Le subjoncit en français actuel: Mode verbal et mode d'expression significatif au niveau énonciatif

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Universidad de Valladolid. GRADO EN LENGUAS MODERNAS Y SUS LITERATURAS. TRABAJO FIN DE GRADO . LE SUBJONCTIF EN FRANÇAIS ACTUEL : MODE VERBAL ET MODE D’EXPRESSION . SIGNIFICATIF AU NIVEAU ÉNONCIATIF . Presentado por:. Silvia García González. Tutelado por: . Catherine Desprès Caubrière. Año : . 2016-2017. 1. TABLE DES MATIÈRES. INTRODUCTION…………………………………………………………..... [p. 3]. I. STATUT DU SUBJONCTIF . a. Contexte historico-culturel du subjonctif…………………………….…..[p. 5]. b. Opposition modale subjonctif/indicatif (représentation guillaumienne)…[p. 7] . c. Opposition stylistique entre les temps du subjonctif……………………[p. 10] . d. Opposition entre les valeurs des tiroirs du subjonctif …………………..[p. 12] . e. Opposition dans la catégorie de la personne ……………………………[p. 14] . II. EMPLOI(S) DU SUBJONCTIF . a Niveau syntaxique ..............................................................................[p. 17] . b. Emploi contraignant............................................................................ [p. 20] . c. Emploi en alternance : Indicatif/Subjonctif .........................................[p. 19] . d. Emploi polyphonique .......................................................................... [p. 21] . e. Emploi en concordance et non concordance .........................................[p. 26] . III. CHAPITRE CONTRASTIF : ESPAGNOL/ FRANÇAIS. a Les valeurs du subjonctif espagnol.......................................................[p. 29] . b. Conditionnements du subjonctif dans les deux langues ....................... [p. 31] .  Cas de traduction littérale.  Cas de traduction divergente. c. Exploitation formelle d’un corpus parallèle..........................................[p. 36] . CONCLUSION………………………………………………………………(p. 43 ). BIBLIOGRAPHIE ..................................................................................... ....[p. 45] . ANNEXE I . Tableaux de concordances de temps au subjonctif……………………………. [p.49] . 2. 3. Introduction. Le sujet de ce Trabajo de Fin de Grado a été abordé d’un point de vue théorique. dans la matière Étude linguistique étant, par conséquent, un thème lié à mes études. En. outre, ce sujet m’a semblé intéressant à cause de son développement orienté vers la. transversalité, grâce aux relations directes existantes entre une modalité énonciative et. son mode d’expression, et aux relations reflétées en traduction entre l’analyse textuelle,. la littérature et l’interculturalité, du fait que ce sujet implique la considération des. catégories grammaticales, des registres langagiers, et de l’environnement social et. culturel. C’est pour cela qu’il implique, aussi, un angle stylistique. . En outre, les sujets qui m’intéressent le plus sont ceux qui ont un rapport avec la. langue française dans la facette linguistique, notamment l’analyse du discours et textuelle,. aussi bien dans la langue littéraire que dans la langue spécifique. C’est pour cette raison. que mon travail abordera les aspects cités précédemment. . La langue française se caractérise par un système d’oppositions (oral/écrit,. registres de langue, etc.), qui se répercute sur différents plans linguistiques, par lequel le. subjonctif est également concerné. On sait que cette vision contrastée n’a pas réellement. de correspondance en espagnol, et par conséquent présente toujours un problème de. traduction entre les deux langues. . Le travail compte sur les résultats d’un perfectionnement linguistique et. communicatif, déjà acquis en quatrième année du « Grado en Lenguas Modernas y sus. Literaturas », résultats qui doivent être reflétés dans le développement même des. contenus du travail. . Du point de vue de la méthodologie, le plan de mon travail s’articule autour de. trois sujets d’intérêt, suivant une étude synchronique, en partant d’un contexte historico-. culturel :.  Les oppositions concernant les modes indicatif et subjonctif, les oppositions internes,. tant modales que temporelles du subjonctif, liées au décalage entre code oral et code. écrit. .  L’exploitation des valeurs du subjonctif et ses emplois : contraignants, optionnels ou. polyphoniques, suivis de la concordance du subjonctif en langue française. . 4.  Une étude contrastive qui compare les usages du subjonctif en langue espagnole et. française et, finalement, une exploitation illustrative des valeurs du subjonctif dans le. domaine littéraire. . La dernière partie du travail correspond aux conclusions qui rassemblent les. résultats de cette étude. . Ayant comme appui bibliographique principal la Grammaire méthodique du. français de Riegel, Temps et verbe de Guillaume et Problèmes de linguistique générale I. de Benveniste, ce travail détaille les études du mode subjonctif de plusieurs auteurs.. 5. I. LE STATUT DU SUBJONCTIF. a. Contexte historico-culturel du subjonctif.. Le subjonctif est un mode personnel de la conjugaison française qui a toujours été. objet de débat et dont l’usage a évolué tout le long de l’histoire de France ; il joue un rôle. essentiel dans la progression de la langue.. Alors que l’ancien français différenciait visiblement les paradigmes du subjonctif. et de l’indicatif, le français préclassique commence à les simplifier, par un effet. d’analogie. Le subjonctif évolue autant dans ses formes que dans son utilisation : dans la. période préclassique, le subjonctif possède des emplois de toutes les natures (sémantique,. syntaxique…) qui vont diminuer au cours des siècles. On pourrait dire qu’on se trouve. face à « l’âge d’or du subjonctif »1 car, c’est précisément dans cette période qu’a eu lieu. la signature de l’ordonnance de Villers-Cotterêts, en 1539, qui établit le français comme. langue nationale. Ce règlement implique que les actes légaux et notariés du royaume. soient désormais rédigés en français, prenant la relève du latin. Par conséquent, les valeurs. des quatre tiroirs du subjonctif (présent, passé, imparfait et plus-que-parfait) sont très. exploitées à cette époque. . Quant à la syntaxe du XVIe siècle, le locuteur utilise le subjonctif d’une façon. quasiment libre car il ne suit que la règle écrite par Robert Martin, beaucoup plus tard. dans le temps : utiliser l’indicatif lorsque l’énoncé appartient au « monde du probable» et. le subjonctif lorsqu’il se rapporte au « monde des possibles ». Comme il l’explique dans. Pour une logique du sens, le « subjonctif est le mode qui marque l’appartenance non pas. au monde m0 de ce qui est, mais aux mondes possibles m, étant entendu […] que. l’inscription dans m se fait par le biais de que et de sa fonction suspensive. »2. Du point de vue formel, un élément qui est caractéristique du subjonctif est son. association directe avec la conjonction que, introduite par l’ancien français pour marquer. ce mode, qui ne fait pas partie de la flexion du mode mais qui a la fonction de « suspendre. la valeur de vérité de la proposition qu’il introduit et de la faire dépendre de l’élément. verbal ou conjonctionnel qui le précède. » 3. 1 CONFORTI, M., Le subjonctif en français préclassique. Étude morphosyntaxique 1539-1637, Édition 5,. 2014, p. 7. 2 MARTIN, R., Pour une logique du sens, Paris, P.U.F, 1983, p. 110. 3 Ibid., p. 106-107.. 