Raquel Camacho Maillo Universidad de Alicante
Resumen
Sea de tradición oral o literaria, el cuento quebequense ha gozado de un auge notable en los últimos cincuenta años. No obstante, después de modernizarse, hoy en día, el cuento oral está en pleno declive para algunos y en plena transición o mutación para otros. Asimismo, el cuento tiene que hacerle frente a otras artes orales que se están imponiendo en los últimos años, para no perder su puesto. El objetivo de este trabajo, en las postrimerías de la crisis, es el de proporcionar un recorrido a través del cuento quebequense de ayer y hasta hoy en día.
Résumé
Au Québec, l’attrait du conte, qu’il soit de tradition populaire ou de création littéraire, jouit d’une recrudescence singulière depuis une cinquantaine d’années. Néanmoins, après avoir été dépoussiéré, il est de nouveau en plein déclin pour certains ou en transition ou mutation pour d’autres. Aussi, le conte fait face à d’autres arts de la parole qui prennent de la place sur le devant de la scène. Au tournant de la crise, nous jetons un coup d’œil sur le conte au Québec d’hier à aujourd’hui. Le conte a-t-il dit son dernier mot…ou est-il en train d’inventer un autre langage?
Introduction
En 1861, la revue Les Soirées canadiennes est fondée dans le but de favoriser et multiplier la production littéraire du pays. Ce périodique est rempli d’articles, d’études, de proses et de vers, mais surtout de contes et de légendes où abonde la vie québécoise. En 1904, Camille Roy lors de sa conférence « La nationalisation de la littérature canadienne » lance un appel aux écrivains et leur propose un retour aux sources. Resté dans l’ombre de la littérature française, le Québec revendique, à juste titre, son autonomie littéraire. À ce moment-là, on prend conscience du besoin de sauvegarder la tradition. La tradition orale québécoise est une
des plus riche du monde et fait figure de proue (Boivin, 2009 : 60). C’est pourquoi, certains écrivains et ethnologues commencent à recopier ou enregistrer les contes du pays pour ne pas perdre la mémoire du terroir.
Mais que s’est-il passé ensuite au XXe siècle? Comment le conte a réagi face aux
importants changements socio-économiques du XXe siècle? A-t-il su se frayer une place?
Quel est l’état actuel du conte québécois? Le conte a-t-il dit son dernier mot ? Au cours de ce travail, nous essaierons de répondre à ces questions et surtout de montrer comment le conte vit cette crise.
Panorama du conte québécois au XXe siècle
Québec, mars 1900, cent dix-neuf centimètres de neige. Neige, vent et froid sont autant de facteurs climatiques qui mobilisent et paralysent la population du pays. Dans ces grandes plaines arides, enneigées et avec les bateaux amarrés dans le port du lac Saint- Laurent gelé…Que faire ? Conter autour du feu. Les veillées de contes étaient donc un élément essentiel dans la culture québécoise. Le conte oral québécois se nourrit des contes amérindiens, des contes français, d’autres cultures et aussi de son propre imaginaire. Il est transmis grâce au bouche à oreille et il véhicule aussi la mémoire québécoise, toute la culture du pays. Les soirées de contes sont improvisées et spontanées. Tout le monde peut conter, s’il connaît une bonne histoire. Au début du XXe siècle, avec l’exode rural et l’industrialisation, le
conte perd sa place, les gens s’en désintéressent. La convivialité du monde rural n’est pas présente en ville, mais plutôt l’individualisme. De plus, en ville l’accès à la radio et à la télévision est plus facile. La mode est à l’heure des médias. Le conte oral est alors déraciné et relégué au dernier plan car d’autres types de loisirs s’imposent comme le cinéma.
Ce déclin n’est pas si accusé dans les camps de bûcherons. En effet, là-bas, au fond de la forêt, loin de la ville et des moyens de communication, le conte continue de se perpétuer. De nombreuses compagnies forestières engageaient des conteurs, pour amuser ces travailleurs isolés de tout. Mais, lorsque ces hommes-de-bois furent remplacés par des machines, l’écho des contes resta pour toujours dans ces forêts.
Parallèlement au développement du conte oral, le conte écrit avait fait son apparition sur la scène littéraire québécoise. Ainsi, des écrivains tels Fréchette avec L’Iroquoise du lac Saint-Pierre (1861) ou bien Beaugrand avec La Chasse-galerie et autres récits (1900), avaient façonné l’imaginaire des contes québécois dans leurs recueils de contes. De même,
plusieurs ethnologues au début du XXe siècle prirent conscience de la richesse du conte et de
la tradition québécoise et commencèrent à faire un collectage de cette culture orale. 1
Une marche vacillante
Le conte oral n’a réellement jamais disparu, il s’est tenu en périphérie. Le conte oral était toujours présent dans les programmes scolaires ou bien dans les lectures à la nuit tombante de certains parents qui perpétuaient et qui perpétuent encore la tradition sans peut- être même le savoir.
