune » foible mortelle , j'ai porte dans mon sein )) le poids de votre étcrnitc ; si vous
dai-» gnátes coníicr a mon amour le soin de votre » humanitc souffranLe , daigncz écouter ma
358 LES MARTYRS,
» priere. Vos prophetes ont annoncé la
déli-» vrance de la m^re du nouveau martyr. Les
» Fideles Tont-ils enfin jouir de la paix du
» Seigneur ? Filie des hommes,
vous m'avez
» permis de vous pre'senter leurs larmes. Je
» vois un confesseur qu'un tigre va déchirer;
» le sang qu il a déjá répandu ne suffit-il pas
» pour racheter ce Chrétien, et le faire
en-» trer dans votre gloire ? Faut-il qu'il acheve
» son sacrifice, et la voix de Marie ne
peut-» elle nen changer á la rigueur de vos
con-» seils? con-»
Ai«„
te tVLessie, d un ton miséricordieux ;
"
Mí
larmes des hommes :
je me suis chargd
<=ompatis
pour eux du fardeau de toutes les misérS
du monde. Maisilfaut que les ddcrets d"
mon Pere s accomplissenl. Si mes
confes-eurs sont persécutés un moment sur la
sa^fi n
gloire
* üesccndez vers les lieux o¿
LIVRE XXI. 359
» les fautes sont effacées par la pénitence ;
» ramenez au cid avec vous la femme dont
») les prophclcs ont declaré la béalitude , ct
» que la felicité du martyr pour lequel vous
» m'implorez , commence par le bonheur de
» sa mere. »
Un sourire accompagne les paroles paci
fiques du Sauveur du monde. Les vingt-quatre
vieillards s'inclinent sur Icurstrónes , les Ché-rubins se voilent de leurs ailes; les spheres
célestess'arrétent pour écouter le Yerbe
éter-nel; et les profondeurs du chaos trcssaillent
el sont éclairées, comme si quelque création
nouvelle alloit sortir du néant.
Aussilót Marie dcscend vers le lieu de la
purification des ámes ; elle s'avance par un
cliemin semé de soleils, au milieu des
par-fums incorruptibles et des flcurs célestes que
les Anges répandent sous ses pas. Le choeur
desviergesla précéde, en chantantdeshymnes. Auprés d'elle paroissent les femmes les plus i Ilustres : Elisabeth dont Tenfant tressaillit á Tapproche de Marie ; Magdeleine qui
répan-dil un nard précieux sur les pieds de son
36o LES MARTYRS,
qui suivit Jésus au Calvaire ; la mere des
Ma-chabées, celle des sept enfans martyrs ; Lia
et Rachel; EsAer, reine encore; Débora de
qm la tombc vit croitrc le chéne des pleurs
et l'épou. d'El^éleeh , que les Anges T»;
appelee Belle, et les hoinmcs Noémi.
Entre le Ciel et l'Enfer s'etend une vaste
deineure consacrce aux expiations des morís.
Sa base touche aux régions des douleurs
infi-mes
, et son sommet a Vampiro des joies
i„-tarissables. Mane porte d'abord la consolation
aux beux les plus éloignés du séjour des
bca--rÍ
det
obscure. Lcurs' noTes''pauiV
re-es que par lesflammes vIsLs'drSr
Les ames eprouve'cs dans cette cnceinte „
"
partagent pomt les supplices eternels m d
e Ies enontlatorreur. Elles entendent 1 br i
des tourmcns le rotentissement des fouets
le iracas des chames. Un fleuve brúlant f •
-des pleurs -des réprouve's les ' '
"ime
l'abímo - 11 les separe seul deccssc ctcint oí fr,. ■ Gspon- sans
icinicltonjoursrcnaissant.
