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L'historiographie française en histoire religieuse contemporaine

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religieuse contemporaine

J e a n - M a r i e MAYEUR

Dans le c h a m p des recherches qui portent sur la période contemporaine, enten-dons p a r là le X I X è m e siècle depuis la fin de la crise révolutionnaire j u s q u ' à notre temps, l'histoire religieuse a pris depuis plusieurs décennies u n e place privilégiée et une originalité v é r i t a b l e ' . O n se b o r n e r a à relever quelques indices significatifs. C'est en 1974 q u ' a été créée u n e Association française d'histoire religieuse c o n t e m p o r a i n e , elle dispose d ' u n bulletin de nouvelles, tient chaque année u n e j o u r n é e d'études. A la fin des années 1970, le C e n t r e national de la Recherche scientifique a créé u n G r o u -pement de recherches coordonnées (ou Greco) d'histoire religieuse m o d e r n e et contem-poraine dont la mission était de fédérer et d ' a n i m e r les diverses équipes d e recherche existantes et d o n t le rôle a été considérable. Actuellement le G r o u p e m e n t de recher-ches d'histoire d u christianisme m o d e r n e et c o n t e m p o r a i n poursuit la voie ouverte p a r le G r e c o . T o u j o u r s au plan des institutions, il est indispensable d e dire l'ac-croissement considérable depuis trente ans, parallèlement à la croissance d e l'enseig-n e m e l'enseig-n t s u p é r i e u r fral'enseig-nçais des postes de professeurs ou de maîtres de col'enseig-nférel'enseig-nces dont les titulaires portent leur intérêt privilégie à l'histoire religieuse et conduisent des recherches d a n s ce d o m a i n e . L e t e m p s est loin où quelques très rares profes-seurs d a n s les Universités se préoccupaient d'histoire religieuse. Il n ' e s t pas supre-n a supre-n t dès lors q u e le supre-n o m b r e de thèses soutesupre-nues se soit sesupre-nsiblemesupre-nt accru.

Des synthèses i m p o r t a n t e s ont tout r é c e m m e n t tiré le fruit d ' u n ensemble de t r a v a u x publiés ou inédits, c o m m e le sont le plus souvent les m é m o i r e s d ' é t u d i a n t s . Il suffira de m e n t i o n n e r l'Histoire religieuse de la F r a n c e c o n t e m p o r a i n e d ' Y v e s

-1. On se bornera à renvoyer aux bilans dressés par Claude LANGLOIS, Histoire religieuse,

in Dictionnaire des Sciences historiques, dirigé par A. Burguière, Puf 1986, pp. 575-583 et Trente ans d'histoire religieuse, suggestions pour une future enquête, «Archives de Sciences sociales des reli-gions», 63/1 (1987) 85-114, et René RÉMOND, L'histoire religieuse de la France au 20è siècle, in «XXème siècle», 1987, pp. 93-107.

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Jean-Marie Mayeur

Marie Hilaire et Gérard Cholvy (trois tomes chez P r i v â t )2, les contributions con-sacrées à la période contemporaine dans l'Histoire du Christianisme (chez Des-clée) ' et l'Histoire de la France religieuse dirigée par Jacques Le Goff et René Rémond (aux éditions du Seuil), la série d'Histoire des diocèses chez Beauches-n e4. Certains éditeurs s'attachent à développer des collections scientifiques consa-crées à l'histoire religieuse, ainsi des éditions du Cerf, des éditions ouvrières, rebap-tisées voici peu éditions de l'Atelier.

Place doit être faite aux publications d'instruments de travail, souvent susci-tées par le Greco du Cnrs. Ainsi en est-il des Matériaux pour l'histoire religieuse du peuple français fondés par le chanoine Boulard, dont trois tomes ont déjà été publiés 5 et qui constituent une irremplaçable publication critique de documents re-latifs à la vie religieuse des diverses régions, dans la ligne des enquêtes du chanoine Boulard. Ainsi en est-il des publications bibliographiques relatives à la piété popu-laire sous la responsabilité de Paule Lerou, ainsi du Dictionnaire du monde reli-gieux dans la France Contemporaine, dont 5 tomes ont déjà été publiés chez Beau-chesne et qui offre des prosopographies des principales personnalités d'un groupe: les Jésuites, les protestants, ou d'une région: l'Alsace, la Bretagne, le Nord. En re-vanche, les éditions critiques de textes et correspondances sont assez peu dévelop-pées, il n'en faut que davantage rendre hommage notamment à l'ensemble des pu-blications relatives à Lamennais et au catholicisme libéral dues à un spécialiste de littérature Louis Le Guillou.

