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Rente, salaires et profits

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(1)

inBL1.0T1l?-A. Uî:Ni.:RÀL

UN1V'.E'.RS1ilÂ1l Dt. LOS AN1>1:8

:tXL'l.BR

lS

:B1llL1ü'T.El;A.

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:E.RO

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los Andes

RICARDO

Sistema de

Bibliotecas

(3)

21

95'

-88

.. � CorbeiL Imprimerie Creté.

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Universidad de

(4)

D.HICARDO

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los Andes

Sistema de

Bibliotecas

(5)

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Universidad de

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!J los Andes

P. BEAUREGARD

RICARDO

nENTE, S.ALAIRES ET PROFITS

Traduction revne par M. FORMENTIN

PARIS.- G�I�LAIUUN

ct

Ci•, U,

rne Richelieu. -�-•• JI- '. '"'-= .�

Sistema ee-­

(6)

ri\1

Universidad de

l

'

!J

los Andes

----

.-INTRODUCTION

David

Hicardo fut un homme heureux autant que 'remarquable; « son h

i

stoire, a dit J. Mill, offre un exemple bien encourageant: il avait tout à faire ct il remplit sa tàche. » C'est q n'avec une volonté énergique il sc trouva cloué de facullés qui trop souvent s'excluent, possédant au plus haut degré le sens pratique cu même temps que l'esprit de système le plus résolu. Cet écrivain auquel, même en l'admirant, on a souvent repro­ ché de raisonner à

p1·io1·i,

sans tenir un compte suffisant clcs faits et de leurs multiples aspects, fut d'abord un habile praticien et commença par faire fortune à la Bourse. Né à Londres, en 1778,

Daviù Hic

a

rdo était le

fil�s

établi en Angleterre, et que des opérations financières avaient enrichi. Il n'avait reçu qu'une ii·1struction élémentaire, car, après avoir étudié pendant deux ans dans une ésole de llollande l'art ÙLl commerce ct de la spéculation, il prr­ nuit part dès l'ùge de quatorze nns aux niTaires de son père. lllais s'étant,

mnlgré

la volonté

pa-Sistema de

Bibliotecas

(7)

Il INTI\ODUCTION.

·teruel le, converti au christiani�me, il est

oblige

\1

de se séparet· ùes siens et. se tro uve, à peine

âgé de vingt ans, livré à ses

·

propres ressources. Dans cette situation difficile il ne désespère pas;

il sait faire apprécier ses rares aptitudes; la sû­ reté de sou jugement, la sagacité de ses vues lni valent des appuis précieux; il prend part à ùes opérations très lucratives, ct à vingt-cinq ans possède déjà plusieurs millioJlS. ll se recu

e

ille alors, refait sou éducation négligée et s'aventure

�'abord

sur le terrain des sciences physiques et himiques. Mais

bientôt

l'ouvrage d'Adam Smith om

b

e entre ses mains et lui montre sa voi

e

· le ce moment il se co

n

sacre à l'étude de !'éco� nomie politique. Dix ans plus tard, en 1809, il ommencc à écrire,

et

sa réputa

t

ion ne fait dès lors que grandir. Ses doctrines sont bientôt acceptées comme articles de foi, seules

e

nsei

­

gnées eu Angl

e

terre; à la chambre des com­ munes, où il entre en 1819, o

n

le consulte on' l'o

b

lige. à parler ch�que fois qu'une ques,tiou économique e�t en Jeu. En même temps, sou aient, la bonte de sou cœur et la pro

b

ité de son caractère lui conquièrent les plus précieuses amitiés. Il vit dans l'iulimité de J. Mill et de Malthus, il est eu correspondance avec J.-B.

Say,

un cercle d'économistes se forme autour de lui· enfin, quand il �1eur

t

en 1823, à l'àge de cin� quunte et uu ans, les hommages les plus tou­ chants sont r

e

ndus à s

a

mémoire. " Je n'ai ja­

mais tant aimé qu

e

lqu'un eu dehor�a

-m

Universidad de

l

'

lJ

los Andes

JNTI\ODUCTION. Ill

fQ.IDille », dit Malthus en apprenant la mort de Ricardo. Quant à J. Mill, cet

t

e mort lui causa la plus grande douleur cju'il ait éproLJvéc. " Peut­ être, écrivait-il dans le Mo1·ning Chronicle, aucun homme enlevé à ses amis ne leur a-t-il jamais fait sentir aussi vivement qu'ifs perdaient en lui

un des plus grands biens qu'il soit possible de posséd

e

r. Sa douceur unie à sa fermeté, son indulgence tempérée par la prudence, inspiraient à tons ceux qui étaient liés avec lui une affection et une confiance que ne ·sauraient concevoir ceux qui n'ont pas connu un caractère de cette perfection. »

