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les architectes d'une histoire au Nouveau-Brunswick

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Academic year: 2023

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however. Since the book focuses on design principles rather than on the details of spe- cific technologies it is about as future-proof as it is possible for a digital history book to be. Instructors who wish to ground digital history in historiography can tailor that aspect of their own course to the contemporary material they plan to cover.

William J. Turkel The University of Western Ontario

David Bastien et Charles Gaucher

Éduquer les enfants sourds : les architectes d’une histoire au Nouveau-Brunswick

Québec : Presses de l’Université Laval, 2022, 192 p.

Il y a toujours lieu de se réjouir lorsqu’un nouveau chapitre s’écrit dans l’histoire des personnes sourdes. C’est particulièrement le cas lorsque l’ouvrage porte sur une population pour ainsi dire « excentrée », c’est-à-dire éloignée, dans ce cas, des centres institutionnels d’éducation des personnes sourdes qu’étaient Montréal au Québec et Belleville en Ontario. Le fait que ce livre est publié en français par des auteurs fran- cophones peut aussi laisser croire que le volume abordera la dimension bilingue de l’éducation dans les Maritimes avec une certaine profondeur. C’est beaucoup deman- der pour une plaquette d’à peine 130 pages en format poche. On devine également que les co-auteurs ont eu à faire face à une documentation éparpillée et peu abon- dante, surtout pour certaines périodes, ce qui explique entre autres l’absence quasi- totale d’information sur les années 1900 à 1960. Toutefois, ce petit volume mérite d’être lu par quiconque s’intéresse à l’éducation en milieu minoritaire parce qu’il défriche un territoire véritablement nouveau, même s’il laisse plusieurs souches au sol; les labours à suivre exigeront donc un effort considérable.

Les co-auteurs, un historien et un anthropologue, ont choisi de diviser leur étude en trois parties. La première concerne les origines de l’enseignement pour les per- sonnes sourdes à la fin du dix-neuvième siècle et la seconde, la vie associative sourde au tournant du vingtième siècle. Ces deux parties ont une cohérence entre elles qui s’explique, dans une certaine mesure, par le fait qu’elles couvrent des institutions néo-brunswickoises dont la création et la disparition se sont étalées sur quelques décennies, la dernière institution d’enseignement aux personnes sourdes de la pro- vince ayant fermé ses portes en 1917. La troisième partie couvre l’histoire depuis 1960, alors que l’éducation des personnes sourdes du Nouveau-Brunswick devient une responsabilité partagée avec la province voisine de la Nouvelle-Écosse, et prend racine dans une institution située à Amherst, tout près de la frontière entre les deux provinces. Les première et seconde parties adoptent une perspective d’analyse plutôt anecdotique, axée largement sur les individus, sur les édifices et sur la géographie de l’enseignement aux personnes sourdes. La troisième partie est davantage analy- tique et creuse des questions axées sur les politiques éducatives et sur les relations interprovinciales.

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Ce volume est d’un intérêt certain pour son caractère pionnier : il cherche à dé- broussailler un nouveau terrain. C’est d’ailleurs son plus grand mérite. On regrette toutefois le manque de contextualisation historique de l’étude. Par exemple, les balbutiements de l’éducation spécialisée pour les personnes sourdes au Nouveau- Brunswick coïncident à peu près avec le développement des institutions ailleurs au Canada, notamment en ce qui concerne la fondation de l’Institution pour les personnes sourdes protestantes à Montréal dans les années 1870. Les auteurs men- tionnent d’ailleurs à quelques endroits les liens avec les institutions d’Halifax et de Montréal, dont les divers éducateurs se connaissaient. Les parallèles entre les difficul- tés auxquelles ont fait face les éducateurs sourds Thomas Widd à Montréal et Alfred Abell à Saint John ainsi que leurs exils respectifs aux États-Unis sont intéressants à constater. Cependant, pour qui n’a pas fait de recherches sur la question, ils ne sont pas mentionnés. Les auteurs n’évoquent pas non plus la crise des écoles françaises et catholiques du Nouveau-Brunswick qui faisait rage au moment où les premières initiatives d’éducation des personnes sourdes tentaient de prendre racine dans la pro- vince; il semble étrange qu’il n’en soit fait aucune mention, alors que les bâtiments des institutions et leurs environs sont amplement décrits.