Acte pris de cette vitalité, il importe d'esquisser les grandes orientations de l'historiographie française et de marquer les traits qui font son originalité. Peut-être convient-il d'abord de dire que cette histoire ne se veut pas confessionnelle. Remar-quables sont du reste les termes d'histoire du christianisme, qui embrasse les diver-ses confessions chrétiennes, ou d'histoire religieuse, qui signifie l'attention portée aux confessions non chrétiennes, mais aussi aux diverses manifestations de religiosi-té: «religions laïques», sectes et nouveaux mouvements religieux. Certes un histo-rien est rarement apte à maitriser un domaine aussi vaste, mais il est important que dans le champ nécessairement limité exploré par chacun ne prévale pas une vi-sion confesvi-sionnelle et que soient présentes des perspectives comparatives. Telle est l'approche des volumes de l'Histoire du Christianisme, en cela différents de l'ap-proche de la collection Fliche et Martin.

2. Tome 1: 1800-1880, 1985; t. 2: 1880-1930, 1986; t. 3: 1939-1988, 1988. 3. Tome 12: Guerres mondiales et totalitarismes 1914-1958, 1990.

4. Ce sont des mises au point dues aux meilleurs spécialistes, qui mettent le fruit de leurs recherches à la disposition du grand public.

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Quelles sont les innovations majeures de l'historiographie religieuse françai-s e6. Insister sus celles-ci n'est pas méconnaître l'intérêt dans une ligne classique d'études biographiques, d'institutions, de doctrines, toujours indispensables, mais dire les mutations intervenues depuis plus d'un demi siècle. Peut-être la plus mani-feste est-elle dans la volonté de faire une histoire sociale de la vie religieuse. Il n'est pas inutile de revenir sur l'intitulé de l'article véritablement fondateur de Gabriel Le Bras: Statistique et histoire religieuses. Pour un examen détaillé et pour une ex-plication historique de l'état du catholicisme dans les diverses régions de la France, dans la Revue d'histoire de l'Eglise de France en octobre 1931. Il dit bien l'origi-nalité d'une démarche que doit à la sociologie, à l'histoire sociale et des mentalités: l'école des Annales est toute contemporaine, et qui répond aux préoccupations mis-sionnaires des pasteurs soucieux des origines de la déchristianisation.

La carte de la pratique religieuse dans la France rurale publiée en 1947 sous la double signature de Gabriel Le Bras et du chanoine Fernand Boulard, un aumô-nier de la Jeunesse agricole catholique illustre cette rencontre de la sociologie reli-gieuse historique et de la pastorale. Fondée sur une quête inlassable des comptes de la pratique religieuse, c'est à dire les visites pastorales et l'ensemble des docu-ments accumulés par les clercs, recourant à la statistique et à la cartographie, la recherche issue de l'approche lebrasienne s'est avéré d'une grande fécondité. Elle a rendu possible une connaissance fine de la diversité régionale des attitudes reli-gieuses, du Pas de Calais à l'Hérault, de la Bretagne au L i m o u s i n7 m ê m e si la moins bonne qualité des sources n'a pas permis une m ê m e connaissance de la réali-té urbaine. Elle a rendu possible aussi une description précise des comportements religieux des divers groupes sociaux, paysannerie, classes moyennes, bourgeoisies, monde ouvrier, et de leur évolution. Les travaux ultérieurs n'ont cessé de confirmer les premières hypothèses de Gabriel Le Bras, montrant qu'il n'est pas une évolution linéaire vers le détachement religieux, qu'il existe des remontées de la pratique et de la vitalité religieuse.

Le monde des clercs n'a pas suscité moindre attention que celui des laïcs. Là encore le chanoine Boulard avait ouvert la voie avec Essor ou déclin du clergé français publié au lendamain de la g u e r r e8, étude exemplaire de l'évolution des vocations depuis le Concordat. D'autres études ont porté par la suite sur les origi-nes sociales, la formation, les formes de sociabilité du clergé décrites par Philippe

6. C'est bien pourquoi l'auteur de ce texte a pris ses exemples dans ce qu'il connait le moins mal: le catholicisme français contemporain.

7. On fait allusion ici notamment aux travaux d'Yves-Marie Hilaire, de Gérard Cholvy, de Michel Lagrée, de Louis Pérouas.

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Jean-Marie Mayeur

Boutry dans un ouvrage d'une grande originalité: Prêtres et paroisses au pays du curé d'Ars9. Voici peu également une étude exemplaire par sa rigueur et sa sûreté,

cel-le de Claude Langlois, Le catholicisme au féminin. Les congrégations françaises à supérieure générale au XIXème siècle 1 0 a montré l'ampleur et les modalités de la croissance

con-gréganiste. En revanche, les congrégations masculines n'ont pas bénéficié récem-ment d'étude de cette ampleur.