Tel un Phénix, le conte a su renaître dans les années 1970 de ces propres cendres. Kim Yaroshevskaya, Michel Noël, Jocelyn Bérubé, Alain Lamontagne, Petronella Van Dijk ont insufflé un nouvel élan au conte. Fatigués de la société de consommation, du capitalisme, de l’individualisme, et du danger de la perte des valeurs traditionnelles, les gens sourient de nouveau au conte qui apporte des valeurs sûres. Le vieil art coriace refait surface petit à petit et timidement, mais la scène n’est plus la même : les foyers sont désormais remplacés par les Festivals et les bars. Ainsi, vers 1984, certains conteurs décident de se réunir entre amis à Montréal dans un café nommé « La Petite Ricane », autour d'histoires vécues. C’est un nouveau tournant pour le conte. En 1985, le conte prend son véritable envol avec le premier festival consacré entièrement au conte : le festival des Hauts-Parleurs au musée de la civilisation à Québec.
L’essor du conte oral
Il n’y a pas de doute, le conte oral est bien présent et compte s’installer. Les preuves sont irréfutables, de 1985 à 2000 nous assistons à ce que les chercheurs comme Boivin ou Calame-Griaule ont appelé le Renouveau du conte. De ce fait, les festivals de contes se multiplient et les soirées de contes gagnent du terrain. De nouveaux noms de conteurs apparaissent sur le devant de la scène comme Jean-Marc Massie, André Lemelin, Joujou Turenne, …
Mais encore, le conte québécois commence à faire du bruit sur les scènes internationales. En 1991, lors du Festival du conte en Isère, en France, Marc Laberge remporte le concours. Aussi, en 1997, Michel Faubert gagne la médaille d’or dans la discipline conte aux Jeux de la Francophonie. Le conte québécois prend de l’importance au niveau international. Les conteurs québécois sont reconnus dans toute la Francophonie.
1Marius Barbeau initia dès 1911 ses recherches autour de la tradition orale du Québec et rédigea plus de 1700
Le XXIe siècle
Au début du XXIe siècle, le conte oral connaît une nouvelle bouffée d’air frais avec
l’arrivé de conteurs jeunes et dynamiques comme Fred Pellerin, Renée Robitaille, Éric Gauthier, Nadine Walsh, … Ainsi, de 2003 à 2005 poussés par le succès de Fred Pellerin2, les
conteurs sont de plus en plus nombreux. Grâce aux différentes soirées de contes organisées un peu partout au Québec, la nouvelle vague de conteurs peut se faire une place dans les arts du récit. Ainsi, « Les Dimanches du conte » du Sergent recruteur réunissent toutes les générations de conteurs. Les médias diffusent des extraits des spectacles : Radio Canada émet le Dimanche du conte, et Radio Montréal les Soirées organisées par la Maison de production Cormoran.
Mais encore, avec la création de Planète Rebelle, l’engouement du public commence à être pris au sérieux par la critique littéraire. En effet, jusqu’à présent les spectacles appartenaient à l’oralité, à l’art du récit. Toutefois, avec l’apparition des livres CD de contes, le conteur n’est plus un simple artiste, mais devient aussi un écrivain et inscrit ses contes dans la mémoire du conte québécois. Ces œuvres revisitent la tradition ou encore inventent des contes originaux et inédits. N’importe qui peut d’ores et déjà écouter un conteur sans sortir de chez lui.
Le métissage
Comme nous l’avons déjà dit, le conte est sorti des foyers, de ce cadre intimiste, vers l’extérieur. D’ailleurs, le public n’est plus familial ou connu mais totalement inconnu. Le conteur tisse pendant sa narration, un lien étroit avec ces femmes et hommes venus spécialement pour l’écouter. Pour pouvoir survivre parmi ces arts, il doit faire preuve d’originalité.
Pour que le conte ait une place importante dans le panorama actuel de l’Art de la parole, il est primordial qu’il vive avec son temps. Pour cela, une modernisation doit être faite. Utiliser des techniques issues d’autres arts comme le théâtre, la danse, la musique, la poésie. Le conte devient spectacle et le conteur presque performeur. D’ailleurs, ce n’est pas quelque chose de nouveau. De tout temps, les arts se sont alimentés les uns des autres pour s’ouvrir à de nouvelles perspectives. Déjà le conte utilisait l’humour et la musique dans ses débuts. Aujourd’hui, il doit apprendre à cohabiter avec les arts de la parole.