On aurait également apprécié un examen plus approfondi des réseaux philan- thropiques qui soutenaient ces initiatives éducatives, lesquels s’inscrivent davantage dans la tradition protestante et se distinguent fortement des réseaux ecclésiaux qui dominent l’éducation francophone. Les liens entre les éducateurs et les éducatrices de personnes sourdes s’étendaient bien au-delà des provinces Maritimes. Clarifier ces liens aurait permis de réduire l’impression que le Nouveau-Brunswick était un cas unique. Le titre suggère que le volume parlera des « architectes » de l’éducation des personnes sourdes au Nouveau-Brunswick; cependant, celleux-ci n’opéraient pas en vase clos. On se demande d’ailleurs ce que les programmes d’éducation utilisés dans les institutions mentionnées contenaient, car on n’en fait guère mention, sinon en passant, en se référant entre autres aux écrits de Juan Pablo Bonet datant de 1620.

Finalement, la fondation des écoles néo-brunswickoises se déroulant au beau milieu de la « crise » des méthodes d’enseignement aux personnes sourdes (oraliste versus gestuelle) qui suit le Congrès de Milan de 1880, il est étrange que les auteurs n’en fassent presque aucune mention.

Sur le plan de la présentation de l’ouvrage, on ne peut passer sous silence le contraste entre le style de rédaction et d’analyse des deux premières parties et ce- lui de la troisième. On passe d’un texte portant surtout sur des « grandes figures » principalement masculines et des bâtiments vers une discussion portant sur les ap- proches éducatives et sur les mesures adoptées en soutien aux populations sourdes, en insistant sur les francophones dans un contexte de partage des ressources avec la Nouvelle-Écosse. On devine ici une transition entre le travail de l’historien et celui de l’anthropologue autant qu’une différence d’accès aux sources. Y aurait-il eu lieu de poursuivre davantage le travail de recherche et de peaufinage de l’édition avant de publier? Peut-être… ou on peut penser que les auteurs, ayant fait leur devoir de défricheurs, lèguent ici aux générations futures un premier jet permettant de pousser plus avant la recherche. On ne peut que souhaiter en effet que ce travail mène à Historical Studies in Education/Revue d’histoire de l’éducation

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d’autres études plus approfondies. D’ici là, on peut être reconnaissant aux auteurs d’avoir mené ce travail de pionniers.

Stéphane-D. Perreault Collège polytechnique de Red Deer

Rita Hofstetter et ÉRHISE (Équipe de recherche en histoire sociale de l’éducation) Le Bureau international d’éducation, matrice de l’internationalisme éducatif (premier 20e siècle)

Berne : Peter Lang, 2022, 706 p.

Les membres de l’Équipe de recherche en histoire sociale de l’éducation (ÉRHISE) de l’Université de Genève se sont spécialisés, depuis plusieurs années, sur les questions d’internationalisation, d’internationalisme et de globalisation8. Avec cet ouvrage sur le Bureau international d’éducation (BIE), ce collectif a franchi une nouvelle étape.

Plusieurs questions reviennent souvent au sujet de l’articulation national-interna- tional-transnational. Quel est le degré de perméabilité des appareils scolaires natio- naux? Par quels dispositifs et dans quelles circonstances les processus transnationaux et internationaux agissent-ils sur ces appareils? Quelles sources et quels matériaux archivistiques permettraient à l’historien de se positionner? L’ouvrage en présence répond à ces interrogations en montrant, documents à l’appui, que le BIE se présente bien comme une institution international(ist)e évoluant dans un contexte mondial cloisonné en États-Nations (et en appareils scolaires nationaux) et participant à l’évo- lution de ces appareils en fonction d’un certain nombre de valeurs à universaliser.

Revenons sur le contenu de cet ouvrage. L’excellente introduction signée par Rita Hofstetter et Joëlle Droux s’ouvre sur le commentaire d’une allocution prononcée par le célèbre psychologue Jean Piaget à Genève en 1931 dans laquelle ce dernier, en tant que directeur du BIE, apparaît comme un « diplomate de l’internationalisme éducatif » enjoignant les ministres et diplomates présents à prendre conscience du fossé entre « l’esprit restreint des hommes » et « l’univers internationalisé » dans lequel les hommes doivent se projeter. Plus qu’une simple histoire du BIE, cet ouvrage collectif est plus largement centré sur le projet d’une « socio-genèse de l’internationa- lisme éducatif » dont le BIE est « l’emblème » (20). Si le terme d’internationalisation désigne « le processus de densification des interconnexions et communications trans- frontalières », le terme d’internationalisme renvoie à un processus de « cause à em- brasser » et d’« objectif à atteindre » (25). En cela, la raison d’être, le fonctionnement,

8 En participant à l’organisation de la session 2012 de l’International Standing Conference for the History of Education (ISCHE) (« Internationalisation dans le champ éducatif du 18e au 20e siècle ») et en publiant notamment Globalisation des mondes de l’éducation (Droux et Hofstetter, 2015) et Construire la paix par l’éducation : réseaux et mouvements internationaux au XXe siècle.

Genève au cœur d’une utopie (Hofstetter, Droux, Michel, 2020).

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