·

li

Comme on le voit par cette biographie ràpiule, la carrière de Ricardo nenseu r et écrivain

(ut

as�ez courte. Aussi ses ouvrages ne son

t

·ils pas tres nombreux. Il ne se décidait d'ailleurs qta'à

?

rand'peine à é�rire; tcès sévère pour lui-même, tl redoutait le Jugement du public; sa ti�té a cet égard n'avait d'égale que la hardiesse de sa

pensée.

Peut-être aucun de ses écrits n'aurait­ il vu le jour sans les encouragements de ses amis. L'autorisation de publier son premier ou­ vrage sous forme de lettres lui fut eu quelque sorte arrachée par M. P

e

rry, propriétaire et directeur du Mol'nin,q Ch•·onicle, et s'il écrivit ses Principes de l'économie politique et de l'im­ pôt, ce fut surtout. pour obéir, aux exhortations

Sistema de

B i b l i otecas

(8)

1V INTRODUCTION.

tle son ami J. i\lill. " Ce livre, a écrit .1.-8. �lill, n'aurait jrrmais p:Hu sans les enco.uragements de mon père, car Ricardo, le �plus modestf' rles hommes, quoique fermement convaincu de

ln

vérité de ses doctrines, sc croyait si peu capable de les exposer et de les développer qu'il·recu­ lait devant toute idée de publicité. "

Ricardo a presque toujours écrit sous ]P. coup des événements et des polémiques qu'ils

soule-\

t

vaient . Toutes ses œuvres, sauf une, sont de!' di:sertuti.<{ns, brèves mais lumineuses, sur des SUJets qUI agitaient l'opinion publique.

Son attention fut naturellement attit;éc 1out d'abord par les questions d'ordre financier. Les problèmes de la circulation monétaire �t du commerce de banque prenaient alors en Angle­ t�rre, du fait des événements, un relief excep­ tionnel. Engagé dans une formidable lutte av1:c la France, fomentant à prix d'or les coalition<

?

e l'Et�rope contt� elle, menacé dans sa vi

mdustnelle et commerciale par le blocus

cont'-{

n_:nta

.

l, ce pays voyait en vingt-deux ans

(

d

e

ldl3

a

.

181�

)

sa dette publique s'élever de {)mil­ lt�r_ds a v10gt et un, et depuis 1 i9ï il était au regtme du �ours forcé. Dans celte situation p1·é­ eatre.les crtses étaient fréquentes. Celle de

180!1

t

fut

une violence inouïe : une hausse extraor­

dmatre des prix survint brusquement, accu­ �nlant les ruines et suscitant les controverses.

� eEt

al��s que parut, clans le Mol'llÙl_r; Chronicle, premwre lettre de Ricardo. Peu après,

rtlpre-ri\1

Universidad de

l

'

!J

los Andes

INTRODi;CTION. v

nant ses idées et donnant à leur exposé une forme plus méthodique, il publiait sa brochure: Le haut p1·ix des lingots est une p1·euve de ta déprécia'ion ile.; billets de banque. 11 y démon­ trait que la hausse des prix était une consé­ quence de l'abus des émissions. Sa connaissance approfondie du change lui per:nettaitd'accumuler

·

des preuves saisissantes

à

l'appui de son asser­ tion. La ·baisse du change, en effet, encourageant

(

la sortie du numéraire, pouvait seule expliquer l'élévation subite des prix. Elle avait, en 1809, dépassé 15 p. 100; elle était évidemment anor­ .Ulale et l'çxistencc d'un papier-monnaie déprécié pouvait seule en rendre compte. Hicardo m0n-

trait qn'en clehürs de ce cas les fluctuations du cours

du

change ne sauraient dépasser les frais d'importa'tion o.u d'exportation des monnaies ou lingots nécessatres o.ux payements.