Le conte a ses racines mais il peut accumuler d’autres techniques pour répondre à un public de plus en plus diversifié. Le bon conteur contemporain pourra spectaculariser son conte sans en perdre l’essence. En effet, bien qu’il utilise des artifices, il n’oubliera jamais que le noyau de son spectacle c’est la propre narration, c’est-à-dire, les mots. C’est pourquoi, un vrai conteur pourra raconter avec micro, avec une mise en scène, avec de la musique, de l’humour… et sera aussi capable de raconter sans artifices.
L’hybridisme narratif du conte est aussi une autre façon d’actualiser le conte. En effet, dans un même conte il y aura du merveilleux, du fantastique, du philosophique. Prenons l’exemple de Claudette L’Heureux avec Balade à Bagdad. Dans sa narration, elle va du récit de vie au conte philosophique, tout en racontant l’histoire d’une façon traditionnelle sans oublier des clins d’œil à l’époque actuelle. De même, Michel Faubert s’aventure dans certains de ces contes à créer des atmosphères éminemment poétiques.
Le statut de conteur
Le conte est en plein essor, mais aussi la façon de raconter. En effet, le conteur perd son anonymat. Il devient créateur car souvent il crée ses propres contes. Le statut du conteur change, certains d’entre eux vivent du conte.
Le conte oral bouillonne et au milieu de cette expansion il doit s’organiser. La création d’une association de conteurs québécois est incontournable. Ainsi, en 2003 naît le RCQ (Regroupement du conte). Le RCQ permet de faire valoir la spécificité du conte et aussi de promouvoir le conte québécois. Grâce à cet organisme les conteurs sont enfin représentés et peuvent réclamer divers droits. Ainsi, ils obtiennent des bourses du CALQ et d’autres organismes qui jusqu’à présent ne leur étaient pas accordées.
La crise du conte oral
À ce stade de notre étude, nous pouvons constater que le conte oral a marqué les vingt dernières années. Mais qu’en est-il en 2014 ? Les festivals sont-ils si nombreux ? Ainsi, depuis 1985 jusqu’à nos jours, environ dix-sept festivals annuels ou bimensuels (dont nous ayons connaissance) ont été créés au Québec. Par contre, sept d’entre eux n’existent plus. De plus, on remarque que depuis 2005, il n’y a eu que la création de deux festivals : celui du texte court de Sherbrooke qui n’est pas à proprement dire un festival du conte, mais plutôt un événement où la poésie, la nouvelle, la performance, la chanson, la vidéo et même les arts visuels se côtoient, et l’autre, le Festival des contes maltés, un festival très jeune avec une
seule programmation. Ce festival réunit lui aussi différents genres: conte, poésie et musique, même si la base du festival reste bien évidemment le conte.
Mais encore, remarquons que lorsque la soirée du conte, par excellence la plus importante, la Mecque du conte, c’est-à-dire, « Les Dimanches du conte », déménagèrent au Cabaret du Roy, après la fermeture du Sergent Recruteur en 2009, ce fut un fiasco. Ainsi, le bastion du renouveau du conte perdit son charme, dans un local trop moderne et peu familial. Aussi, la disparition des soirées des Mardis Gras, du Divan Orange et du Café Lubu à Montréal toucha profondément le milieu ces dernières années.
De plus, de 2006 à 2011, les gestionnaires du RCQ ont connu un essoufflement. Pas assez de conteurs ou bien des conteurs trop fatigués pour continuer à organiser tous ces événements si peu financés et qui demandent de gros efforts. La baisse des événements crée un cercle vicieux. En effet, pour apprendre à conter il faut se former, mais aussi avoir un bagage riche et varié et pratiquer devant un public. Mais comment y arriver avec tellement d’obstacles et de portes qui se ferment ? Moins de salles, moins de possibilités pour s’exercer et donc pour s’améliorer. Dans le Bulletin du conte du RCQ nº 21, Petronella Van Dijk affirmait:
Il y a quelques jours, j’ai reçu un message (d’André Lemelin et de Nicolas Rochette) dans lequel on s’inquiétait du fait que les lieux de diffusion en conte à Montréal sont en train, petit à petit, de disparaître. La crise ne peut pas être la réponse à tout. Les « House Concerts» ne seront pas non plus la réponse à tout... Mais je crois que nous devons nous poser sérieusement la question de l’avenir du conte, si nous y tenons. Non pas chacun de notre côté, mais ensemble (2011 : 12).
À cela il faut ajouter, la difficulté de se faire un bagage de récits, étant donné que si le conteur veut puiser dans la tradition orale il devra consulter les archives de l’Université de Laval ou alors limiter son répertoire au conte littéraire ou de création. Il faudra se déplacer, car les archives ne sont pas accessibles sur la toile.
École du conte ?
