AISTHESIS
N°29,
1996.
TOUS
LES
HOMMES
SONT
DES
ARTISTES
Elisabeth Toulet
Directrice de l'Académie Internationale
de Théatre
pour
Enfants.
Si
tomamos
en cuentala
oraciónde Yeduhi Menuhin: "Tous les hommes
sontdes
artistes",
la
autora proponela
aprehensiónde la belleza
como una expe riencia educativa entorno
alarte,
especialmente elteatro.
Elisabeth Toulet
relata algunas experienciasinfantiles
que nosdemuestran
quelos
niñostoman
mayor concienciade
símismosenla
escena.Considering
the
sentencefrom Yeduhi Menuhin: "Tous les hommes
sontdes
artistes",
the
author proposesthe
apprehension ofbeauty
as ateaching
experience aroundart,
especially
the theater.
Elisabeth Toulet
describes
some children's experiencesshowing
usthat
they
become
more conscious of themselves onthe
scene.LA
CONSCIENCE D'ETRE
C'est
au seinde l'Office Culturel de
Cluny,
organismetrancáis d'action
culturelle,
et en particulier al'école
d'Ange
Guibert,
metteur enscéne,
quej'ai
découvert la démarche d'expression
artistique queje
vais vous présenterdans
son expérimentation auprésdes
enfants.C'est d'abord
commeétudiante,
puis professeurde lettres á
Paris,
et enfin commedirectrice d'un
centred'animation
culturellede l'O.C.C. dans l'Est de la
France,
en milieurural,
queje
me suisinterrogée
surla
validitéde
notre systémescolaire.A
seizeans,
je
me suisheurtée
au mal-étredes
adolescentsde
ma génération:de
venueadulte,
j'ai
retrouvéla
mémedifficulté
a vivreet atravailler
chezla
génération suivante.La
plupartdes
adolescents aujourd'hui n'ont pasété
preparesdurant
leur
enfance a assumerle bouleversement
physique et psychique qui accompagneleur
age.lis
ne savent pasdiscerner
ce qui peutles
construiréetles
élever.
Certains
n'en ont méme plusle désir. Au
sortirde
l'enfance,
l'adolescent
remeten causetoutes
les
valeurs qu'ila recuesde
sonenvironnement,
il
se cherche.II
est commeécartelé:
il
aime ses parents etles deteste
tout
ala
fois,
il
aspire a un amour absolu ettombe
amoureuxtout
le
temps,
il
a soifde
pureté etil
est perturbé paral'éveil
de
sasexualité, il
a enviéd'étre
lui-méme
et aterriblement
besoin
de
s'identifier auxautres,
il
veutétre
un adultetout
en continuant ajouer
comme un enfant.S'il
ne percoitde lui-meme
que savie physiqueetpsychologique,
faite de hauts
etde
bas,
de
múltiples contradictions commela
votre oula
mienne,
il
risqued'en
resterle
jouet,
de demeurer
un objetbailóte
par sesinstincts,
sesenvíes,
sesdoutes. II
risquede
nejamáis
devenir le
sujet,
l'acteur de
sa vie etde
sonhistoire. Pour
assumer cette révolutionintérieure, la
morale seule ne sertarien.J'ai
fait
cetteexperienceil
y
adix
ans avec une enfantde douze
ansd'Amérique
du Nord
venue participera un stagede
l'Académie,
quinous avait avoué qu'elle craignaitd'étre
enceinte: attendre unenfant,
avorter n'avaitpas plusde
sens pour elle qued'acheter
une nouvelle robe.Elle était
au vrai sensdu
terme inconsciente.
Tout
était
pour elleuniformisé,
relativisé.
En
l'écoutant,
je
pensáis que nous avionstrois
semainesdevant
nous pourlui
proposerde
vivre une experienced'étre,
qu'avantla
consciencedu bien
etdu
mal,
il
fallait de
toute
urgenceéveiller
chezellela
conscienced'étre
une personneunique,
promise ade bien
plusbelles
etfécondes
aventures que celles qu'elle connaissait!L'image
du Gulf Stream
peutéclairer
ce queje
veuxdiré
par experienced'étre: la
mer peut sedéchainer
ensurface,
le Gulf Stream
plus profondément continué son cours.Les
vagues,
les
tempétes
sontde
l'ordre de la
viepsychologíque.Celle-ci
est pleinede
richesses mais elle netrouve
sonordre,
sonunité,
que si elle est animée par une vie plus profonde etinalienable
qui estla
viespirituelle,
la
viede
l'étre:
cette vie sedécouvre
enexercant notrecapacitéd'áimer
enactes,
de
nousdonner.