La

démons­ tration était convaincante, l'œuvre fit sensation. Des hommes éminents, comme Huskissoo, Can­ uing, Henri T!wrlon, approuvèrent Hi cardo; �'lallhus, déjà célèbre, prit son parti dans un ar­ ticle de la llevue d'Édimbourg; au Parlement, un comité spécial fut. chargé d'étudier la qneslion cl, sur le rapport de i\1. Borner, proposa une série dP. résolutions reproduisant en substaucc les conclusions de Rica!'do. �lais les rési5tances furent vives aussi; elles le furent assez pour que la Chambrù des communes repoussat il une gl'Unde majorité les mesureg proposées. Ces attaques obligèrent Ricanlo à insister sur ses

(9)

VI , 1:-ITRODUCTI0:-1.

idées. An premier rang de ses adversaires se trouva

i

t �1. Bosaoquet

.

,, Sa grande expérience

commerciale, dit Mac Culloch, prévënait d 'abord en sa f:weur et l'on fut vivement frappé du ton avec lequel il annonçait, dans ses ObsPI·vations p1·atiques, que ses propositions contradictoires il celles du rapport n'étaient que Je résultat de l'épreuv� expérimentale qu'il avait fait subir aux théories du comité. Cependant son triomphe ne ùura guère ; Hi cardo ne craignit pas d'attaquer

l

sur

son propre terrain et avec ses propres armes

1

ce formidable antagoniste. C'est eu 1811 que p.arut sa deuxième lléplique aux Observations pra­ l•ques.

D

ans ce pa.mphlet, Hica.rdo passe en revue toutes les preuves alléguées par son adversaire pour établir la prétendue discordance entre l'expérience et les principes énoncés· dans son premier ouvrage et claus le rapport du comité· il fait voir que M. Bosanquet était dans l

'

erreu

pour les faits qu'il

a.vait

pds comme pierre de touche de la théorie, ou bien que la discordance n'était qu'apparente et

n

'

attestait que l'inhabileté d�ns l'application du p

r

incipe. La victoire de fltcardo fut complète

,

les erreurs de fait et de

j

c1 e�press1on

éduction de i\l. Bosanquet ne servirent

,

selon du Dr Copleson, ·qu'a mettre eu lu­ nuere les talents de l

'

écrivain sorti des rangs pour venger la vérité .

.,

.Teh; furent. les débuts de Ricardo dans la SCience. Il n

1

abandonna pas du reste

pur la suite ces éludes sur les questions de finances,

fiD

Universidad de

los Andes

INTRODUCTION. VIl

de

m

onnaie et de Banque. Eu 181G il publiait

ses p,·o�ositions row· une circnlation 1110/.!étaire

l

économtque et sw·e, œuvre dans laquelle tl con-

1

seillait de déclarer ·les billets de banque conver­ tibles contre des' barres d'or ou lingots de poids et de pureté étalonnés. Il espérait prévenir ainsi les abus d'émission de papier sans que l'or fùt mis en circulation

,

et obtenir une monnaie qu

·

(

eùt présenlé toutes les g

ranties d'u�e monnai

�L

d'or saus en exiger les fra1s. En 1810, ll flt encor paraitre un Essai sw· le système des dettes conso­ lidees et sur l'amortissement, vrai chef-d'œuvre

d'analyse et de dialectique. Il Y déuo�t les dau-ge_ss de J'organisa.tion du fonds d'amorl!sse ment "

:el

us p

r

opre

,

disait-il, il accroître les dettes et les charges d'une nation qu'a le� alléger et à leF faire dtsparaître . ., Il

y

recherchaiL auss1 les

meilleurs pro

c

édés il employer pour faire face

!

aux. dépenses publiques pendant la paix et pen­

dant la guerre. Enfin, en 1823, da.ns les derniers temps de sa vie, il profitait âe la clôture de la session du Parlement pour achever le Plan d'une banque nationale dont Je_.�anu� crit fut retrouvé­ dans ses papiers et publte apres sa mort.

Mais, si Hicardo s'intéressa toujoms aux pro­ blèmes d'ordre financier, il ne s'y absorba point. Sans parler encore de son grand ouvrage, nous avons de lui deux dissertations sur un sujet bien différent. La question du prix des blés, du libre échange et de la protection s'était imposée à ses méditations, comme elle s'est i

m

posée a

Sistema de

B i b l iotecas

(10)

\ïll 1:-ITROD UCTIOii.

celles de tous les grands économistes. La prati­ que économique de l'Angleterre était alors

pro­

tectionniste : on restreignait ou l'on encourageait l'importation suivant les oscillations des

prix.

