Le projet
La solitude et l’isolement social sont courants chez les personnes d’un certain âge, et ce, pour toutes sortes de raisons qui sont le résultat d’interactions complexes entre des facteurs à l’échelle individuelle (micro), communautaire (méso) et systémique (macro).
Or, il y a un réel danger de mésestimer le jeu des forces à l’échelle méso et macro pour s’attarder démesurément aux facteurs individuels. On comprendra donc qu’il ne faut pas laisser les gens mener seuls leur combat contre la solitude et l’isolement, mais plutôt voir ce phénomène comme un fléau social qui impose une approche à plusieurs niveaux.
Le recours à des programmes de liaison communautaire s’annonce prometteur sur ce plan : ces outils stratégiques englobants visent à apporter de l’aide aux personnes souffrant de solitude et d’isolement en les orientant vers les services d’intervention et de soutien communautaire déjà en place. Les agentes et agents de liaison communautaire sont des personnes qui interviennent, dans le cadre de ces programmes, pour faire circuler et rayonner l’information, les ressources et les relations par-delà les frontières culturelles, sociales et organisationnelles. Dans le cas précis de la solitude et de l’isolement social, ces agentes et agents aident à faire le pont entre les individus et les ressources d’intervention et de soutien à la collectivité.
Dans ce projet, nous avons cherché à comprendre comment la littérature savante définit ces agentes et agents de liaison communautaire, quels sont les types de programmes de liaison que l’on rencontre, et quelles sont les incidences pour la population âgée souffrant de solitude et d’isolement social. Le cadre écologique nous semble un outil prometteur pour comprendre les structures individuelles, communautaires et systémiques qui peuvent être soit bénéfiques, soit néfastes quand il s’agit de garder le contact avec les gens et ressources autour de soi.
Surveillance de la capacité limite : indicateurs et cadres pour une durabilité équitable
PUBLIÉE EN JUILLET 2023
Principales constatations
Voici nos constats, à la lumière de la revue de la littérature et de l’analyse des études de cas menées dans le cadre de ce projet au sujet des programmes de liaison communautaire dans le monde.
• Il existe toutes sortes de programmes de liaison communautaire : initiatives de porte-à-porte; suivis de santé par téléphone;
intervenantes et intervenants dans les bibliothèques publiques; prescription sociale; etc.
• Différents termes sont utilisés pour désigner les agentes et agents de liaison communautaire : championnes et champions en santé; pairs aidantes et aidants; intervenantes et intervenants pivots; travailleuses et travailleurs en santé communautaire;
et plus encore. Les programmes de liaison permettent de rejoindre, de comprendre et d’aider de différentes manières les aînées et aînés qui souffrent de solitude et d’isolement social.
• Non seulement leurs désignations sont multiples, mais les agentes et agents de liaison communautaire peuvent aussi exercer tout un spectre de fonctions allant de la ressource intégrée à un organisme public (bibliothèque, établissement de santé) aux prestataires de service en tout genre à la population (ministre de culte, chauffeuse ou chauffeur de taxi). La portée et la définition de leur rôle varient en fonction de l’emploi occupé.
L’initiative Imaginer l’avenir du Canada du CRSH mobilise la recherche en sciences humaines pour répondre à des besoins qui se manifestent au Canada en ce qui concerne l’économie, la société et les connaissances. Elle aide ainsi à orienter la prise des décisions dans tous les secteurs en vue d’un avenir meilleur. La présente synthèse en bref a trait au défi de demain : L’émergence de la société associale.
