14 Avant la création de la Commission canadienne de vérité et réconciliation (CVR), le gouvernement canadien a tenté de parvenir à la réconciliation. 18 Les principes de l’Annexe N énoncent le rôle de la Commission Vérité et Réconciliation comme suit : « une entité historique chargée de contribuer à la vérité, à la guérison et à la réconciliation. De plus, elle naît d’un litige civil et non de la reconnaissance de faits historiques et de la volonté de l’État35.
Cette étude emprunte la notion de colonialité du pouvoir au mouvement théorique de la décolonialité. Les survivants expriment cette violence à travers un récit privilégié de souffrance. Les commissions vérité et réconciliation constituent une approche de justice transitionnelle qui se concentre principalement sur les victimes et leur implication dans la quête de justice.
Être un « Survivant » pour avoir voix au chapitre
En effet, à moins que l'État ne puisse intervenir efficacement pour contrôler le discours, il semble que différents processus soient à l'œuvre pour développer la « vérité » sur l'enseignement à la maison. Selon Exner-Pirot, les enjeux autochtones constituent le « talon d'Achille » de la réputation internationale du Canada. Cependant, le cas CVRC souligne également l’importance du regroupement pour réellement influencer le développement de la « vérité ».
Est-il possible pour une victime qui n'est pas un survivant de participer à l'élaboration de la « vérité » ?
Un récit collectif fondé sur l’exclusion
La violence produite : effacer les structures à travers l’individualisation
La création d'une identité « autochtone » a permis au colonisateur d'imposer sa domination sociale et de s'approprier les territoires des Premières Nations et des Inuits118. Cette création d’identités, qui a rendu la population malléable, est inextricablement liée à l’exercice du pouvoir colonial. La colonialité du pouvoir s’érige ainsi en véritable source de violence fabriquée, qui s’exerce à travers les mécanismes d’individualisation et de création d’identité.
Ces mécanismes sont à l'œuvre dans la rhétorique du « problème indigène », dont la création permet justement de rendre invisible la colonialité du pouvoir comme source de violence (A). Ces mécanismes se reflètent également dans le CVRC puisque le concept thérapeutique eurocentrique de réconciliation prévaut sur le concept décolonial (B). Cette conception, façonnée par des histoires de souffrance, envisage la réconciliation en termes de guérison individuelle, ce qui conduit à effacer de l’histoire le rôle joué par la puissance coloniale dans la production de cette violence.
La création du « problème autochtone » ou l’invisibilisation de la violence coloniale
Westgate, secrétaire de la Commission sur les pensionnats indiens et esquimaux de la Société missionnaire de l'Église anglicane du Canada, déclarait en 1939 : « Par son grand enseignement l'homme blanc a le devoir solennel d'incarner les plus hautes valeurs du monde actuel. aux yeux de ceux qui sont moins privilégiés que lui, y compris les Indiens », dans TRC, History, partie 2, supra note 94, à la p. 4. Jeannette Corbière, une Anishinaabe de la réserve indienne sans réserve de Wikwemikong en Ontario, a épousé David Lavell, un homme non autochtone, en 1970. En vertu de l'alinéa 12(1)b) de la Loi sur les Indiens, elle a été informée par le ministère des Affaires indiennes Affaires étrangères et Développement du Nord pour avoir perdu son statut juridique d'autochtone144.
Ce n’est qu’en 1985 que cet article a été abrogé et que l’égalité des sexes a été déclarée dans l’application de la loi indienne147. Il est intéressant de noter qu’Andrea Smith identifie la violence basée sur le genre et le contrôle de la sexualité des peuples autochtones comme des outils utilisés par le colonisateur pour les présenter comme des comportements dysfonctionnels et nécessitant donc une intervention de l’État162. Cependant, Smith ajoute que les populations autochtones ne peuvent espérer atteindre le même niveau d’humanité que les populations situées au sommet de la hiérarchie raciale, sans quoi l’État colonial devrait leur accorder des droits égaux à ceux des autres citoyens164.
156 Ibidem, p. 26 ; Dans leur rapport final, les commissaires expriment leur point de vue sur la nécessité pour le gouvernement de reconnaître publiquement la fausseté de la doctrine terra nullius, en plus d'établir un lien entre cette doctrine, la colonisation et la politique canadienne. Par conséquent, même si l’État lui-même est responsable de l’introduction de la violence sexiste dans les communautés autochtones à travers ses tactiques de déshumanisation évoquées plus haut, il est devenu l’institution chargée de protéger les femmes contre la violence domestique172. C’est cette structure qui est à l’origine de la violence contre les peuples autochtones et du système des pensionnats.
Et c’est cette structure qui, aujourd’hui encore, tente de rendre invisible son rôle dans le système scolaire en se concentrant exclusivement sur les histoires individuelles de souffrance et en individualisant le processus de guérison. En choisissant une approche thérapeutique eurocentrique de la réconciliation, elle l'aborde comme une solution au « problème originel ».