Notre
modede
vie matérialiste etindividualiste
anesthésie chezles
adolescentsles interrogations
existientielles,
mais celles-ci sonttellement
nécessaires que si elles ne sont pasexprimées,
ellesfinissent
tót
outard
par ressurgir en explosantdans le
désordre,
la
violence,
le désespoir
oula destruction.
Clotilde,
jeune étudiante
de
20 ans, écrit
aprésles
violentesmanifestations qui ont secouéles
universitésfrancaises durant l'hiver dernier: "Nous
sommesgátés,
bien
nourris,
bien
eduques,
bien
logés,
la
tete
bien
pleine ...Alors
pourquoidescendre
soudaindans la
rué enhurlant? Pour de l'argent? Pas
vraiment aufond. Peut-étre
parce qu'on atout
á coup 1'impression de diré
ce quel'on
pense,
de
prendre sa vie enmain,
d'étre
quelqu'undans la
masse"
Les jeunes
de
1996,
de
tous
les
milieux,
souffrentd'étre étrangers á
eux-mémes,
etde
ne plus savoir communiquer avesles
autres.L'informatique
queles études
etles loisirs
mettentá
la
porteede
tous
neleur
sertá
rien pour se connaitredavantage
et entrer en relation avecles
autres.Au
contraire,
grace aelle, ils
prennentde
plus en plusl'habitude d'échapper
aux contraintesdu
réel pour sedéplacer dans les
espacesdu
virtuel qui n'offre aucune nourritureá
leur étre. A
monavis,
l'école devrait leur
apporterles
moyensde
repondréá
leur
quéted'identité
etde
relation.Mais
cela suppose unetrans-formation
profondede
notre conceptiondu
travail
scolaire.TOUS LES HOMMES SONT DES
ARTISTES
Ce
n'était qu'uneintuition
pour moilorsqu'en
1982,
devenue directrice d'un
centre
d'animation
culturelle,
je
disais: "A
l'école
ondemande
atous
les
enfantsde
faire de l'histoire
etdu
sport sans attendred'eux
qu'ilsdeviennent des
grandshistoriens
oudes
sportifsde
compétition.II
devrait
enétre de
méme pourl'expression
artistique"Cette
année-lá,
notre centrefondait
le Festival des Jeunes
Années,
invitant
les
écoles
primairesdu
département
atravailler
durant
plusieurs mois ala
créationde
grandsspectacles,
joués
souventdevant
un millierde
spectateurs.Quinze
ans plustard,
je
suis certaine quetous
les
enfants son capablesAISTHESIS
N"29,
1996.
de
réaliser une créationartistique,
ils
en ontbesoin
pour seconnaitre,
pour grandiret
mürir,
pour s'ouvrir aux autres et au monde.J'ai jubilé
lorsque j'ai lu dans
sonlivre
L'ízrf,
un espoir pourl'humanüé,
cette phrasede Yehudi Menuhin: "Tous
les
hommes
sontdes
artistes".Je
le
croisaussi,
l'expérience
artistique n'est pas réservéea une
élite
de
gens plusdoués
queles
autres.Pourtant la diversité
etl'inégalité
des
talents
sontbien
réelles.II y
ades
oreilles plusmusiciennes,
des
mains qui saventsculpter,
des
regards qui voientles
couleursetles
volumesmieuxqueles
autres.II y
a aussi unedifférence
entrele
mélomane etle
compositeur,
le
passionnéde
théátre
etl'auteur dramatique. Je
ne pense pas queYehudi Menuhin
nie ees réalités.En
outreil
n'entend pas par artiste: celui qui exerce un métierartistique,
enfait
une professionet en vit.Je
erois qu'il parled'une dimensión
constitutivede la
personnehumaine
qui estle désir de
creer,
la
soifde beauté.