L'épiscopat a été au coeur de maintes recherches depuis la thèse de Jacques Gadille sur la pensée et l'action politique des évêques français au début de la Troi-sième R é p u b l i q u e " , neuve par sa présentation des théologies politiques de l'épi-scopat, et sa sociologie de l'épiscopat des années 1860-1880. O n se bornera à men-tionner une thèse encore inédite, celle de Jacques-Olivier Boudon: L'épiscopat français à l'époque concordataire. Origines, formation, désignation, qui grâce aux méthodes de la prosopographie éclaire de façon décisive la genèse des élites clérica-les du X I X è m e siècle français. Là encore l'histoire religieuse s'inspire des apports de la sociologie.

L'attention portée à l'histoire sociale de la vie religieuse, aux fidèles et aux clercs pris comme objets d'analyse sociale, s'accompagne, réciproquement, de l'at-tention portée à la place et au rôle des forces religieuses dans l'histoire des sociétés, de l'environnement social du groupe religieux, on passe à l'attitude de celui-ci face à la société globale, et à ses formes d'action, que signifie bien le terme de forces religieuses volontiers employé: songeons à l'utile synthèse pour l'époque d'Aline Coutrot en François Dreyfus, intitulée les Forces religieuses dans la société française 12.

Dans le cas de l'Eglise catholique, un intérêt considérable a été porté à son attitude devant le monde moderne, c o m m e disaient les h o m m e s du X I X è m e siècle. D e très nombreux travaux se sont attachés à définir les tendances, et les familles d'esprit: catholiques libéraux, intransigeants, sociaux, démocrates. L'apport des recherches récentes et particulièrement de l'oeuvre si importante d'Emile Poulat a été de don-ner sa pleine dimension au catholicisme intransigeant, de marquer sa vitalité spiri-tuelle, de suivre le foisonnement de ses initiatives, qui sont aux origines du catholi-cisme social et de la démocratie chrétienne. O n voit mieux aussi que les courants chers aux historiens des idées ne rendent pas pleinement compte d'une réalité com-plexe. Le prix des études biographiques désormais à nouveau à l'honneur est, entre autres, de montrer les limites de clivages idéologiques: une m ê m e personnalité peut

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13. Publications de la Sorbonne, 1990.

14. Cf. notamment Eglises et chrétiens dans la Deuxième guerre mondiale, sous la direction de Xabier DE MONTCLOS, Presses universitaires de Lyon, 1982.

participer t o u r à tour, ou s i m u l t a n é m e n t , d e c o u r a n t s a p p a r e m m e n t différents. C'est ainsi que m a i n t s catholiques intransigeants sont allés vers la d é m o c r a t i e chré-tienne, q u ' e n t r e l'Association catholique d e la J e u n e s s e française et le Sillon ont pu se p r o d u i r e glissements et passages.

U n e orientation privilégiée de la recherche a porté vers la presse et les publi-cations catholiques, les oeuvres charitables, les oeuvres de jeunesse et p a t r o n a g e s , les m o u v e m e n t s d ' A c t i o n catholique générale et spécialisée, le syndicalisme chrétien. Les attitudes politiques ont fait de longue date l'objet d ' u n e attention particulière: les spécialistes de sociologie électorale d a n s la ligne d ' A n d r é Siegfried et de François Goguel n ' o n t pas m a n q u é de rechercher les corrélations entre la p r a t i q u e religieuse et le c o m p o r t e m e n t électoral. A u j o u r d ' h u i encore, et m a l g r é l'évolution d u m o n d e catholique, le taux de p r a t i q u e d e m e u r e , on le sait p a r les sondages, le meilleur prédictif d ' u n vote c o n s e r v a t e u r ou d e centre. M a i s , et ce trait m a r q u e u n e origina-lité du c o m p o r t e m e n t politique des catholiques français, ceux ci ont toujours été at-tachés a u n pluralisme politique de fait, q u ' e x p l i q u e l ' a t t a c h e m e n t au X I X è m e siè-cle a trois traditions d y n a s t i q u e s , légitimiste, orléaniste, bonapartiste; lorsque les institutions républicaines firent l'objet d ' u n e large acceptation, après la p r e m i è r e guerre m o n d i a l e , le vote catholique c o n t i n u a à se p a r t a g e r e n t r e diverses familles politiques de centre et de droite, avant q u e , à p a r t i r des années 50, u n e minorité croissante ne s'oriente vers la gauche.