6. Cependant, on rencontre « au 17e siècle des subjonctifs exprimant l’ordre ou le. souhait sans que »4 et, au XVIIIe siècle, il existait encore quelques tournures où la. conjonction n’était pas obligatoire comme Plût au ciel ou Plût aux dieux + subjonctif :. « Plût aux dieux que ce fût le dernier de ses crimes ! »5 exprimant le regret. Les phrases. indépendantes au subjonctif pourraient être envisagées comme un reste d’un emploi. ancien ; emploi qui remonte au moment où le subjonctif possédait encore le sens de. l’optatif, appelé aussi mode désidératif, qu’il avait hérité du latin, et qui permettait. d’exprimer les espoirs, les désirs… : Moi, que j’aille là-bas ! Jamais.6 Encore. aujourd’hui, il subsiste des expressions figées qui utilisent le subjonctif sans que : Dieu. vous bénisse !, expression appartenant au discours religieux, Vive la France !,. initialement proposition indépendante au subjonctif, où vive n’est plus considéré comme. un verbe mais comme une interjection, « comme le prouve l’absence d’accord avec le. « sujet » inversé : Vive les vacances ! »7. Le subjonctif actuel est, par conséquent, le résultat d’une évolution, formelle et. sémantique. Il peut être considéré comme un élément grammatical qui s’inscrit dans le. système d’oppositions qui caractérise le français actuel. Certains auteurs, comme par. exemple Du Bellay, ont tendance à utiliser le mode indicatif pour la prose et le mode. subjonctif, où prédomine la valeur stylistique, pour la poésie. Cet extrait illustratif montre. la valeur d’irréel du passé du plus-que-parfait du subjonctif utilisée par Du Bellay dans la. Lettre II : « et m’eust fallu user d’une infinite de periphrases, dont je me feusse beaucoup. eslongné […] »8. Il est donc important de remarquer l’opposition entre l’utilisation des. modes, faite déjà au XVIe siècle, qui ne fait que se renforcer de plus en plus au fil des. siècles. . La prédominance de l’indicatif et la valeur temporelle du présent du subjonctif ont. entraîné une perte de la valeur de l’imparfait et du plus-que-parfait. Ce déclin, qui. caractérise l’évolution du subjonctif, a débuté au XVIIe siècle à cause de facteurs. morphologiques et fonctionnels qui seront expliqués plus précisément dans une section. de ce travail. Aujourd’hui, l’extinction de ces temps est notoire : « Qui utilise aujourd’hui. l’imparfait du subjonctif sans paraître précieux, voire pédant et ridicule ? »9 . 4 RIEGEL, M.,et al., Grammaire méthodique du français, Paris, PUF, 1998, p. 564. 5 RACINE, J., Britannicus, Paris, Éditions Gallimard, Édition de Georges Forestier, 1995, p. 155. 6 GAILLARD, B., Pratique du français de A à Z, Paris, Hatier, 1995, p. 301. 7 RIEGEL, M., op.cit., p. 565. 8 DU BELLAY, J., Lettre II, p. 29, publiées par Pierre de Nolhac, Paris, Charavay frères éditeurs, 1883. 9 Madame Geneviève, conseillère pédagogique, Echo de la mode, n° 44, novembre 1973.. 7. b. Opposition modale du subjonctif par rapport à l’indicatif : représentation guillaumienne.. Le subjonctif est un mode personnel désigné comme le mode du virtuel, de l’irréel,. du possible, qui correspond au temps in fieri de la théorie de Guillaume10, étant un mode. en devenir qui présente le temps dans son éventualité. Riegel affirme que le subjonctif. présente le procès « dans sa virtualité »11 et ajoute que, selon la tradition, le subjonctif. peut exprimer différentes modalités comme la volonté, le souhait, la crainte, le doute. . Du point de vue formel, le subjonctif est limité en formes temporelles car il. possède quatre « tiroirs »12 verbaux, terminologie acquise de Damourette et Pichon dans. Des mots à la pensée : d’une part, le présent et le passé du subjonctif, de l’autre,. l’imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif. Concernant l’aspect, chaque ensemble. comporte une forme simple et une forme composée.13. Le subjonctif a une double problématique : d’une part, son emploi modal par. rapport à sa corrélation avec l’indicatif et d’autre part, les différents emplois de ses temps,. qui impliquent les catégories rattachées au verbe : la modalité, la temporalité, l’aspect et,. finalement, la personne. . Pour bien comprendre la différence entre les modes et la transition d’un mode à. l’autre, il est important d’introduire la thèse de G. Guillaume qui essaye de trouver la. définition du mode à partir de la formation de l’image-temps. Il fait un classement des. modes en fonction de leurs marques personnelles et temporelles à trois stades. d’actualisation du procès, ce dernier pouvant être virtuel ou réel.. La formation de l’image-temps se rapporte à un axe nommé chronogénétique, lieu. de tout ce qui a trait à la figuration mentale du temps, où se développe la. « chronogénèse », opération psychologique de la formation de l’image-temps qui se. produit progressivement dans notre esprit. Cet axe est coupé par plusieurs points,. marquant chacun un instant caractéristique de la formation de l’image-temps, représentés. par les axes chronothétiques, étapes du développement de l’opération de la pensée. nommée chronothèse. La réalisation se produit au long des 3 axes chronothétiques ou. chronothèses. Les profils caractéristiques de ce phénomène sont marqués par le point. 10 GUILLAUME, G., Temps et verbe, Théorie des aspects, des modes et des temps, Paris,1970. 11 RIEGEL, M. et al., op.cit.., p. 511. 12 DAMOURETTE, J. et PICHON, E., Essai de grammaire de la langue française : des mots à la pensée. T.1,. Paris, J.L.L. d'Artrey, 1911 – 1927, p. 241. 13 WAGNER, R.L. et al., Grammaire du français, Paris, Hachette, 1991, p. 342. . 8. « initial », où la chronogénèse n’a pas encore opéré et l’image de la pensée est en. puissance ; le point « médian », celui qui va être étudié en profondeur, et le point « final ». où la chronogénèse a fini d’opérer et où l’image-temps est complètement achevée. . Le point initial est le temps in posse qui donne lieu aux modes nominaux : infinitif. et participe et à leurs aspects simples et composés, tandis que le point final est le temps. in esse, qui donne lieu à l’indicatif. La transition entre les deux points précédents. correspond au mode subjonctif, nommé temps in fieri par Guillaume, qui est le point. médian où la chronogénèse a plus ou moins opéré et où l’image-temps se présente en. cours de formation dans l’esprit. . C’est dans le chapitre III de son livre Temps et verbe14 que Guillaume analyse la. réalisation de l’image verbale dans le temps in fieri, qui correspond à la deuxième. chronothèse, et donne lieu au subjonctif, une forme modale ad hoc15 qui fournit quatre. constructions. C’est un temps peu réalisé qui marque une époque indivise, contrairement. au temps in esse, un temps très réalisé et divisible en trois époques (présente, passée et. future), qui correspond à l’indicatif : Guillaume défend ainsi la pauvreté du mode. subjonctif, notamment de sa morphologie.. Lorsqu’on emploie le subjonctif, le temps chronogénétique n’a parcouru qu’une. partie et la visée de l’image-temps est donc incomplète. Guillaume explique ce fait avec. des verbes d’opinion et d’appréciation. Selon lui, les verbes d’opinion sont un milieu non. interceptif et donnent une visée complète : Je crois qu’il est arrivé ! , tandis que les verbes. d’appréciation correspondent à un milieu interceptif qui empêche la visée d’atteindre le. temps in esse et qui l’oblige à rester dans l’image verbale du temps in fieri : Je regrette. qu’il ne soit pas arrivé à l’heure. En résumé, on pourrait conclure, comme le fait. Wagner16, que la valeur propre du subjonctif naît de son opposition avec le mode indicatif.. Comme on l’a déjà expliqué, le subjonctif ne compte que quatre formes pour deux. époques alors que l’indicatif en possède dix, quatre exprimant le passé, quatre le futur et. deux le présent. Ce nombre restreint de formes confère au subjonctif une faiblesse par. rapport à l’indicatif, ce qui donne à penser qu’il s’appuie sur une autre représentation. générale du temps que le mode indicatif. La représentation indicative serait plus achevée. et réalisée que la subjonctive : d’une part, Je sais qu’il est venu est une proposition à. 14 Ibid., p. 29-50. 15 Ibid., p. 11. 16 WAGNER, R.L. et al., op.cit., p. 343. . 