En
France,
toutes
les écoles
primaires sontéquipées
de
matérielinformatique
depuis
1982. Par
contre,
la loi
surles
enseignements artistiques votéepar notreparlement en
janvier 1988
quidit
dans
son article1:
"Nous devons
inseriré
commediscipline
essentiellel'enseignement
des
arts plastiques etde la
musiqueá
la
jeunesse de
France",
n'atoujours
pas recude décret d'application
en1966!
L'école
francaise
continuéde
privilégier comme ellel'a fait depuis des décennies le
développement de
la
rationalité,
des
capacitesd'analyse
etde
déduction,
á
travers
l'apprentissage
des
sciences etdes
techniques.
Elle
nefait
pas confiance ala
sensibilité,
á
l'intuition,
á Timagination
pour connaitrele
réel et pour agir.Les
parents etles
enseignants en generalne considérent pasl'art
comme unappren-tissage
valabledu
travail.
L'art
nefait
pas vivre sonhomme!
Développer
les
talents
artistiques
des
enfants estdone
tres
rarementla
préoecupationdes
parents.De
plusl'art
fait
peúr:il
reste associé a une certainefragilité
psychologique,
á
unedifficulté á
s'intégrer
dans
la
societé;
les
artistes sontdes
marginaux.J'ai
lu
récemment uneétude déjá
ancienne maistres
actuelle sur ce sujet1.Une
centained'enseignants
parisiens,
professeurs et chefsd'établissement
onété
interrogas
surleur
visiónde
l'esprit
créateur:1.
L'éléve
brillant
et equilibré estle
prototypede
l'esprit
créateurpour15% d'entre
eux seulement.
Pour
85%,
c'estl'éléve
fantaisiste,
inventif,
maisinsaisissable
etinadapté
qui estle
véritable créateur.2.
Deux
tiers
des
professeursinterrogas,
surtout ceux qui enseignentles
mathématiques et
l'histoire,
nientla
possibilitéde
creerdans
leur
propredomaine
cardisent-ils,
"il
n'estpas possiblede
mettrede
sa personnalitédans
ees matiéres".Notre
systémeéducatif
esttout
afait
impregné
de
cedualisme
qui opposeconnaissance subjective etobjective.
Cette
oppositionexpliqueles freins
rencontrés pourdévelopper
l'éducation
artistiqueá
l'école.
Un
changementde
mentalité a commencé maisil
est encorétres
timide.
Par
example,
pourl'école
primaire,
le
Ministére de l'Education
Nationale
encouragele développement de "l'éveil
1. Colette
Dufresne-Tasse,
Universüé de
Montréal,
Lerejetdu désiré.
Bulletinde
psychologiede l'Université
de
Paris,
1971-72. Tome XXV.
artistique"
des
enfants,
mais nila
pratiqued'un langage
artistique,
nile
passageá
la
création,
nila
rencontre avecle
public.Nous
n'envisageons pas quel'expérience
artistique puisseétre
placee au coeurde l'éducation
des
enfants.Elle
reste unediscipline
secondaire,
á
proposer en option auxeleves.
On
travaille
enmathé-matiques,
on s'amuse en musique!D'autre
partla
mise en placed'une formation
artistiquedes instituteurs
esttres
discutée
et n'est pas ressentie encorécomme unenécessité.
Peut-étre l'Education
Nationale
n'a-t-elle pasles
moyensde
mettre en oeuvre unetelle
reforme?Ne devrait-elle
paslaisser
plusde
place al'initiative
particuliére,
enévoluant
vers un rolede
fédérateur,
de
modérateur etde
coordinateur?
Une
plus grande varióted'écoles
permettrait certainementde
mieux prendre en comptel'unicité
de
chaqué enfant.En
fin,
si nous voulons mettreenplace uneformation
artistiqueá
l'école,
il
faut
accepterde
reparlerde la beauté. Le
motbeauté
en effect n'apparait plusdans
le
vocabulairede l'enseignement
artistique.Les étudiants
qui sedestinent
al'architecture,
ala
sculputure,
authéátre
ouala
musique sontles
plusdesorientes
quand on
les
questionne surla beauté. Leur
enseignement ne porte que surl'esthé-tique.