L’école nationale de l’humour à Montréal est un lieu de convergence qui depuis plus de vingt-cinq ans transmet des connaissances, des formations et où les élèves sortent diplômés. Depuis 1960, L'École nationale de théâtre est considérée comme la principale école de formation théâtrale au Canada. Qu’en est-il de l’école du conte ? Rien ! Le manque d’institutionnalisation ou de théorisation reste un obstacle dans la définition même de cet Art du récit. Petronella Van Dijk soulignait « qu'il serait important d'avoir une “ école ”de conte
au Québec, notamment pour que le public prenne conscience de son existence [du conte]. Et que les médias le prennent un peu plus au sérieux » (2005 : 7).
De surcroît, La Maison des arts de la parole offre des formations pour les conteurs, amateurs et professionnels, depuis 2003. En 2008, Cantine motivée, à Montréal, organise des formations pour les conteurs de la relève. Depuis sa fondation, le RCQ, organise aussi de merveilleuses activités pour bien former. Sans oublier les nombreuses formations qui ont lieu lors des divers festivals de contes. En revanche, aucun programme de formation spécifique n’est soutenu par l’État et, donc, aucune formation pour conteur n’est gratuite. Par conséquent, seulement certaines personnes peuvent se payer leur formation et améliorer, les autres sont vouées à la stagnation dans le métier à cause des prix des formations. De plus, les formations restent maigres et peu variées alors que le conteur lui, doit être un artiste complet et dominer aussi bien le corps, que la voix, le répertoire et aussi l’écriture. Ainsi, il n’est pas rare de croiser sur scène un « conteur » qui sans même avoir suivi de formation monte sur les planches.
En dernier lieu, les humoristes jouissent du gala « Les Oliviers », qui récompense les artistes du milieu de l'humour au Québec. Aussi, aux États-Unis, il existe le prix Storylling World Awards qui prime dans différentes catégories le conte en anglais. Pourtant, excepté quelques prix à droite et à gauche, aucun gala francophone annuel n’est encore organisé. L’économie
Étant donné qu’aujourd’hui les conteurs vivent de leur art, la question économique reste très importante. Depuis 2008, le monde est plongé dans une crise économique et cela touche le conte oral de près ou de loin. Effectivement, au niveau des subventions, l’État consacre moins de bourses et avec des montants plus bas. Sans compter que le milieu du conte reste un art jeune et donc il n’aura pas le même poids au moment d’accorder des prêts ou de financer certains spectacles. Effectivement, en 2008-2009 seulement 15% des demandes de bourses du CALQ ont été attribuées au conte.
Par ailleurs, le cachet des conteurs reste encore trop bas par rapport à d’autres arts comme le théâtre. Bien que les rétributions aient augmentées entre 2005 et 2011, elles n’en restent pas moins ridicules parfois. En conséquence, les conteurs professionnels doivent passer de longs séjours en France ou ailleurs, car ils sont mieux reconnus et mieux payés.
Par rapport au public, Van Dijk déclare qu’il y a « une désaffection de plus en plus grande du public depuis plusieurs années » (Frère ours, 2013a :18). Aussi, après « l’engouement du conte » et sa médiatisation, surtout avec le conteur Fred Pellerin, les
médias ont abandonné le milieu et s’y montrent indifférents. Auparavant, les médias étaient si centrés sur le conte que la promotion des soirées et des festivals se faisait pratiquement toute seule. Aujourd’hui, tout étant revenu à la normale, les organisateurs doivent pouvoir financer des campagnes publicitaires. Jocelyn Bérubé définit ce phénomène comme « un engrenage, une spirale calquée sur les règles de l’industrie médiatique populaire et populiste du nivellement par le bas » (Collectif Littoral, 2011 : 153).
Mais encore, la crise a submergé les foyers dans une consommation culturelle plus restreinte. Les loisirs sont souvent sacrifiés ou relégués au deuxième plan. Alors, pourquoi aller voir un conte ? Cet art est souvent mal connu par le public qui pense que le conte est réservé aux enfants seulement. D’ailleurs, il y a peu d’information sur la toile, peu de pancartes, de spot publicitaire, …
Un milieu divisé
À l’époque du spectaculaire, le conte doit se soumettre à la volonté du public et aussi de l’industrie culturelle. En conséquence, deux positions se discernent dans le milieu du conte oral québécois : celle des « traditionnels ou puristes » du conte et celle des « modernes ».
En outre, pour certains conteurs le recours aux techniques théâtrales, les effets scéniques, la musique engendre une perversion du conte et non pas une évolution. André Lemelin, défenseur du conte traditionnel représente cette partie du secteur plus ancré dans la tradition ancestrale. Il s’attaque à la théâtralisation du conte et pense qu’en l’utilisant on ne fait pas quelque chose de mieux ou de pire, mais simplement quelque chose d’autre, pas du conte (Vaïs, 2009 : 88). Un véritable conteur n’apprend pas par cœur son texte, il le mémorise par répétition orale et de ce fait son conte n’est jamais complètement fini. Son canevas peut