9. l’indicatif achevée et réelle ; de l’autre, Je doute qu’il soit venu est une proposition. incertaine au subjonctif. . Le subjonctif exprime « un fait simplement envisagé dans la pensée avec un. certain élan de l’âme »17 tandis que l’indicatif est « le mode de l’action considérée dans. sa réalité ».18 Dans le passage du subjonctif à l’indicatif, on trouve la notion d’actualité,. liée à la notion de réalité, point où le virtuel passe au réel, et plus concrètement, point où. le subjonctif passe à l’indicatif. Guillaume démontre une corrélation entre le subjonctif,. associé à l’idée de possible, et l’indicatif, qui représente une idée de probable. La notion. de possible annule la capacité d’actualité alors que celle de probable confère cette faculté. : la probabilité se présente donc comme une identité du certain. Pour l’illustrer, on peut. se servir de ces exemples : Il est possible qu’il soit ému face à Il est probable qu’il sera. ému. . Néanmoins, lorsqu’on trouve une probabilité négative, le mode. subjonctif s’impose : Il n’est pas probable qu’il soit ému. Guillaume conclut que «. l’alternance indicatif/subjonctif joue librement après les expressions de probabilité. négative ».19 Gaillard20, pour sa part, explique ce fait : il affirme que les modalités. négative et interrogative peuvent transformer un doute en certitude et vice-versa. Par. exemple, si nous prenons la phrase : Nous sommes sûrs qu’il réussira, nous remarquons. l’emploi de l’indicatif à la forme affirmative, alors qu’elle change de mode à la forme. interrogative ou négative : Êtes-vous sûrs qu’il réussisse ? Nous ne sommes pas sûrs qu’il. réussisse. Le fait contraire est aussi possible car Je doute qu’il vienne devient Je ne doute. pas qu’il viendra quand la principale comporte une négation puisqu’il n’y a plus de doute. . Le changement de mode peut également se produire dans d’autres contextes. Si. l’idée de probable est affaiblie par un adverbe, la subordonnée serait plutôt au mode. subjonctif : Il est peu probable qu’il soit venu. Donc, on peut constater que le subjonctif. domine, « peu importe la présence de l’idée de possible ou de probable »21 dans les. situations négatives, interrogatives et hypothétiques, qui sont des situations modalisantes.. Cependant, les contre-exemples abondent car, définir le subjonctif comme le. mode de la « non-réalité »22, n’est pas toujours juste. Ainsi, dans la phrase Je suis. 17 GREVISSE, M., Précis de grammaire française, p. 191. 18 Ibid., p. 182. 19 GUILLAUME, G., op.cit., p. 45. 20 GAILLARD, B., op.cit., p. 200. 21 KWAPISZ-OSADNIK, K., Le verbe français dans un cadre cognitif, p. 281. 22 WAGNER, R.L. et al., op.cit., p. 344. . 10. contente qu’elle soit guérie, le subjonctif présente un fait réel et achevé de la guérison ;. et dans les propositions subordonnées au futur de l’indicatif, les faits ne correspondent. pas à la réalité : Je crois qu’elle viendra. C’est en fait l’angle d’une certaine subjectivité. et/ou appréciation qui justifie la présence du subjonctif. . c. Opposition stylistique entre les temps du subjonctif . La deuxième problématique du subjonctif est interne et se réfère à l’emploi de ses. différents tiroirs, impliquant modalité, temporalité et aspect. Précisément, l’infériorité du. mode subjonctif, marquée par l’hypothèse de Guillaume, est expliquée par ses temps car. ils fonctionnent à partir de contraintes mais, à la fois, librement. Librement dans le sens. que le présent du subjonctif fonctionne en français actuel comme un temps passe-partout. dû à sa supratemporalité, ce qui enlève aux autres temps du subjonctif leur valeur. caractéristique. Il existe une « surenchère du présent »23, car son utilisation, étant. rattachée à la situation d’énonciation, n’exclut pas la valeur de passé. . Le subjonctif apparaît « plus pauvre en temps que l’indicatif »24, mais, bien que. quelques formes soient plus valorisées que d’autres, les quatre formes du subjonctif se. maintiennent à l’intérieur du système verbo-temporel français. Toutefois, une. caractéristique du subjonctif actuel est sa possibilité de « fonctionner amputé de 50% de. ses formes »25, car il n’utilise, dans la langue orale, que le présent et le passé. Le. déséquilibre de ses temps et la disproportion entre l’emploi du présent et du passé d’une. part et celui de l’imparfait et du plus-que-parfait d’autre part, sont dus à une contrainte. d’emploi des temps qui peut se résumer dans l’opposition entre récit et discours, ou encore. « Histoire » et « discours », instituée par Benveniste26 en linguistique française. . Il convient donc de souligner que l’opposition à l’intérieur du subjonctif est liée à. l’opposition entre code écrit et code oral qui se développe en français dans toutes les. catégories de la langue, notamment dans le choix des temps. Ces deux codes. correspondent à deux types de production, sans utiliser forcément des registres de langue. différents. L’imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif ne sont utilisés qu’avec une. 23 IMBS, P., L’emploi des temps verbaux en français moderne, Paris, Klincksieck, 1968.p. 173. 24 RIEGEL, M., op.cit., p. 561. 25 SOUTET, O., Le subjonctif en français, Paris, Ophrys, 2000, p. 161. 26 BENVENISTE, E., Problèmes de linguistique générale, vol. 1, Paris, Gallimard, 1966, p. 238. . 11. base de préparation écrite tandis que le présent et le passé du subjonctif s’utilisent dans. toute production, orale ou écrite. . Ce code écrit se rapporte au récit historique qui « n’en retiendra que les formes de. 3e personne »27 alors que le code oral se rapporte au discours qui est « toute énonciation. supposant un locuteur et un auditeur, et chez le premier l’intention d’influencer l’autre en. quelque manière »28. L’histoire, ou récit, est réservée à la langue écrite, cependant le. discours est tant écrit que parlé. . Pour que l’analyse des temps soit plus fluide, on va utiliser les dénominations. créées par les disciples de Guillaume : le Subjonctif 1 qui réunit l’ensemble du présent et. du passé et le Subjonctif 2 qui regroupe le couple imparfait/plus-que-parfait du subjonctif.. Pour l’emploi de l’un ou l’autre, la différence entre code écrit et code oral est décisive. car, aujourd’hui, la langue française « ne connaît l’opposition entre le subjonctif de. commentaire et subjonctif de récit que dans le code écrit »29. Cette théorie résulte de celle. de Benveniste qui séparait les temps en deux systèmes complémentaires et distincts :. l’Histoire, qui se rapporte au « récit des événements passés »30 et le discours qui. correspond à « toute énonciation supposant un locuteur et un auditeur ».31 Après lui,. Weinrich utilise pour le discours la terminologie de subjonctif de commentaire et celle de. subjonctif narratif pour le récit.32. Quant à la fonction des temps, F. Brunot explique que le présent « a pris sa place. dans la langue courante » : un présent supratemporel qui s’est « introduit un peu. partout »33, voilà pourquoi les autres temps sont mis de côté. Les deux formes du. Subjonctif 2 ne sont employées que dans un registre hypersoigné, dans une langue. littéraire, tandis que les deux formes du Subjonctif 1 sont, de nos jours, les plus. fréquemment employées. Il est important de remarquer que les formes du Subjonctif 2. sont, elles-mêmes, deux formes défectives car leur emploi est presque limité à la troisième. personne du singulier et leur usage n’est pas fait par contrainte mais par choix stylistique. . 27 Ibid., p. 244. 28 Ibid., p. 242. 29 CONFAIS, J.P., Temps, mode, aspect, p. 172. 30 BENVENISTE, E, op.cit., p. 239. 31 Ibid., p. 242. 32 WEINRICH, H, Grammaire textuelle du français, pp. 170 – 172. 33 BRUNOT, F., op.cit., p. 784.. 