Le Conseil de recherches en sciences humaines en collaboration avec Emploi et Développement social Canada
SYNTHÈSE
EN BREF
• C’est la prescription sociale qui, de loin, a reçu le plus d’attention dans la recherche. Caractérisée par son lien étroit avec les institutions de santé, la prescription sociale part du principe des déterminants sociaux de la santé; elle se voulait à l’origine un moyen pour les médecins et autres prestataires de soins de santé d’aider leur patientèle avec certains des déterminants en question, comme la capacité à planifier ses finances ou à préparer des repas santé. Comme le nom du procédé le laisse entendre, la ou le prestataire de soins se trouve à « prescrire » une assistance sociale, comme un cours de cuisine ou de danse, afin de répondre à un besoin médical. Si ce n’est pas directement la ou le prestataire de soins qui sert ici d’agente ou agent de liaison, alors cette fonction incombe à une autre personne-ressource désignée par la ou le prestataire dont le rôle est de définir les besoins des patientes et patients, puis de les mettre en relation avec les ressources appropriées.
• Nos recherches ont relevé plusieurs typologies utiles des programmes de prescription sociale, par exemple celle de
Richard Kimberlee qui les classe, en fonction du type d’évaluation des besoins mené, sur la gamme affichage-léger-moyen-global.
À un extrême, l’« affichage » consiste généralement en une simple orientation vers un service ciblant un besoin médical donné, tandis qu’à l’autre extrême, la prescription sociale « globale » implique une discussion approfondie avec la personne pour cerner ses besoins (qu’ils soient d’ordre médical ou non) et s’assurer qu’on la met en relation avec les intervenantes et intervenants communautaires idoines.
Les programmes de liaison communautaire mobilisent les ressources en place et peuvent leur être bénéfiques en élargissant leur clientèle. Il faut aussi savoir que, même si la prescription sociale en soit la forme la plus étudiée, la liaison communautaire ne passe pas uniquement et forcément par les établissements de soins de santé, et donc que les programmes en question peuvent en fait alléger le fardeau de ces établissements tout en créant une avenue par laquelle les groupes communautaires (sociétés privées, organisations religieuses, etc.) et organismes publics (bibliothèques, etc.) peuvent lutter contre isolement social.
Il faudrait que les politiques publiques viennent recenser les programmes de liaison communautaires, créer des pôles de connaissances pour faire rayonner les pratiques prometteuses, et établir des mécanismes de financement pour aider les organisations à créer ou à incorporer des programmes de liaison dans leurs activités.
La liaison communautaire étant une stratégie relativement nouvelle, il faudra l’étudier davantage pour en comprendre les différentes dimensions. Par exemple, comme l’inventaire des besoins se fait par le dialogue, il faudrait éclaircir quels soutiens et formations aident les agentes et agents de liaison à mener des conversations productives malgré la nature souvent sensible des sujets abordés.
Autre défi : l’établissement d’une liste à jour des ressources, organisations et soutiens vers lesquels les agentes et agents peuvent orienter les personnes souffrant de solitude ou d’isolement social. C’est là une démarche qui pourrait être favorisée par la mise en place d’une politique-cadre ainsi que par l’ajout de mécanismes d’accès (p. ex. : transports, technologies de communication).
COORDONNÉES
Albert Banerjee, chercheur principal et titulaire de la chaire de recherche de la FRSNB en santé et vieillissement communautaire au Département de gérontologie de la St. Thomas University : [email protected]
Conséquences relatives aux politiques
COMPLÉMENT D’INFORMATION
Rapport intégral
(en anglais seulement)Le CRSH est un organisme de financement du gouvernement du Canada. Par l’attribution de subventions et de bourses, il soutient les travaux de chercheures et chercheurs qui apportent des éclairages clés sur les défis et les possibilités d’ordre social, culturel, économique et environnemental que présente un monde en constante évolution.
Les opinions exprimées dans cette fiche sont celles des autrices et auteurs; elles ne sont pas celles d’Emploi et Développement social Canada (EDSC), ni du gouvernement du Canada.
EDSC travaille à améliorer le niveau de vie et la qualité de vie de l’ensemble de la population canadienne en faisant la promotion d’une main-d’œuvre mobile et hautement spécialisée ainsi que d’un marché du travail efficace et favorable à l’inclusion. EDSC offre des programmes et des services importants à l’ensemble de la population canadienne tout au long de sa vie.