^ appanuon de la Reine des Angas au
mi-LIVRE XXI. oGt
lieu de ees infortuncs , suspendit un momcnt
l'horrcur de lcurs craintcs. Une lumicre di
vine eclaira les prisons expiatoires, penetra
jusquc dans l'Enfer, et TEnfer étonnc crut
voirentrcr TEspérance. Saisie d'une pltie ce
leste, Mariepasse avec sa pompe angelique a
des régions moins obscuros et moins
malheu-reuscs. A mesure qu'on s'clcve dans ees licux d'cprcuves , ees licux s'embellisscnt, et les
peines deviennent plus douces ct moins du
rables. Des Anges compatissans , bien que scvércs, veillent aux pénitences des ames
éprouvccs. Au lieu d'insultcr a lcurs peines ,
commc les Esprits pcrvcrs aux pleurs des damnés , ils les consolent, et les imatcnt au
rcpcnlir; ils leur peigncnt la bcauté de Dicu,
et le bonheur d'une éternité passéc dans la
contemplation de l'Etre supi-émc.
Un spectaclc extraordinaire frappc surtoul
les regards des saintes fcmmcs desccndues des cicux avec la Reine des vicrgcs : des ames de
viennent peu á pcurayonnantesctlumincuscs,
au milieu des autres í\mes qui les entourcnl;
une aureole gloricuse se forme auLour de leur front; transfigúreos par dcgrc, cllcs s'cnvolent
362 LES MARTYRS,
les divins concerts. C'étoient des morts dont
les peines étoient abrégées par les priéres des
parens et des amis qu'ils avoicnt encore sur
la Ierre. Céleste prérogative de l'amitié, de
la religión et du malheur !
Plus celui qui prie
ici-basestinfortuné, pauvrc , infirme,
mé-pnse, plus ses voeux ont de puissance pour
donnerunbonheur éternel á quelque dme
dé-iivree!L'heureuse Séphora brilloit d'un éclat
extraordinaire au milieu de ees morts rache
tes. La mére des Machabées prend aussitót
«larie Le cortege remonte lentement vers
les sacres tabernacles. Les mondes dteT
uxqm rapent nosregardspendantlanuit'
ceuxqm echappentünotrevue dans la p^!
•' pas?e7lar°"'
P sser la Souveraine des cieux !
'
= laissez
» Je
"s salue , Marie , pleine de en
giíAce,
LIVRE XXI. 363
modele des vierges et des épouses Chéru-bins ardens, portez sur vos ailes la filie des hommes et la mere de Dieu. Quelle
tran-quillité dans ses regards baissés! Que son
sourire est calme et pudique ! Ses trails conservent encore la beaute de la douleur
qu'elle éprouva sur la térro, comme pour
tempérer les joies éternelles ! Les mondes
frémissent d'amour á son passage ; elle
efface l'éclat de la lumiere incréée dans
la-quelle elle marche et respire. Salut, vous qui étes bénie entre toutes les femmes, Re
fago des pécheurs, Consolatrice des affligés!
» Ouvrez-vous, portes éternelles ; laissez
» passer la Souveraine des cieux. »
J
LES MARTYRS.
WVV^ XWV^X >jX^^V\X%^-^^i'V'XVXVX'V%rV\ ■V^'WW
SOMMAIRE
LIVRE VINGT-DF.TJXIÉME.
LAnge exterminateur frappe Gai¿r¡us et Hiérocl^s.
Hiároclés va ,rouver le juge des Chrétiens. Retour du
BéXuT;te¿rr'f
de Cj„.„docée. Le Rapas Libre. Tentation
LIYRE XXII.
Que sont Ies peines du corps aupres des
toui-mens de i'áme ! Quel feu peut ctre com
paré au feu des remords ! Le ¡usle cst
tour-menté dans son corps ; mais son ame, comme une fortcressc inexpugnable, reste paisible
quand Lout est ravagé au dchors : le méchant,
au contraire, repose parral des flcurs ou sur
un Ht de pourpre ; ü semble jouir de la paix , mais I'cnnemi s'est glissé au dedans; des signes
funestes trahissent le secret de cet homme
qui semble heurcux ; ainsi, au milieu d'une
campagne florissaute, on découvre le drapeau fúnebre qui flotte sur les tours d'une cité dont
la peste et la mort se disputent les débris.