12. Une autre opposition est faite par Paul Imbs, à partir d’une distinction entre deux. systèmes34 temporels : le O-M (Or-Maintenant) qui ne distingue que le présent et le passé. du subjonctif, et le système L-A (Lors-Alors), où domine le récit, qui implique en. concordance l’imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif. Le système O-M est relié à. l’acte d’énonciation, c’est pourquoi l’utilisation du Subjonctif 2 est directement laissée de. côté. Cette dernière démonstration tient compte de la division interne du temps et des. déictiques correspondants, et s’adapte au style de chaque registre, standard ou soutenu.. d. Opposition entre les valeurs des tiroirs du subjonctif . Ces oppositions sont marquées par l’emploi même du subjonctif qui, selon Riegel,. se fait lorsque « l’interprétation l’emporte sur la prise en compte de l’actualisat ion du. procès, lorsque s’interpose entre le procès et sa verbalisation l’écran d’un acte. psychique ».35 En effet, il s’agit d’un mode psychique dont le procès est envisagé à la fois. comme possible et impossible. Rappelons que Martin résout ce problème grâce à la notion. de monde possible36. . En français standard, le Subjonctif 1 (Présent-Passé) donne une notion modale de. virtualité. Ses deux temps s’opposent sur le plan de l’aspect car le présent exprime un. procès en cours de réalisation, non accompli, tandis que le passé (forme composée). indique un procès achevé, accompli. Bien que le subjonctif ne possède pas de tiroirs. verbaux futurs, il peut exprimer ce moment du temps avec le présent : Couchez-la jusqu'à. ce que le médecin vienne. Certes, le présent du subjonctif est considéré hors-temps car il. ne possède pas de précision temporelle ; cependant, au niveau énonciatif, il est aussi. envisagé comme un temps supratemporel, ouvert sur le futur et le passé. . Nous devons préciser qu’il existe des valeurs sémantiques partagées entre le futur. de l’indicatif et le présent du subjonctif car le futur correspond à « une époque faite de. temps qui n’a pas encore existé réellement et que, par suite, on imagine, on suppose,. (…). »37. Et, comme l’explique Grevisse, « l’avenir est le domaine de l’incertain, de ce. qui reste simplement probable »38, l’incertain, qui se rapporte au subjonctif, est lié au. 34 IMBS, P, op.cit., pp. 181-182. 35 RIEGEL, M., op.cit., p. 321. 36 MARTIN, R., op.cit., p.111. 37 GUILLAUME, G., op.cit., p. 54. 38 GREVISSE, M., Le Bon Usage, Paris, douzième édition refondue par André Goose, Duculot, 1988, p.. 1258. . 13. temps lui-même, le probable est lié au jugement du locuteur. À partir de ces deux phrases :. Tu le feras et Je doute que tu le fasses, on peut dégager un lien sémantique, car la. deuxième phrase remplace le futur de l’indicatif à travers l’expansion syntaxique.. L’apparition du subjonctif est provoquée par l’idée de doute car il existe une corrélation. sémantique entre l’antécédent et le mode. D’ailleurs, l’idée de doute est marquée par le. verbe modal « douter » et par le subjonctif, suivant le pléonasme grammatical obligatoire. de Charles Bally, qui « exige qu’une même notion soit exprimée deux ou plusieurs fois. dans le même syntagme »39. . Après l’utilisation d’un tiroir verbal au conditionnel dans la proposition. principale, « la règle est d’employer l’imparfait du subjonctif »40 mais, dans l’usage. commun, ce temps est remplacé par le présent. De cette façon, au lieu de dire : Je voudrais. qu’il fût médecin, on dit en français actuel Je voudrais qu’il soit médecin. . Employé dans un registre soutenu, le Subjonctif 2 (Imparfait- Plus-que-parfait). confère au verbe une valeur modale d’irréalité. Ainsi, l’imparfait du subjonctif possède. une valeur temporelle indéterminée appelée aoristique aussi bien qu’une valeur. aspectuelle non accomplie. De son côté, le plus-que-parfait du subjonctif bénéficie d’une. valeur aspectuelle accomplie exprimée par les formes composées, d’où se dégage une. valeur temporelle d’antériorité par rapport à l’imparfait, tout comme le passé du. subjonctif par rapport au présent. Ces deux temps ont été supplantés, progressivement, en. français parlé par le présent et le passé du subjonctif, « qui se sont chargés de leurs valeurs. temporelles »41 et aussi par le conditionnel, « qui exprime leurs valeurs modales »42 La. forme du plus-que-parfait du subjonctif est reprise par le conditionnel passé 2e forme,. appellation récente de cet emploi modal particulier. Par exemple, il figure dans le système. hypothétique à un niveau hypersoigné pour marquer l’irréel du passé : S’il fût venu, elle. eût été heureuse.43 . Ces deux tiroirs verbaux « ont pratiquement perdu leur valeur sémantique. particulière »44, la valeur d’éventualité qu’exprimaient encore ces deux temps au XVI e. siècle, à l’époque classique. Maintenant, ils n’indiquent plus ce sens. Le plus-que-parfait. dans quelques cas peut encore jouer ce rôle : « Cette femme lui avait paru belle... Il n’eût. 39 BALLY, C., Linguistique générale et linguistique française, Bern, Éditions Francke Berne, 1965, p. 153. 40 BRUNOT, F., La pensée et la langue, Paris, Masson, 1926, p. 466. 41 RIEGEL, M., op.cit., p. 573. 42 Idem. 43 Ibid., p. 575. 44 RIEGEL, M., op.cit. p. 562.. 14. pas fait un pas pour savoir son nom » (Boysi, Iles Borr, 7), exemple tiré de La pensée et. la langue 45 de F. Brunot. Cependant, dans un registre soutenu ou hypersoigné, les quatre. formes du subjonctif se maintiennent exprimant une profondeur stylistique. . e. Opposition par rapport à la catégorie de la personne.. Comme l’explique Benveniste, tandis que le discours emploie de plein gré toutes. les formes personnelles du verbe, le plan historique de l’énonciation « exclut toute forme. linguistique « autobiographique » »46. Par conséquent, le récit entraînera surtout des. formes à la troisième personne, nommée « non-personne »47 car elle « ne s’oppose à. aucune autre »48. . Concernant la morphologie, le paradigme de l’imparfait du subjonctif sur le plan. phonique ajoute une désinence marquée au radical, sauf à la troisième personne du. singulier49. C’est l’une des raisons qui fait que l’on n’utilise que la troisième personne. étant donné qu’il s’agit d’une forme économique moins mise en valeur que les autres, et. ayant une caractéristique spécifique : l’accent circonflexe. La différence entre la troisième. personne de ce temps et celle du passé simple est cette marque de ponctuation : fît- fit. Ce. temps survit dans les récits et dans les discours solennels, affectés par le purisme. . Aujourd’hui, l’utilisation de l’imparfait du subjonctif dans le discours produit un. effet de « cocasserie »50, quelques formes semblent grotesques ou même. incompréhensibles : pour une raison d’euphonie, on évite la 1re et 2e personnes du pluriel,. surtout des verbes du premier groupe, à cause des terminaisons en -ss (que nous. ressemblassions) et certains effets comiques fondés sur la paraphonie (que vous sussiez). . Ces formes témoignent de la difficulté de la morphologie de ce temps verbal.. Néanmoins, on emploie plus facilement les 1res et 2es personnes des verbes. dits « irréguliers » et des verbes être et avoir car ce sont les verbes auxiliaires employés. pour former le plus-que-parfait. Une exception est le verbe devoir, dont la forme à. l’imparfait du subjonctif a été longtemps utilisée au lieu du conditionnel : il dût au lieu. 45 BRUNOT, F., op.cit., p. 516. 46 BENVENISTE, E., op.cit., p. 239. 47 Ibid., p. 242. 48 Idem. 49 CONFAIS, J.P, op.cit., p. 338. 50 BRUNOT, F., Ibid., p. 785.. 15. de il devrait. Ceux qui dussent rougir d’entrer en triomphe en la ville. Maintenant, le. conditionnel a remplacé le subjonctif. . Pour ce qui est du plus-que-parfait, il s’agit d’une forme composée, constituée de. l’auxiliaire à l’imparfait du subjonctif et du participe passé. La morphologie de ce temps. est plus facile à apprendre que les diverses formes de l’imparfait, ce qui aide à la. compréhension, car les formes auxiliaires sont très utilisées. . Quant au présent et au passé du subjonctif, ils sont bien sûr utilisés à toutes les. personnes, il n’y a pas de contraintes d’utilisation. Les deux personnes du présent du. subjonctif, qui diffèrent des désinences du présent de l’indicatif (des verbes en -ER), sont. la première et deuxième du pluriel, qui sont « les deux personnes les moins employées,. la première remplacée par on, la seconde compromise par le tutoiement »51 . Tout ceci contribue au « déclin » du subjonctif, qui est expliqué par plusieurs. auteurs : par exemple, Confais52 croit que la nature de la défaillance compromet des. facteurs morphologiques et des facteurs fonctionnels, en fait, liés à la catégorie de la. personne. On peut dire que le mode subjonctif est un mode défectif, tant au niveau des. temps que de la personne. . Dans ce chapitre nous avons analysé, premièrement, les principales catégories. modales de la langue française selon la théorie guillaumienne, qui confère au subjonctif. le statut de temps in fieri, présentant le procès dans sa virtualité ; contrairement à. l’indicatif, qui présente un procès réel. Deuxièmement, l’écart d’utilisation entre les. tiroirs du subjonctif selon des contraintes d’emploi, code écrit ou oral, et les valeurs de. chaque temps. Finalement, cet écart définit le déclin du Subjonctif 2, dû à la difficulté. morphologique et, par conséquent, au manque de personnes grammaticales. Tous ces. éléments conditionnent fortement les emplois du subjonctif en français actuel. . 