En r e v a n c h e , la F r a n c e n ' a pas c o n n u , sauf d a n s les années qui suivent la Libération, avec le M o u v e m e n t républicain p o p u l a i r e , u n g r a n d parti politique d ' i n s p i r a t i o n c h r é t i e n n e . S o m m e t o u t e , les idées d é m o c r a t e s chrétiennes ont c o n n u un g r a n d succès, non les partis d é m o c r a t e s chrétiens, m a i s l'étude de ceux ci peut être le révélateur d ' u n e nébuleuse c o m m e l'a m o n t r é la thèse récente de J e a n -C l a u d e Delbreil: Centrisme et démocratie chrétienne. Le parti démocrate populaire des origines au MRP. 1919-1944 1 !.

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Jean-Marie Mayeur

fait l'objet d'études approfondies. E n revanche, les formes d e la vie religieuse pen-d a n t la guerre, et aussi le p r e m i e r conflit m o n pen-d i a l , ont m o i n s retenu l'attention.

Les rapports de l'Église et d e l'État, si longtemps objet privilégié d ' é t u d e s , sont passés au second plan. C e p e n d a n t depuis p e u plusieurs o u v r a g e s , d u s à des juristes, ont décrit l'administration d e s cultes et le fonctionnement d u système

con-cordataire au long d u X I X è m e s i è c l e1 5. L a p r a t i q u e d u régime d e séparation, abordée également p a r les juristes, réclame u n e é t u d e historique d ' e n s e m b l e . Peut-être l ' a p p r o c h e institutionnelle a-t-elle été négligée p a r les historiens attentifs d ' a b o r d au social, à l'influence d u social s u r le religieux, à la prise e n c o m p t e d e «la m a r q u e d u p h é n o m è n e religieux d a n s le devenir des sociétés» (Michel Lagrée).

Cette d é m a r c h e vers u n e histoire socioreligieuse a sans d o u t e été u n des traits les plus r e m a r q u a b l e s d e l'école historique française depuis u n d e m i siècle, et l'esquisse présentée ici p o u r la période c o n t e m p o r a i n e p o u r r a i t s'appliquer aussi bien à la période médiévale et m o d e r n e (du X V I è m e a u X V I I I è m e siècle), m o i n s peut-être a la période d e l'antiquité chrétienne, en partie d u fait des sources. Cette orientation constitue u n acquis r e m a r q u a b l e . Il d e m e u r e c e p e n d a n t essentiel d e re-chercher et d e retrouver la spécificité d u religieux. L ' e t h n o l o g u e M a r c e l M a u s s , disciple d ' E m i l e D u r k h e i m d o n t il était le n e v e u , observait e n 1933: «Nous avons fait trop d e p r a t i q u e et p a s assez d e mythologie et d e représentation». Aussi bien a-t-il paru indispensable, c o m m e d u reste Gabriel L e Bras n ' a v a i t cessé d ' y inviter, d'aller des pratiques a u x croyances et a u x représentations.

Deux voies se sont offertes. D ' u n e part u n e attention plus vive a été portée à ce q u ' o n convient d e désigner sous le n o m d e «religion populaire». L e concept a suscité maints débats. L e médiéviste Michel Mollat a p u faire r e m a r q u e r à b o n droit qu'il n e fallait p a s opposer d e m a n i è r e systématique la religion savante et la religion populaire, q u e d a n s la religion des élites p e u v e n t être présentes d e s formes populaires d e la piété. U n m a î t r e de l'anthropologie religieuse, q u i a exercé u n e in-fluence profonde, Alphonse D u p r o n t , préférait le t e r m e d e religiosité populaire 1 6. Il voyait en celle-ci u n e religiosité vécue p o u r son c o m p t e , q u i veut apaiser et capter les forces surnaturelles, d u sacré, d e l'irrationnel, q u e l'Église se soucie d ' é p u -rer. Il y voyait aussi les débris d ' u n e culture traditionnelle orale et gestuelle. Cette religiosité est enfin u n e «popularisation», u n e interprétation populaire d e la religion des clercs.

15. Cf. Brigitte BASDEVANT-GAUDEMENT, Le jeu concordataire dans ta France du XIXème

siè-cle. Le clergé devant le Conseil d'Etat, préface de J e a n Imbert, Puf, 1 9 8 8 ; J a c q u e s LAFON, Les

prêtres, les fidèles et l'État. Le ménage à trois du XIXème siècle, Beauchesne, 1 9 8 7 ; Jean-Michel

L E N I A L I ) , L'administration des cultes pendant la période concordataire, préface de Claude G o y a r d ,

Nouvelles éditions latines, 1 9 8 8 .