Hiéroclés a renié le Ciel : le Cicl Ta
aban-donné á l'Enfer. Publius, qui veut achever de
pcrdre un rival, a découvert les infidélités du
ministre de rEmpereur ; le sophiste avoit fait cnlrcr dans ses trésors une partie des trésors
du prlnce. Chacun cherche á Hiéroclés un
368 LES MARTYRS,
accuser le mcchanfc abattu, qu'on ctoit lache
k l'cxcuser triomphant. Que fcra l'cnnemi
de Dieu? Partira-t-il pour Alexandric , sans
cssayer de sauver celle qu'il a perdue ?
Rcs-tera-t-d a Romo pour assister aux funcraillcs
sanglantes de Cymodocée ? La haine publique
le poursurt; un princc terrible le menacc •
un effroyablc amour brúle dans son cceur!
Dans cette perplexitd, les yeux du pervers
se tachcnt de sang, son rcgard devient fixe,
scs IcTcs s entr ouvrcnt, et ses jones livides
coinbicn différent est 1„ ru - ■
les veines épuise'es Í
sT
asscz rctcnu pour anim
coeur! ]V[aj„
^
animer un grand
Jes remords °
douleurs ct
' ®^®nt-coureurs des chatimens
HVKE XXII. 3G9
reserves au persécuteur des FidMes : Dieu fait un signe a l'Aiigc Exlcrminateur, et du doigt lui marque deux vicLimcs. Le ministre
des vengeances attachc aussitót a ses cpaulcs
scs ailcs de feu, dont le fremissemcnt imite le bruit lointain du tonnerre. D'unc main, il
prend une des scpt coupes d'or plcincs de la
colcrc de Dicu; de rautrc il saisit le glaive
qui frappa les nouvcau-ncs de TEgypie, et fit recular le solcil a l'aspect du camp de
Scnnacherib. Les nations cnlieres, condam-nces pour leurs crimcs, sMvanouissent devanfc cet Esprit inexorable, et Fon cherche en
vain Icurs lombeaux. Ce fut lui qui traga sur
la ^Tiuraillc, pcndant le fcslin de BalQiasar, les mots inconnus; ce ful lui qui jeta sur la
Lcrre la Faux qui vendange, ct la Faux qui moissonne, lorsque Joan entrevit dans Tile de
Patmos les formidables figures de Favcnir.
L'Ange ExLcrminalcur dcsccnd dans un cclair, comme ees ctoilcs qui se dcLachent du
cicl et portent Fepouvantc au cocur du matelot.
II entre enveloppc d'un nuage dans le palais
des Ccsars, au moment méme oü Galérius,
assis a la table du festin, célébroit ses
370 LES MARTYRS,
on entend au dehors comme le roulement
d'une multitude de chariots de gucrre; les
chevcux des convives se hérissent sur leur front-, des larmes involontaires coulcnt de
leurs yeux; les ombres des vicux Romains se
leverent dans les salles, et Galérius eut un
pressenliment confus de la dcstruction de
TEmpirc. L'Ange s'approche invisible de ce maitre du monde, et verse dans sa coupc
quelques gouttes du vin de la colere celeste. Poussé par son mauvais destin, TEmpereur porte á ses levres la liqueur devorante; mais a peine a-t41 bu a la Fortune des Ccsars, qu'il se sent soudain enivré; un mal aussi prompt qu'inattendu le renverse aux pieds de ses esclaves : Rieu dans un moment a conché ce
géant sur la terre.
Une poulre coupce sur le sommet du
Gar-gare a vieilii dans un palais, séjour d'une race
antique; toul a coup le feu rayonnant au foyer du roi, monte jusqu'au chéne desséché; la poutre s'embrase, et tombe avec iracas dans
les salles qui mugissent: ainsi tombe Galérius.