51 BALLY, C., op.cit., p. 258. 52 CONFAIS, J.P., op.cit., p. 337. . 16. II. EMPLOI(S) DU SUBJONCTIF . a. Niveau syntaxique. . Le mode subjonctif, comme le révèle son propre nom dérivé du latin subiunctivus,. constitue un genre de morphème qui marque la subordination dans les formes verbales,. caractérisé par la dépendance. Confais affirme que les morphèmes subjonctifs sont vides. de sens et que ce mode n’est qu’une pure « servitude grammaticale »53 : on donne plus. d’importance à la distribution du mode, utilisé en proposition subordonnée, qu’à sa. signification. Riegel explique que le subjonctif ne possède pas de sens propre mais qu’il. est « automatiquement imposé par un terme de la proposition principale »54.. On pourrait donc supposer que, d’un point de vue syntaxique, l’indicatif. constituerait des phrases indépendantes (la non-subordination) tandis que le subjonctif se. découvrirait, par opposition à l’indicatif, comme « un mode de la dépendance »55,. terminologie empruntée de Riegel, car il est employé généralement dans une proposition. subordonnée complétive, relative ou circonstancielle et, rarement, en proposition. indépendante.. Néanmoins, il peut apparaître comme phrase indépendante, exprimant un souhait,. une supposition, une affirmation polémique, voire un ordre56 - en modalité injonctive où. il remplace l’impératif - : « Que cette demoiselle prenne place parmi nous ! » 57, aussi. bien qu’il existe des phrases subordonnées à l’indicatif telles que Je crois qu’il ne viendra. pas. Le subjonctif comble les lacunes de l’impératif, il le supplée « aux personnes que ce. dernier ne possède pas, essentiellement à la troisième personne du singulier et du. pluriel »58 : Qu’ils rentrent tout de suite ! En outre, le verbe savoir à la forme négative et. à la première personne du subjonctif présent en phrase principale « introduit une. affirmation polémique : Je ne sache pas qu’il ait présenté une thèse brillante »59.. D’après ces exemples, on peut démontrer que le choix d’un mode ou l’autre ne. réside pas seulement dans l’opposition de la catégorie phrastique, subordonnée ou. 53 CONFAIS, J.P., op.cit., p. 322. 54 RIEGEL, M., op.cit., p. 562. 55 Ibid., p. 562. 56 Ibid., pp. 564-565. 57 ORSENNA, E., Les chevaliers du subjonctif, Livre de Poche, Éditions Stock, 2004, p. 124. 58 RIEGEL, M., op.cit., p. 564. 59 Ibid., p. 565.. 17. indépendante ; il faut aller plus loin car le choix est lié à « l’existence de phénomènes de. productivité lexicale »60 et aux rapports syntaxiques qui secondent un mode ou l’autre. . C’est pourquoi, pour « aller plus loin », il faut étudier les conditionnements du. mode subjonctif, c’est-à-dire, les cas qui régissent ce mode. Avant de commencer, nous. rappellerons la valeur fondamentale du subjonctif, exprimée par Grevisse61: « le. subjonctif indique que le locuteur ne s'engage pas sur la réalité du fait ». Weinrich, par. contre, se réfère au subjonctif comme un mode qui fait « appel à l’intérêt et à. l’engagement de l’auditeur ».62. Confais reprend le terme « servitude grammaticale » de François Brunot63 qui. affirme que son élection est faite automatiquement suivant l’antécédent. D’une manière. générale, il n’a pas tort car il existe une corrélation entre l’antécédent et le mode : le. subjonctif apparaît dans la subordination après des conjonctions qui sont virtualisantes,. contrairement à l’indicatif qui suit des conjonctions actualisantes. Cependant, Riegel64 . explique que la préférence entre un mode ou l’autre provient, quelquefois, de la manière. dont le locuteur envisage le procès dans la subordonnée.. Ce statut fait que l’emploi du subjonctif puisse être contraignant, optionnel et. qu’il puisse également avoir une répercussion polyphonique.. 60 GROSS, G., « Correspondance entre forme et sens à propos du subjonctif ». Langue française, 29, p. 64. 61 GREVISSE, M., op.cit.,1988, p. 1265. 62 WEINRICH, H., op.cit., p. 169. 63 BRUNOT F, op.cit., p. 826. 64 RIEGEL M. et al., op.cit., p. 562.. 18. b. Emploi contraignant. Le subjonctif en proposition subordonnée est employé selon des contraintes. d’emploi. Le fait que le subjonctif soit quelquefois nécessaire et d’autres facultatif est une. raison d’hésitation et d’incertitude pour les locuteurs qui souhaitent l’utiliser. Il est. important donc de préciser d’abord les cas où l’emploi du subjonctif est obligatoire, selon. des contraintes morphosyntaxiques et lexicales.. En effet, l’alternance n’est pas le cas des propositions circonstancielles où le. sémantisme de la subordonnée impose soit l’indicatif, soit le subjonctif. Les propositions. circonstancielles qui déclenchent le subjonctif sont celles où l’on décolle de la probabilité,. où il existe un retour en arrière qui donne une image d’incertitude et d’indétermination.. C’est le cas de trois types de propositions circonstancielles, où prend place l’appréciation. introduite dans l’imaginaire de Martinet65, fondé sur le principe de synchronie. dynamique. . Premièrement, les subordonnées finales qui manifestent une intention et où. l’attente fait interception : Je t’invite pour que tu viennes. Deuxièmement, les. concessives, « qui expriment un procès envisagé comme une cause possible, mais. inopérante »66 où l’appréciation fait interception grâce à l’opposition qu’elle présente :. Bien qu’il fasse beau, mon frère reste à la maison. Finalement, les temporelles qui. donnent une idée de postériorité : Je vais préparer le dîner avant que mon mari revienne. . Wagner explique que l’on utilise le subjonctif quand le procès, noyau de la. subordonnée, n’est pas actualisé. Dans ce cas, « on se borne à l’envisager comme. possible, douteux… », « on le présente comme l’objet d’un sentiment »67 ou le terme. principal peut dégager une « nuance particulière »68 au premier plan, pour le rassembler. à la proposition dépendante : Pour peu qu’il fasse, il nous aidera. . Par ailleurs, on nomme conditionnement lexical le fait que le signifié de certains. éléments appréciatifs et différentes parties du discours déclenchent la présence du. subjonctif dans les complétives introduites par que : des verbes exprimant le souhait, la. volonté ou le doute : Je veux qu’il vienne chez moi, des adjectifs tels que « content »,. « heureux » : Je serai contente qu’il vienne chez moi, des substantifs qui marquent. 65 MARTINET, A., « Diachronie et synchronie dynamique », Évolutions des langues et reconstruction, Paris,. PUF, 1975, pp. 5-10. 66 RIEGEL, M., op.cit.., p. 569. 67 WAGNER, R.L., op.cit., p. 348. 68 Ibid., p. 349. . 