Mais
la beauté
trascende
l'esthétique,
elletouche
enl'homme
ses aspirations al'accomplissement,
ala
plénitude,
á
l'éternité,
on nepeutla
séparerde la
vérité oude
l'amour,
autantde
réalitésinvisibles
qui ontété
mises sousle
boisseau
parle
positivisme et
le
rationalisme.Et
pourtant...j'ai demandé
récemment ades
adolescents: pourriez-vous
imaginer
unmonde sansbeauté? L'un
d'eux
a répondu:"oui,
ce seraitl'enfer".
L'école
devrait faire découvrir
al'enfant
non seulementla
beauté de l'univers
mais sabeauté
profonded'étre humain. "II n'y
ade
consciencede
nos profondeurs que symbolique"2L'enfant
est naturellement ouvert auxsymboles,
il
percoitle
caractére sacrede la
vie.Par
contre ce sensinné
du
mystére s'effacedurant l'adolescense.
II
peut s'oublier complétement.C'est
alors quel'étre
humain finit
par ne plus savoir quiil
est.Sauf
s'il sait comment renaitreá
cemystére,
"l'exprimer,
le
représenter"
Et
seulela
création artistique peutle lui
apprendre.
C'est
la
raisond'étre de l'Académie Internationale de Théátre
pourEnfants.
Fondee
en1986,
elle proposedurant Tannée á des
enfantsde 10
a12
ansdes
stages et
des
ateliersd'expression
théátrale
enFrance,
auQuébec,
auChili,
auLiban,
enHongrie,
et organise chaquéété
une rencontreinterculturelle
de
trois
semaines autourde la
créationd'un
spectacle.L'ACADÉMIE
INTERNATIONALE DE THEATRE POUR ENFANTS
La beauté
commence parle
soin etle
respectdes
chosesles
plus simplesetles
plusconcretesde la
vie.Nous
posons parexample comme exigencela
qualitédes
repas pour
les
enfants comme pourles formateurs:
misedu
couvert,
décoration de la
table, écoute des
autres,
respectde la
noirriture.Nous
croyons que cette exigence estfondatrice d'une
harmonie intérieure. Elle demande
un effortde
volonté mais aubout
du
compte elle cree unedisponibilité
á
l'autre
et rendheureux.
Nous
AISTHESIS
N"29,
1996.
nons aux enfants a exercer cette vigilance continuelle quipermet
de
construiré unevie communautaire oü chacun s'ordonne a
l'autre
etfait l'apprentissage de
saliber
té.
Roxane (11 ans)
témoigne:
"A
l'Académie
on granditcar aulieu de
nousdiré: il
faut,
on nousdir: il
seraitbien,
et c'est nous qui choisissons".Nous
croyons quel'expression
artistique naitde I'ouverture
auxautres,
or cette ouverture n'est pasdifférente
surscéne etdans la
viede
tous
les jours.
Ainsi,
les
progrés queles
enfantsaccomplissent
dans leur
attentionquotidienneá
ceux quiles
entourent,
les
rendentplus
disponibles
et plusimaginatifs
surla
scéne.Nous
accordons aussibeaucoup
d'importance á
la
qualitédu
cadredans
lequel
nous accueillonsles
enfants:beauté de l'architecture
etde l'environnement.
Le
psychologueWinnicott insiste
sur cettedimensión
nécessaireal'épanouissement
psychique
des
enfants.En
effet,
le
comportementdes
enfants,
comme celuides
adultes qui
les
encadrent,
estmétamorphosédans
un endroit qui a une ame.C'est
unegrande erreur
de
considérerla beauté du
cadrede
vie comme unluxe
superflu,
sans
influence
surle développement des
étres,
etde
nepasla
rechercheren prioritédans les lieux
éducatifs.
On
sacrifietrop
souventl'harmonie
des
espaces,
des
couleurs,
des
éclaiarages,
auf
onctionnel,
ala
sécurité,
auxbesoins
de la
viedite
"de
collectivité",
quitteá
rendreles lieux
froids,
impersonnels
ettristes.