UAnge l'abandonne á ce premier effet du
poison éternel, et volé á la demeure ou
gemissoit Hiéroclés. D'un coup du glaive du
LIVRE XXII. 37 r
Seigneur, il flétrit les flanes du ministre impie. A rinslant une hideuse maladie, dont Hiéro
clés avoit puisc Ies gcrmes dans l'Orient, se declare. L'inforlunc voit une Icpre épaisse couvrirtoutsoncorps; ses vctemenss'attaclient
a sa chair, comme la robe de Dcjanire ou la
lunique dcMcdce. Sa tétes'cgare; il blasphcme
centre le ciel et les hommes, et tout h coup
il implore les Chrétiens pour le déli^Te^ des Esprits de ténébres dont il se sent obsede. La
nuit etoit au milieu de son cours. Hiéroclés
appelle ses esclaves; il leur ordonne de pre
parar une litiére; il sort de son lit, s'cnveloppe
dans un manleau, et se fait porter a moitié en
delire chez le juge des Chrétiens.
« Festus, lui dit-il, tu tiens en ta puissance
une Chrétienne qui fait le tourment de ma vie;
sauve-la de la mort, et donne cette esclave
a mon amour; ne la condamne point aux
botes; Tédit te permet de la livrer aux lieux
infames tu m'entends. »
A ees mots, le pervers jette une bourse d'or
aux pieds du juge : il s'éloigne ensuite en
poussant un sourd mugissement, comme un
taureau malade qui se traine parmi des roscaux
372 LES MARTYRS,
Dans ce moment mémc, le dernier cspoir
desChrétiensyenoitdes'évanouir:
le messagcr
qu Eudore avoit envoyé á Diocléticn pour
1 engager a reprendrc FEtnpire, ctoit rcvenu de Salone : Zacharie Vintroduisit dans les
cachots. Les confesseurs avoient tous regu
leur sentence :
ils ctoient condamncs a mourir
dans ramphithcátrc avee Eudore. Entouré
des évéques qui pansoienl ses piales, le fils de
Lastliénes ctoit etcndu a terre sur les robes
des marlyrs :
leí un guerrier blessé est couché
sur les drapeaux qu'il a conquis, au milieu de
ses coinpaguons d'armes. Le messagcr, saisi
de douleur, restoit muet et interdit, les ycux
attaches sur l'époux de Cymodocce.
« Parlez, mon frlire, luí dit Eudore; la chair
est un peu abattuc, mais l'esprit conserve
encere sa vigucur. Fcücitez-moi d'dtre soulagé
par des mains qul ont tant de fois touclié le
corps de Jésus-Christ. »
Le messager, cssuyant ses plcurs, rendit
compte en ees mots de son entrcyue avcc
•«Jiocletien :
orLe^s"*^"'';
d'aprfes vos
bientót
ot au nvage de Salone. Je demanda!
Adnatique, et j'abordai
LIVRE XXll. 373
Diocles, autrcfois Dioclétien, Empereur. On
me dit qu'il habiLoit ses jardins a quatre milles
de la ville. Je m'y rendis á pied. J'arrivai a la demcure de Diocles; je traversai des cours
oü je ne rencontrai ni gardes, ni surveillans.
Des esclaves étoient occupcs qá et lá a des
tra-vaux champétrcs. Je ne savois a qui m'adrcsser.
J'aperQus un homme avance en age qui tr^-vailloit dans le jardin; je m'approchai de lui
pour lui demander ou Ton trouvoit le prince
que je clierchois.
« Je suis Diocles, répondit le vieillard en » conlinuant son Iravail. Vous pouvcz vous
» expliquer, si vous avcz quelquc chose á me
» diré. »
« Je demcurai mucL d'c'tonncment.
« Eh bien, me dit Dioclcticn , qucllc aíTaire
» vous amcnc ici ? Avcz - vous des graines
» rares a me donner, et voulez-vous que nous » fassions des echangcs ? »
» Je remis votrc letlrc au vicil Empereur; je lui peignis les malheurs des Piomains, cL le désir que les Chréliens avoient de le revoir
a la tete de l'Etat. A ees mots, Diociétien ,