19. l’engagement du locuteur : Le bonheur qu’il vienne chez moi, voire des constructions. impersonnelles : Il vaut mieux qu’il vienne chez moi, qui impliquent l’appréciation. . c. Emploi en alternance : Indicatif/Subjonctif. . Dans ce point nous allons préciser et illustrer avec des exemples les cas où. l’indicatif et le subjonctif peuvent s’utiliser indépendamment. L’opposition indicatif-. subjonctif, suivant la théorie de Guillaume, comprend plusieurs éléments syntaxiques :. - La modalité interrogative et l’inversion du sujet. - Les propositions subordonnées relatives. Pour comprendre ceci, on reprend la théorie de Guillaume qui explique que la. probabilité s’exprime avec l’indicatif et la possibilité avec le subjonctif. Cependant,. dépassant l’opposition de base entre l’indicatif et le subjonctif, un certain nombre de. verbes qui sont normalement construits avec l’indicatif acceptent le subjonctif lorsque le. verbe introducteur est à la forme interrogative. . - Crois-tu qu’il fera beau demain ? ou bien, Crois-tu qu’il fasse beau demain ?. Il existe des nuances entre les deux phrases. Dans la première, à l’indicatif, on. demande en réalité la confirmation de ce que l’on pense intuitivement ou ce que l’on. espère. Alors que dans la deuxième, au subjonctif, la situation d’énonciation nous indique. une tendance vers le doute plus marquée, un éloignement de la réalisation. Cette. distinction sera abordée en détail dans l’étude polyphonique.. Généralement, l’inversion du sujet est un élément stylistique qui nous incite à. avoir cette alternance indicatif-subjonctif dans l’interrogation, mais, des écrivains comme. Voltaire, l’utilisaient déjà au niveau standard sans inversion : « Est-ce que vous croyez. qu'on puisse faire l'amour sans (…) proférer quelque parole ? »69. Dans le cas des subordonnées relatives, nous pouvons utiliser les deux modes,. prenant en considération que, si l’on emploie le subjonctif, on manifeste une restriction.. Ces deux exemples seront analysés dans le point suivant, concernant l’aspect. polyphonique du subjonctif :. 69 VOLTAIRE, Œuvres complètes de Voltaire, Tome huitième, Paris, Chez Firmin-Didot frères, fils et C.. Libraires, 1875, Chapitre VI, p. 367.. 20. - Je cherche un élève qui sait parler l’allemand et Je cherche un élève qui sache. parler l’allemand. . Dans ce type de construction, le subjonctif peut également introduire une nuance. finale : Nous avons besoin d’une voiture dans laquelle nous puissions voyager. confortablement. Et, dans le cas des relatives utilisées après un superlatif, les deux modes. sont possibles mais on a une préférence pour le subjonctif : C’est la seule chose que je. puisse faire pour toi. . d. Emploi polyphonique . Nous venons de voir la valeur sémantique du subjonctif, qui « contient des. instructions pour l’interprétation sémantique des énoncés dans lesquels il intervient, dans. la mesure où il est constitué par certaines marques qui supposent des contraintes pour son. emploi »70. Cela signifie que les éléments déclencheurs sont des contraintes qui. déterminent l’entourage énonciatif du subjonctif, se présentant comme une trace. syntaxique de l’énonciation. Et si l’on tient compte en énonciation de sa valeur. sémantique en opposition avec celle de l’indicatif, on peut impliquer le terme de. « polyphonie », qui est expliqué par plusieurs auteurs comme le fait qu’un énoncé soit. exprimé par plusieurs voix sans qu’aucune soit dominante. Maingueneau reprend la. distinction de sujet parlant, locuteur et énonciateur. Le sujet parlant est « un être. empirique qui énonce physiquement l’énoncé »71, le locuteur est un être du discours. auquel on attribue « la responsabilité de l’énoncé »72 et l’énonciateur « est un personnage. qui est mis en scène dans l’énonciation ironique »73. . Par conséquent, il est intéressant d’analyser le comportement polyphonique du. subjonctif qui a, au moins, un sujet parlant et un locuteur. Un exemple est qu’il « fait. intervenir la négation comme facteur constitutif de la dynamique propre à cette forme. modale »74. Henning Nolke considère que « le subjonctif serait un marqueur syntaxique. de polyphonie interne »75, en opposition avec l’indicatif qui marquerait la polyphonie. externe grâce à son objectivité. La polyphonie se base surtout sur le fait que cette pensée. 70 DONAIRE, M.L., « Subjonctif, négation et polyphonie », Hermès, 15, 1995, p. 155. 71 MAINGUENEAU, D., Les termes clés de l’analyse du discours, Paris, Mémo Seuil, 1996, p. 64. 72 Idem. 73 Idem. 74 DONAIRE, M.L., op.cit.., p. 156. 75 NOLKE, H., « Le subjonctif. Fragments d’une théorie énonciative », Langages, 80, Déc. 85, Larousse,. p. 59. . 21. abandonne la théorie « de l’unicité du sujet parlant »76 et sur le choix du mode, d’un point. de vue sémantique, qui pourrait être dû à la structuration du message en thème/rhème.. Ceci expliquerait, par exemple, la prééminence du subjonctif dans les propositions. complétives antéposées, car elles ont la fonction de thème. . Pour commencer, voyons donc, du point de vue de la distribution phrastique,. quelques exemples d’antéposition, qui favorisent l’emploi du subjonctif. Le modalisateur. Il est certain que exige l’indicatif sauf si la subordonnée est antéposée, où il entraîne le. subjonctif : Il est certain qu’il a travaillé avec son père et Qu’il ait travaillé avec son père. est certain. La postposition de la subordonnée annonce le point de vue choisi par le. locuteur alors que l’antéposition au subjonctif permet d’avoir deux points de vue. différents. Les exemples avec une complétive antéposée à l’indicatif sont rares, et dans. ces cas la complétive véhicule un renseignement nouveau, fonctionnant comme rhème :. Que Pierre est aimable, Marie le pense. . Donc, lorsque les propositions subordonnées complétives sont en début de phrase. et ont la fonction de sujet : Qu’il fasse beau en été n’étonne personne, le mode subjonctif. prédomine par rapport à l’indicatif. . Cette dichotomie thème-rhème aiderait à comprendre la valeur polyphonique du. subjonctif. Le thème est le fragment du message dont on parle qui est souvent présenté. avant d’avancer le rhème, qui est le nouveau propos. Pour qu’il y ait polyphonie interne,. dans cette hypothèse, on utiliserait le subjonctif, qui serait dans la phrase suivante Je. comprends qu’il soit parti si vite le thème de la proposition. Mais si le verbe était à. l’indicatif dans une situation énonciative, le groupe verbal constituerait le rhème, donc, il. exclurait la polyphonie interne Il n’est pas là : je comprends qu’il est parti. Lorsque « je. comprends », phrase principale, forme le rhème, la proposition subordonnée est le thème. et le subjonctif s’impose. . Ensuite, il faudrait voir les exemples où le mode est déclenché par un type d’acte. illocutoire. La modalité interrogative peut entraîner le subjonctif. Dans ces deux phrases :. Croyez-vous qu’elle peut être malade ? et Croyez-vous qu’elle puisse être malade ?, la. présupposition joue un rôle important, car dans le premier exemple l’énoncé fonctionne. comme « une assertion attachée au complément du verbe savoir »77 tandis que dans le. deuxième le signifié porte sur le contenu de la complétive et crée une vraie question. En. 76 Ibid., p. 58. 77 Ibid., p. 63. . 22. outre, il y a une différence d’interprétation selon l’utilisation d’un mode ou l’autre :. Croyez-vous qu’il faut/faille travailler demain ? Avec le subjonctif, l’interrogation sera. faite sur les croyances de l’allocutaire. Dans ce cas, il faudrait ajouter un facteur qui. semble important : l’inversion du sujet, qui fait que l’on puisse avoir deux interprétations. différentes tenant compte de la réponse prétendue de l’allocutaire. . Dans les subordonnées relatives, le subjonctif est utilisé avec une restriction qui. affecte l’antécédent78 et il « pourrait servir à transmettre les intentions significatives du. locuteur »79. Il est intéressant d’analyser une même phrase qui accepte les deux modes,. indicatif et subjonctif : Je cherche un élève qui sait parler l’allemand et Je cherche un. élève qui sache parler l’allemand. Selon Katarzyna, l’emploi des modes est lié à. « l’attitude du locuteur à l’égard du contenu de son propos »80, toujours confrontée. Elle. explique que l’attitude distanciative, « soumise à un jugement appréciatif ou affectif »81. et qui « conçoit la situation comme supposée »82 est indiquée par le subjonctif, tandis que. l’attitude déclarative, « conçue comme éventuelle »83, représente une situation réelle et. est indiquée par l’indicatif. Par conséquent, le subjonctif est un mode possible, qui ne. garantit pas la valeur de certitude du contenu propositionnel, dans ce cas, on n’est pas. sûrs de l’existence d’un élève ayant des connaissances de l’allemand. En outre, la phrase. contient un présupposé : le point de vue négatif car on sait que certains élèves ne savent. pas l’allemand. Cependant, avec la phrase à l’indicatif, on sait qu’un des élèves sait parler. allemand. Cet aspect peut se joindre à l’idée que le choix du mode peut dépendre de la. « structuration du message en thème et en rhème ».84 . D’autre part, comme l’explique Riegel, le subjonctif peut être utilisé lorsque la. subordonnée suit les adjectifs seul, premier, dernier : C’est la première explication qui. soit acceptable ; et après l’unique et le meilleur85. De plus, lorsque « la phrase matrice. implique une idée de volonté ou d’hypothèse »86 qui place le groupe nominal hors du. champ du constat Je cherche un pull qui ait des carreaux, le subjonctif prédomine par. rapport à l’indicatif. . 