Enfin
nousorganisons nos stages pour un nombre restreint
d'enfants.
Au-delá
de
quarante,
nous savons
d'expérience
qu'il estdifficile de
creerdes
relations personnelles.Les
petites unités permettent
d'éviter
l'anonymat
du
grand nombre etfavorisent la
viecommunautaire.
Celle-ci impose des
regles communesmaisl'exception y demeure
toujours
possible,
l'unicité de
chaqué enfant peutétre
respectée.L'EXPRESSION ARTISTIQUE:
UN
ACTE
DE
FOI,
DE
CHARITE ET
D'ESPÉRANCE
J'entends
souventdiré
queles
enfants sontnaturelllement créatifs.Je
n'ensuis pas si süre.
Je
constate en effet qu'ilfaut leur
apprendreá distinguer l'ex
pression
de la
simpleimitation,
füt-elle
brillante! L'idée
qu'ils sefont
généralementdu
théátre estla
suivante: reproduirele
plusfidélement
possible ce qu'ils pensentétre
la
joie,
la
tristesse,
sans essayerde découvrir
en eux-mémes ees sentiments.Ainsi
audebut des
stages,
ils
essayentde
mimerce queles formateurs
ontmontréou ce que
d'autres
enfants onfait. Dans
eescas-lá,
ils
partentde
l'extérieur,
et mémesi
dans leur
applicationá bien
faire,
ils
manifestentde
l'intelligence
et un certaintalent,
ils
n'apportent riende
nouveau aumonde,
et eux-méme ne sont pastransformes.
On
ne peut pas parlerd'une
experiencede
création.L'expression
véritableestradicalement
différente:
c'est untravail
de
transparence
á
la beauté
etá
la
véritéintérieures,
l'apprentissage
de
l'incarnation
de l'étre dans les
gestes,
les
regards,
les
mots,
etdans
ce sens un véritabledon de
soi.Les
enfants nousdisent
tres
souvent:"Ce
quej'aime,
c'est qu'on medemande
de
partirde
moi".En
effet,
le
travail
d'expression invite l'enfant
aétre
sujetde
ses actes.Et il
ne s'agit pasd'actes
seulement
physiques,
affectifsouintellectuels,
mais spirituels.Lorsqu'un
enfantde
10
ans choisitd'aller
surla
scéne,
de
s'exposerdans la lumiére
aux regardsdu
lui disant
"Bonjour,
je
m'appelle ...", c'est ala
fois
un actede Foi,
de Charité
etd'Espérance
qu'il vitintérieurement.
Quand
onlui
propose cet exercice audebut
du
stage,
l'enfant
esttiraillé
entre
deux
sentiments contradictoires.D'une
partil
éprouve le désir de
quitter sachaise pour aller
dans la lumiére
carla
scénel'attire;
d'autre
part,
il
a peurde
setrouver
exposé, vulnerable,
objetde l'attention
etdes
regardsde
tous.
II
sentbien
que ce qui
lui
est proposéla
esttout
autre que ce qu'onlui demande habituellement
á
l'école: la
scénelui
est offerte comme un espacelibre
etinconnu
ahabiter
et aanimer,
un vide atransformer
enplénitude,
et cela sans autreinstrument
quehú
meme,
maislui-méme
tout
entier avec son corps.L'enfant
qui setrouve
ainsi surscéne
tourné
versle
publie et en mémetemps
fragüe,
démuni
devant
lui,
affirmeintérieurement: "Je
suis,
j'existe"
II
prendautorité surle
vide,
le
doute,
l'absence.