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Sans d o u t e les historiens des X I X è m e et d u X X è m e siècles ont-ils été m o i n s portés à scruter les manifestations d e la religiosité p o p u l a i r e q u e les spécialistes du M o y e n - â g e ou de l ' é p o q u e m o d e r n e . C e p e n d a n t les pèlerinages, la petite litté-r a t u litté-r e d e dévotion, les cultes p o p u l a i litté-r e s , les ex voto litté-retiennent désolitté-rmais leulitté-r attention.

U n d e u x i è m e c h a m p d'investigation porte sur les croyances «officielles». Cet-te histoire s'est toujours faiCet-te, m a i s a p u p r e n d r e la forme d ' u n e description des doctrines théologiques, insuffisamment insérée d a n s la réalité historique. D ' a u -tre p a r t les historiens, ni philosophes, ni théologiens, ont parfois q u e l q u e diffi-culté à traiter de la pensée religieuse, des c o u r a n t s théologiques. Aussi importe-t-il de m a r q u e r l'originalité des t r a v a u x d e l ' a b b é C l a u d e Bressolette sur M g r M a r e t , le d o y e n de la Faculté de théologie d e la S o r b o n n e , q u ' i l a situé d a n s les dé-bats philosophiques et théologiques de son t e m p s entre traditionalisme et rationa-lisme, et d o n t il a défini l'ecclésiologie, d a n s la ligne d u gallicanisme m o d é r é1 7. Faut-il redire la dette d e tous les historiens vis à vis de l'oeuvre m a j e u r e d ' E m i l e Poulat. Celle-ci s'oriente d a n s plusieurs directions, mais en son coeur elle part d ' u n e interrogation sur les d i m e n s i o n s et le sens d e la crise m o d e r n i s t e . Etienne Fouilloux a éclairé les c o u r a n t s d e la théologie catholique d u X X è m e siècle p a r ce révélateur q u e sont les controverses et les débats sur l ' o e c u m é n i s m e et l'unité des C h r é t i e n s 1 8.

L'histoire de la spiritualité, elle aussi m a l g r é sa spécificité, ne saurait être sé-parée de l'histoire. C ' e s t a travers le m i r o i r d u livre religieux q u e C l a u d e Savart a, d a n s u n e é t u d e q u a n t i t a t i v e rigoureuse, établi la m o n t é e d e la spiritualité ultra-m o n t a i n e au X I X è ultra-m e siècle 1 9. C ' e s t à travers l'histoire de la construction du Sa-cré C o e u r de M o n t m a r t r e q u e le Père J a c q u e s B e n o i s t2 0 a fait revivre u n e dévo-tion m a j e u r e du siècle, en m ê m e t e m p s q u ' i l décrivait les milieux de laïcs et de clercs associés aux origines de la Basilique. Sans d o u t e cette histoire, c o m m e celle de la catéchèse, de la prédication, de la p r a t i q u e sacramentelle q u i s'affirment a u j o u r d ' h u i , est-elle la plus difficile. M a i s on ne se lassera pas d e redire qu'elle est indispensable à la c o m p r é h e n s i o n en p r o f o n d e u r des réalités religieuses. Des crises

17. Claude BRESSOLETTE, L'abbé Maret. Le combat d'un théologien pour une démocratie chrétien-ne, 1830-1851, Beauchesne, 1977, et Le pouvoir dans la société et dans l'église. L'ecclésiologie politi-que de Mgr Maret, dernier doyen de la faculté de théologie en Sorbonne, Cerf, 1984.

18. Etienne FOUILLOUX, Les catholiques et l'unité chrétienne du XIXème au XXème siècle. Itiné-raires européens d'expression française, Le Centurion, 1982.

19. Les catholiques en France au XIXe siècle. Le témoignage du livre religieux, Beauchesne, 718 p. 20. Le Sacré-Coeur de Montmartre de 1870 à nos jours. Spiritualité, art et politique (1870-1923),

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Jean-Marie Mayeur

comme la crise de l'Action française (sur laquelle se termine un ouvrage impor-tant), la crise lefebvriste, trouvent leur principe d'explication dans les théologies et les spiritualités. L'historiographie religieuse française a depuis plusieurs décennies exploré avec succès les voies de l'histoire socio-religieuse. Elle ne saurait pour autant négliger des approches classiques, en renouvelant les méthodes et en recou-rant aux acquis venus de l'histoire sociale et de l'histoire des mentalités. Elle gagne-rait aussi sans doute à porter son attention de façon moins privilégiée vers les réali-tés françaises pour s'enrichir par une perspective comparative.

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