78 RIEGEL, M. et al, op.cit., p. 570. 79 DONAIRE, M.L., op.cit., p. 156. 80 KWAPISZ-OSADNIK, K., op.cit., p. 268. 81 Idem. 82 Ibid., p. 284. 83 Idem. 84 NOLKE, H., op.cit., p. 60. 85 GAILLARD, B., op.cit., p. 300. 86 RIEGEL, M., op.cit., p. 809.. 23. Voyons ensuite des cas où les verbes sont, sémantiquement, polyphoniques. Par. exemple, le mode change selon l’acception87 pour certains verbes polysémiques tels que. dire, comprendre, prétendre : dans la phrase Je lui ai dit qu’il ramasse ses affaires le. verbe dire exprime un ordre tandis que dans Tu lui as dit que tu étais malade le verbe dire. exprime une information. Togeby constate que l’emploi du subjonctif est fait « lorsque le. verbe dire est à la première personne »88, car c’est le sujet parlant qui exprime un ordre à. un co-énonciateur ou destinataire, il y a un effet conatif, ce n’est plus le fait de donner. une information. Dans la première phrase, il est important de remarquer la valeur de futur. imprégnée à celle du subjonctif. Ces verbes sont l’exception car, généralement, la. sémantique lexicale des verbes est essentielle : comme on le sait, les verbes qui expriment. la volonté, déclenchent le subjonctif Je veux qu’il soit heureux tandis que la plupart des. verbes, comme ceux qui expriment la croyance, déclenchent l’indicatif Je crois qu’il est. heureux. . Dans les deux phrases concernant l’élève : Je cherche un élève qui sait parler. l’allemand et Je cherche un élève qui sache parler l’allemand, le complément d’objet. direct « un élève » signale la même direction : comme s’il devait convenir aux. aspirations. L’élève serait, dans les deux propositions, le thème et le fait de savoir. l’allemand le propos. Cependant, l’énonciateur diffère parce que les deux propositions. appartiennent à un acte énonciatif différent. Et lorsque la subordonnée est à la forme. négative, la polyphonie est renforcée : Je cherche un élève qui ne sait pas parler. l’allemand et Je cherche un élève qui ne sache pas parler l’allemand. Dans ce cas, la. forme négative au subjonctif contient un présupposé : un point de vue positif car on sait. que certains élèves savent l’allemand.. Changer de modalité affirmative/négative dans la principale est aussi intéressant. pour remarquer que l’indicatif est utilisé après la proposition affirmative tandis que la. forme négative déclenche le subjonctif : Il croit qu’il est vieux et Il ne croit pas qu’il soit. vieux. Dans ce cas, on constate que la polyphonie peut être parfois « boutée hors du jeu. par d'autres joueurs qui priment son influence (p. ex. par les modalités) »89. Dans ce cas,. il s’agit des modalités secondaires : affirmation/négation. . Conformément au conditionnement du subjonctif, il existe des modalisateurs qui. exigent l’indicatif : Peut-être qu’elle viendra tandis que d’autres exigent le subjonctif : Il. 87 Ibid., p. 825. 88 TOGEBY, K., Grammaire française, p. 135. 89 NOLKE, H., op.cit., p. 69. . 24. est possible qu’elle vienne. La structure polyphonique des deux énoncés change par. rapport à la distance : elle paraît plus marquée dans celle du subjonctif que dans celle de. l’indicatif. . Les déclencheurs du mode ne sont pas seulement des éléments du discours, la. distribution de la subordonnée dans la phrase prend une place importante, alors que la. postposition ne semble pas avoir d’influence modale.. Une étude intéressante serait de comparer la subordination introduite par la. conjonction que et par la conjonction si, regardant tout de même l’alternance modale : Je. ne me souviens pas qu’il soit allé au Maroc et Je ne me souviens pas s’il est allé au. Maroc. Après la conjonction que on trouve le subjonctif et après si, l’indicatif. Le fait que. la première phrase soit au subjonctif est conséquence de la principale à la forme négative,. donc on pourrait déduire que la double alternance n’apparaît que lorsque la principale suit. la modalité négative. Le point de vue change, les deux modes ont un point de vue. polyphonique, le subjonctif interne et l’indicatif externe ; il faudrait donc analyser chaque. mode selon son jeu polyphonique.. Comme l’explique Nolke, ce qui est intéressant dans l’hypothèse polyphonique. c’est l’abandon de la conception de l’unicité du sujet parlant car la polyphonie interne a. lieu lorsqu’il y a au moins « deux énonciateurs différents lors d’une même. énonciation »90.. Pour finir cette analyse polyphonique, ce serait intéressant d’étudier des exemples. isolés pour voir si l’usage suit réellement la norme, comme dans le cas de Je regrette qu’il. ne soit pas venu. Le contenu de la subordonnée est clair et est la cause pour laquelle on. peut avoir des regrets. Le verbe regretter signale des limitations. Le lien entre le. déclencheur et le mode subjonctif est étroit, vu qu’on peut avoir deux points de vue. associés à la subordonnée.. Dans le cas où le subjonctif est déclenché par un comparatif, il s’établit un rapport. graduel entre les deux points de vue : Le moins qu’on puisse faire est plus proche de ne. pas pouvoir faire que de pouvoir faire. . On pourrait conclure que lorsqu’on a une subordonnée, elle peut introduire un. point de vue coïncidant ou pas avec le point de vue représenté par la phrase principale :. « si les actes véhiculés respectivement par la subordonnée et la principale ont différents. 90 Ibid., p. 58.. 25. auteurs et que rien ne s’y oppose par ailleurs, on aurait le subjonctif »91. Les facteurs qui. déclenchent ou modifient l’emploi des modes sont, premièrement, le membre. introducteur de la proposition, deuxièmement, la distribution de la proposition (antéposée. ou postposée), troisièmement, sa fonction syntaxique, c’est-à-dire, « le degré de cohésion. qui relie (…) la principale et la subordonnée en un seul syntagme »92.. e. Emploi en concordance et non concordance. Par rapport au phénomène de la concordance des temps au subjonctif, il est mieux. de reprendre le tableau de Paul Imbs93 qui distingue les deux systèmes distincts : Or-. Maintenant et Lors-Alors, et celui qui apparait dans le Précis de grammaire française de. Grevisse94. Ces deux tableaux sont regroupés dans les annexes. . Paul Imbs95 distingue l’usage populaire et l’usage écrit soutenu. La concordance. dans l’usage populaire, surtout oral, est simple car il n’y a que deux temps qui sont utilisés. par les locuteurs : le présent, pour marquer simultanéité et postériorité, et le passé, pour. marquer l’antériorité. En fait, le temps du tiroir verbal utilisé dans la proposition. principale n’est pas important dans le code oral. . Le problème de concordance s’intensifie dans le style soutenu, car les quatre. tiroirs verbaux du subjonctif peuvent être utilisés. A l’intérieur de la concordance des. temps, on peut remarquer qu’à l’heure d’utiliser les tiroirs du subjonctif, Grevisse. explique que, lorsque le verbe principal est au présent ou au futur, on met le verbe de la. subordonnée au présent « pour marquer la simultanéité ou la postériorité »96 : Je veux. qu’il travaille et au passé « pour marquer l’antériorité »97 : Je ne crois pas qu’il soit arrivé. à l’heure. . Dans un registre soutenu, lorsque le verbe principal est au passé, le verbe de la. subordonnée est à l’imparfait « pour marquer la simultanéité ou la postériorité »98 :. 