C'est
un actede Foi. Sa
présence surla
scéne signifie qu'il croit avoir quelquechosea
donner
auxautres,
que ceux-ci sont capablesde
recevoir.Progressivement,
parcequ'il se
leve
intérieurement,
son attitude setransforme:
sa colonne vertébrale seredresse,
satete
sedégage,
son regard s'éclaire.Tout
son corps seréordonne autourd'un
axe, il
peut respirer vraiment.II fait
reculer enlui,
et pour ceux quile
regardent,
les
ténébres
du
désordre,
de
la
finitude
etde la
mort parce qu'il selaisse
éclairer
parla lumiére de la
vie.II
prend conscience symboliquementde
son unité:que son corps est
l'incarnation
de
soname,
trait
d'union
entrela
terre
oü reposentses pieds et
le
ciel verslequel il
tend
les
bras. Son désir
et sajoie
de
vivre sefortifient. II
réalise qu'il estunique,
que son existence adu
prix.Ce
choixde
la
confiance en soi-méme et
dans l'autre
estpréalable atoute
expression authentique.Sans
cesse nousle
rappelons aux enfants enleur demandant de
s'engagerá
ne passe
juger
eux-méme ni entre eux.Des
les
premiersinstants
oüils
sont surla
scéne,
nousdemandons
auxenfants
de
regarderle
publie.Pourquoi? Parce
qu'ils vont sur scéne non pours'exprimer
eux-mémes,
maispour exprimer quelquechosed'authentique
etde beau
au publie.
L'enfant
nedoit jamáis
faire
n'importe quoi sur scénesouspretexte qu'il abesoin de
s'exprimer: cela ne produitrien
d'autre
quedu défoulement
physique oupsychologique.
Dans
ce casil
ne montre pasplusde lui-méme
que ce qu'il connaitdéjá. Au
contraire c'est en sedonnanat
qu'il sedécouvre
et qu'il grandit.Or
sedonner
en vérité commence par oser regarderles
autres et selaisser
regarder pareux.
Le
premier réflexed'un
enfantde
10
ans quidécouvre la
scéne estimman-quablement
le
méme:éviter
de
regarderle
publie enlevant
les
yeuxau-desusde lui
ou en
les
baissant
sur ses pieds.Mais
peuá
peu,
en apprenantá
regarder,
il
sedécentre de lui-méme
pour s'ouvrir al'autre
et se simplifie.Pour
oser se risquer acette
relation,
lénfant doit
savoir qu'il estrespectéparles
autres.Mais
cette attitudede la
partdes
autres ne suffit pas: c'está
lui
que revientle
choixde
sedonner.
Sur
scéne
il
fait
un véritable apprentissagede
sa responsabilité personnelledans la
relation.
J'en
prends un example:Joseph
(12
ans),
Emeline
(9
ans),
répétaient unescéne
dans laquelle le
pérede Jeanne
d'Arc,
furieux
parceque safilie
avait quittéla
maison paternelle
á
soninsu>
menacaitAuvíette,
la
meilleure amiede
Jeanne,
pourlui faire
avouer oüétait
partie celle-ci.La
scéne n'avancait pas.Emeline
surtoutAISTHESIS
N°29,
1996.
deux
enfants sedisputaient depuis le debut
du
stage sansjamáis
se réconcilier.En
conséquence,
surla
scéne,
Emeline
n'était pas sürede
l'intention
de
Joseph:
s'agissait-il
de la
coléredu
pérede Jeanne d'Arc
enversAuviette,
oude
l'exas-pérationde Joseph
vis-á-visd'elle?
Incapable d'assumer
cette situationambigüe,
Emeline
sefermait
intérieurement
a chaqué répétition.Pour
reprendrele travail,
il
était indispensable
queles deux
enfants se réconcilient et retrouvent confianceTun
dans l'autre. Ce
que nousles
avonsinvites
á
faire,
enleur
proposant pourles
y
aider,
de
retravaillerleur
scénetous
les deux
seuls pendant quelquesjours. Le
théátre enseigne ainsi aux enfants une vérité universelle:
les
sentimentsne sont ensoi ni mauvais ni
bons,
seulela
Charité,
actede don
gratuit,
leur donne
un sens.Cette distintion fundaméntale
permetd'exprimer
tous
les
sentiments sur scéne sansdanger
poursoi-méme,
ses partenaires etle
publie.Le
théátre
medievalemployaitle
terme
d'actant
aulieu de
celuid'acteur
pourdésigner la
missionde
celuiquijouait
sur scéne.
Cela
signifiait qu'il vivait vraiment ce qu'il exprimait avecla
conscienced'accomplir
unacteimportant
pourla
communauté.Le
théátre
était
alorséchange,
partage,
célébration communautairedes
choix etdes
souffrancesde la
conditionhumaine.