La nécessaire « guérison » individuelle ou comment échapper au processus de décolonisation
La violence sublimée : oublier la colonialité à travers la réconciliation
Pour Arnaud Martin, les termes « vérité » et « réconciliation » véhiculent une utopie : voir les relations humaines changer radicalement223. Il affirme cependant que c'est grâce à « l'établissement de la vérité que le pardon devient possible, et ce n'est que par le pardon que les côtés sombres de l'histoire d'un pays peuvent véritablement appartenir au passé »225. A travers le processus CVR, Arnaud Martin affirme que ces deux concepts sont non seulement compatibles, mais complémentaires et même porteurs d'une relation causale226.
Il y identifie les deux missions essentielles de la CVR : d’abord établir la vérité, et deuxièmement, mais d’abord en termes d’importance, s’engager dans la réconciliation, puisque le pardon est considéré comme la « clé de voûte de la société en construction »227. De ce point de vue, c’est avant tout la détermination de la vérité qui dicte ensuite le déroulement de l’expiation. Il devient alors d'autant plus important de s'interroger sur les conséquences du développement d'une « vérité historique », qui émerge d'une sélection bien organisée d'histoires.
En effet, le développement de la trame narrative de la souffrance dans le contexte des violences subies, conjugué à l’invisibilité du rôle de la colonialité du pouvoir dans la violence produite, conduit à l’émergence d’une violence sublimée. Premièrement, elle conduit à l’effacement de la colonialité de l’histoire canadienne, en s’insinuant dans l’établissement de la « vérité » (A). Elle permet alors d'inscrire dans l'histoire du Canada le pardon nécessaire pour qu'il puisse continuer à exercer son pouvoir sur son territoire (B).
Cette violence sublimée, conséquence ultime du CVRC et cause de son échec à parvenir à une réconciliation, semble finalement symptomatique des biais de justice transitionnelle révélés dans ce contexte particulier de colonisation.
Établir la vérité ou effacer la colonisation de l’histoire
Faire de la « vérité » la mission de la CVR fait donc partie d'un processus de validation et de dépassement du passé. En ce sens, les CVR reposent sur une légitimité auto-attribuée de réécriture de l’histoire au nom de la pacification. Cette instauration de la « vérité » repose donc sur la mobilisation des mémoires individuelles, à travers lesquelles la mémoire collective va se constituer.
Or, ce processus d’élaboration de la « vérité » à travers des témoignages devant les CVR a justement la prétention d’y parvenir. Cette « vérité », contaminée par la vision eurocentrique de la thérapie et de la guérison, devient incontestable et collective. Ainsi, les impératifs de « vérité » et de « réconciliation » ne seraient plus incompatibles, puisque cette « vérité » se développe en fonction des besoins de réconciliation.
En revanche, la colonialité du pouvoir, source de violence fabriquée, peut être sublimée dans la mesure où elle parvient à se faufiler entre ses toiles. Mais est-il même possible que cette forme de justice capture l’essence de la colonialité du pouvoir, source de violence fabriquée, dans son processus de développement de la « vérité ». Refusant d’accepter la nécessité de ce modèle d’État pour initier une transition décoloniale, ce développement i.
Cette « vérité » est alors caractérisée par le même ethnocentrisme que la structure de l’État et par conséquent source de violence du fait de la sublimation de la colonialité qu’elle permet. C'est à travers cette sublimation de la « vérité » que la colonialité du pouvoir devient capable de définir les termes de la réconciliation.
Participer à la réconciliation ou inscrire le pardon dans l’histoire Selon Kim Stanton, le nom de commission de « vérité » et « réconciliation »
Certaines limites du CVRC ont été identifiées, malgré son potentiel à agir pour la décolonisation des relations entre les peuples autochtones et non autochtones. Plusieurs de ces difficultés, selon Stanton, découlent des origines négociées du CVRC, plutôt que d'une demande claire de l'État ou de la population250. Le processus de réconciliation nécessite une véritable réflexion sur les sources de la violence et ses conséquences.
À la lumière de cette enquête, nous sommes arrivés à la conclusion que la Commission de vérité et réconciliation du Canada n'a pas réussi à contribuer efficacement à la réconciliation entre les peuples autochtones et non autochtones au Canada. Au lieu d’encourager une transition vers la décolonisation, le CVRC a en réalité accepté la rhétorique selon laquelle la responsabilité de la réconciliation repose sur le pardon individuel. Cette rhétorique émerge de la colonialité du pouvoir et est façonnée par différents degrés de violence qui, combinés, redéfinissent les termes de la réconciliation.
Nous avons d'abord observé la violence subie, qui s'exprime à travers un récit privilégié de souffrance. En effet, cette trame narrative de la souffrance dicte le choix des récits qui constituent alors la « vérité historique ». L’exemple récent de la rupture unilatérale des relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et le Canada est ici intéressant.
Il est donc difficile de mesurer les effets tangibles de la CVRC sur la réconciliation et notamment l'ampleur de cette responsabilité sociale. Certaines mesures donnent de l'espoir pour l'avenir de la réconciliation entre les populations autochtones et non autochtones.