91 Ibid., p. 57. 92 N0JGAARD, M., « Compte rendu de Boysen », 1971, Revue Romane VII, 1982, p. 316. 93 IMBS, P., op.cit., p. 182. 94 GREVISSE, M., Précis de grammaire française, Paris, Éditions Duculot, 1969, p. 268. 95 IMBS, P., op.cit., p. 182. 96 GREVISSE, M., op.cit., 1969, p. 266. 97 Idem. 98 Ibid., p. 267.. 26. J’avais voulu qu’il travaillât ; au plus-que-parfait « pour marquer l’antériorité »99 :. J’avais voulu qu’il eût travaillé.. Mais, déjà dans la langue classique, comme dans Britannicus de Racine, on trouve. ces deux exemples qui illustrent l’antériorité du subjonctif, marquée par le présent et le. passé du subjonctif, ayant comme tiroir verbal de la proposition principale un verbe au. présent : « De nos crimes communs je veux qu'on soit instruit »100, et un verbe au. futur suivi d’un passé: « Car je ne croirai point que sans me consulter/La sévère Junie. ait voulu le flatter/Ni qu'elle ait consenti d'aimer et d'être aimée »101. . Ou encore, chez Corneille, dans Cinna, on trouve ces exemples de concordance,. marqués par le présent du subjonctif, ayant comme tiroir verbal de la proposition. principale un verbe au présent : « Et tu veux que moi-même, /Je retienne ta main ! Qu'il. vive, et que je l'aime !/ Que je sois le butin de qui l'ose épargner »102où l’on marque la. simultanéité. Un exemple de postériorité est « Et je ne puis plus rien que par votre congé. : C'est à vous à régler ce qu'il faut que je fasse »103, avec le verbe de la principale au. présent et celui de la subordonnée au présent du subjonctif. . Cinna nous offre également des exemples d’antériorité marquée par le plus-que-. parfait du subjonctif par rapport à un temps principal passé : Polyclète est encor chez vous. à vous attendre, / Et fût venu lui-même avec moi vous chercher, / Si ma dextérité n'eût su. l'en empêcher »104 et « Si le ciel n'eût voulu que Rome l'eût perdue/ Par les mains de. Pompée il l'aurait défendue »105. . Et, pour illustrer la simultanéité, le temps de la principale étant au passé, on peut. trouver cet exemple de concessive en concomitance : « Mais, quoique je l'aimasse et qu'il. brûlât pour moi, / Une haine plus forte à tous deux fit la loi »106 . Même si de nos jours, comme a dit Queneau, « le passé simple, l’imparfait du. subjonctif ne sont plus employés dans la langue parlée »107, dans la langue écrite quelques. auteurs jouent carrément avec la concordance du subjonctif, exploitant ainsi les valeurs. modales du Subjonctif 2 d’une façon littéraire, comme Saint-Exupéry, qui nous donne un. 99 Idem. 100 RACINE, J., op.cit., p. 102. 101 Ibid., p. 82. 102 CORNEILLE, P., Cinna, Paris, Éditions Gallimard, Édition de Georges Forestier, 1994, p. 82. 103 Ibid., p. 79. 104 CORNEILLE, P., op.cit., p. 53. 105 Ibid., p. 64. 106 Ibid., p. 110. 107 QUENEAU, R., Bâtons, chiffes et lettres, Paris, Gallimard, 1965, p. 14. . 27. exemple où le plus-que-parfait est inscrit dans un contexte à l’imparfait de l’indicatif :. « Bernis apprenait tout de ce lieutenant, de ce capitaine. Il eût pu redire leur unique. défaut, leur unique vertu : l’un jouait, l’autre était trop bon. »108 . Ces exemples littéraires sont représentatifs des possibilités de la langue française. selon l’interprétation de la règle de concordance temporelle par Paul Imbs ou selon le. tableau systématique de concordance tiré du Précis de grammaire française de Grevisse.. Nous avons vu que les emplois du subjonctif confirment ses valeurs modales, plus que. temporelles. Ses emplois, de façon contraignante, optionnelle et sous l’angle de la. polyphonie, montrent bien la particularité, tant au niveau énonciatif que stylistique des. formes verbales de ce mode. Dans le chapitre suivant, nous allons comparer les valeurs. du subjonctif français avec celles du subjonctif espagnol, pour voir si elles fonctionnent. de la même façon et si la traduction d’une langue à l’autre est systématique, ou si chacune. possède des traits caractéristiques. . 108 SAINT-EXUPERY, Courrier sud, Paris, Éditions Gallimard, 1929, p. 142.. 28. III. APPROCHE CONTRASTIVE: FRANÇAIS/ ESPAGNOL . Ce chapitre est intéressant car il touche plusieurs domaines : culture, traduction. et littérature, des éléments transversaux et complémentaires à la fois. Le but de cette partie. de mon travail est de faire une analyse contrastive de l’utilisation du subjonctif dans les. deux langues, française et espagnole. . a. Les valeurs du subjonctif espagnol. Pour commencer, il faut faire une présentation du mode subjonctif en langue. espagnole, de ses tiroirs et de ses valeurs. Le subjonctif espagnol «quizás sea, después del. portugués, el más rico en formas y el más complejo sintácticamente de todas las lenguas. romances»109. Il possède deux tiroirs verbaux de plus que le subjonctif français : quatre. formes qui sont fréquemment utilisées et deux qui sont tombées en désuétude. Il faut dire. que les quatre premières formes sont tout à fait courantes, indépendamment du niveau de. langue en espagnol. C’est la première grande différence dont il faut tenir compte par. rapport à l’emploi du subjonctif en français. . Voilà pourquoi, on peut parler de richesse du subjonctif espagnol car ce mode est. utilisé bien davantage que son équivalent en français, limité en discours à deux temps :. présent et passé. Les quatre tiroirs dont on se sert couramment sont répartis. aspectuellement, de la même façon qu’en langue française, en deux formes simples et. deux composées. Il est nécessaire de faire remarquer que les formes composées en. espagnol sont toujours formées avec l’auxiliaire « haber », suivi du participe passé. . D’un côté, les deux formes simples employées couramment en espagnol : presente. del subjuntivo et pretérito imperfecto del subjuntivo correspondent à celles du subjonctif. français, présent et imparfait du subjonctif. De l’autre, les deux formes composées :. pretérito perfecto del subjuntivo et pretérito pluscuamperfecto del subjuntivo, se. rapportent à celles du subjonctif français, passé et plus-que-parfait du subjonctif. En ce. qui concerne les temps pretérito imperfecto et pretérito pluscuamperfecto, ils possèdent. en espagnol deux conjugaisons interchangeables : la forme en -ra (corriera, hubiera. sabido) et la forme en -se (corriese, hubiese sabido). . Tandis que le français ne possède pas de tiroir futur, l’espagnol dispose de deux. formes futuro simple et futuro perfecto, qui ne sont plus utilisées, de nos jours, à l’oral et. 109 FERNÁNDEZ, J., "Apuntes para la enseñanza del subjuntivo a angloparlantes" en R. Fente, J. de Molina. y A. Martínez. Actas del primer congreso nacional de ÁSELE, Granada, 1990, p. 21.. 29. dont l’usage est restreint à la langue écrite dans certains cas très limités. Malgré leur. dénomination, ces formes n’expriment pas l’époque future ; celle-ci est annoncée par le. présent du subjonctif, comme en langue française. Cependant, le présent n’est pas le seul. temps qui peut l’exprimer, les autres tiroirs peuvent également indiquer un temps. chronologique futur : le temps imperfecto « vale para indicar generalmente tiempo. pasado, pero también puede expresar tiempo presente o futuro »110, le perfecto exprime. les mêmes époques que l’imparfait sauf la présente ; finalement, le pluscuamperfecto. « indica tiempo pasado y sólo en contadas ocasiones puede expresar tiempo futuro »111. . Le futuro était employé premièrement « comme futur possible exprimant une. simple éventualité »112 et, deuxi&egra
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