Je
comíais enFrance
unefamille
aveccinq jeunes
enfants quiacreé un spectaclede
chansons etle joue
un peu partout.Aprés
avoir chantédans
uneMaison
de
retraite,,
Myriam
(10
ans),
s'est exclamée:"Maman,
il
faut
qu'on chante pourle
monde entier!Les
gens seraientbeaucoup
plusheureux. Tu
vois quand noussommes arrivés
ils étaient
mortset maintenantils
sontsvivants!"
Quel
témoignage
sur
la
missionde
l'art,
sourced'Espérance!
Pour étre libératrice
chezl'enfant,
l'autorité
exercée parle
formateur
doit étre
bienveillante. Celui-ci
doit
croire quel'enfant doit
serévéler,
qu'il a quelque chosed'unique
á
donner
que personne ne connaitencoré,
qui vales
suprendreTun
etl'autre.
II doit
aecueillir chaqué enfant comme un"infini"
Le formateur
appellel'enfant
aétre
pluslui-méme.
II
ne peutpas pour cela se contenter
de
lui
indiquer
des
techniques
d'expression.
II doit étre
pourlui
unpére en quil'enfant
peut sefier totalement,
quinel'abandonnera jamáis
et
lui fait
une promésse:"A
ton
tour
de
faire,
ettu
feras des
choses plusbelles
encoré que celles queje
te
montre,
parce quetu
esdifférent
etunique".Fort
de
cet envoi enmission,
l'enfant
peut obéir.Le
travail
de la
scénedemande
en effet une grandeobéissance,
ce qui peut paraitre paradoxal puisque nous voulons aiderl'enfant á
imaginer
etá
creer.Mais
les
contrarntes etles étapes
que nouslui
indiquons
sontnécessaires pour qu'il
découvre le langage de
l'émotion
et qu'il puisse risquer sespropres
intuitions:
c'est une obéissanceá lui-méme
qu'ildécouvre
ainsi.II
se met entravail
personnellement pour que s'accomplissela
promésse quilui
aété faite. A
chaqué geste qu'il
risque,
il
pose un acted'Espérance
surlui-méme. L'Espérance
ne supprime pasles difficultés
etles
souffrancesdu
travail
mais elle chassel'in-quiétude.
L'enfant
apprend surla
scéne qu'il n'est pastout
seul.La
créationd'un
spectacle est une parabole: chacun estle
serviteurd'une
visiónetd'une
oeuvrecommune.
Cette humilité
nediminue
pasla
responsabilité mais vécue au coeurdu
travail
ellele
transforme
enjoie.
Depuis le debut de l'exercise
cité plushaut,
l'enfant
sait que parvenú enm'appelle...".
Immanquablement
celalui
cree un souci caril
sedemande á
l'avance
comment
il
vadiré
cette phrase.C'est
le
combatle
plus exigeant qu'enseignele
théátre:
vivrel'instant
présent sans chercher a maitriser celui qui vasuivre,
vulnerable,
ordonné al'autre. La
respirationestle
symbolede
cette attitude.Avánt
de
souffleril
faut
inspirer.
Avant d'exprimer il
faut
setaire
pourécouter
etcontempler.
Sa
volonté seule etsareflexión nesuffisent pasá
rendrel'enfant
vivantet expressif sur
la
scéne.II
le devient lorsqu'il
sesimplifie,
qu'il sedétend,
nousdisons
souvent"lorsqu'il
s'abandonne"II
découvre
alors enlui
"un
autre lui-méme"qui
le
susprend:il
ne s'attendaitpasa cegeste,
á
cesourire,
á
eeslarmes
ouá
eesmots quisontvenus pour ainsi
diré
d'eux-mémes,
il
est"dépassé".
C'est dans
de
tels
moments que nousle
voyons"transfiguré"
Ce
choix quefait
l'enfant de
s'ordonner aux autres
le
rendlibre:
tout
ce qu'ilest,
ce qu'il vit prend alors unsens,
devient
beau,
il
estémerveillé
de
safécondité. II
apprendá
la fois
a s'aimerlui-méme et