Malthus, dans deux de ses ouvrages

(1),

avait. approuvé ces tendances

,

Hi cardo le prit à partie. Précurseur de Cobden, il s'efforça, dans son

eSsai

Slll'

l

'

in7luence ait bas prix

des blés Slll'

les profils du capital,

de tracer à l'Angleterre la voie qu'elle devait suivre en lui montrant

les avantages de la liberté commerciale. Ces avantages, !t v.rai dire, il ne les aperçoit pas complètement,

car,

dominl> par ses idées sur Je

s<.laire, il pense que l'abaissement du prix dcg blés entraîne nécessairement un recul propor­ tionnel tle celui de la main-d'œuvre

.

. -Mais il signale avec foree" l'accumulati!Jn des copitaux ct le prog

r

ès des indm

:

tries fécondes " qui doivent résultP.r d'une meilleure distribution des fo�ces productives. Sans doute, dit-il, " si le pouvoir législatif se décidait à adopter un système défi­ nitif relnlivement au commerce des céréales, s'il autorisait une liberté Jl'échanges ·perpétuelle, uotre pays deviendrait indubitablement et régu­ lièrement un pays importateur;"" mais, ajoute­ t-il avec raison, ce résultat serait encore excel­ lent, car il serait dCt à la su

p

ériorité de notre ri­ cheosc et de notre popnlalion, comparées à

( 1) Rechc,:clws su.r _la natw·e el les p1·ogrès de la 1·e11te; et : Bases dune OJnnwn sw· la léyülation

1'cstrictiue des Importations des bles étranger1.

m

Universidad de

l

'

!J los

Andes

I:'iT110DUCTION. n:

celles des nations voi�ines, et à la fertilité de uotre territoire. C'est seulement., en èffet, lors­ qu'un pays est relativement riche, lorsque, ses terres les plus fertiles déjà sollicitées par la culture la plus habile, il se trouve conduit 1\

exploiter

.

les terrains inférie.ur

;

_pour _Y puiser

sa nour

r

iture, lorsqu'en un mot tl a ttré de la fertilité originelle du sol ·tous ses avantages, c'est alors que les importations de blé deviennent favorable�. ,, Au système qu'il préconise Hicard

ne ·voit qu'une objection: le danger d'un arran ge.ment f!lli fera

t dé pen

dr� du

dehot·s

. la m/ljcur partie des subsistances d un

�a y�

.. Ma1s de pa re ill es craintes lui paraissent chtmertques. On ne tloil pas redouter l'insuffisance des récoltes dans les aut

.

res payo, car la ùemand.e perma�enle fat

le�

par l'Angleterre suffirait amplement a assurer un développement convenable de la culture _à l'étranger. Quant aux risques de guerre_, " J_e suis persuadé, dit-il, que nous ne serons Jama��

r6duils à de pareilles alternatives, et q�'en dépt_t . de la "Uerre les pays étrangers persisteront a verser" sur nos marchés le blé qu'ils auront cultivé pour notre consommation. A l'époque où J'hostilité de Bonaparte était à son comble.,

où tout cotnmerce était prohibé, où une

ma�-vaise réc

.

olte avait renchéri nos pri�, il perm1 d'exporter du blé en Angleterre ct dtsl!

:

tbua des licences à cet effet. D'ailleurs de tels évenet�1ents n'éclatent pas tout à coup, uo danger nu_sst ter­

rible s'annonce toujours par des pressenltments,

(11)

x INTRODUCTION,

et on saurait sans doute lui opposer de puissantes p récautions. Serait-il donc sage de créer des lois enlièremP.nt destinées à prévénir des maux qui p eut-être n'éclateront jamais? ,

Plus tard, dans nn au

t

re ouvrage i

nt

itul

é

:

De

la p1·otection accoi'Clée à l'agricultw·e, Ricardo reprit les mêmes idées et les résuma dnns des conclusions formelles et.·précises. " Il faut, dit-il, ( se déterminer a restreindre graduell ement I'in­

L

juste protection dont on couvre l'agriculture. Le systèm e que no us devrions adopter·, en ces temps de �alamité, c

on

si

s

te a concéder au cu ltivateur na­ tion al le monopole de notre marché jusqu'a u mo­ ment oü le blé aura attein t 70 shillings le quarter. A partir de cette limite , les nouveaux règlements devraient négliger toutes les évaluations de prix fixes et de moyennes, et frapper d'un droit de

20 shillings pur quarter l'importation du froment.,

Mais, ajou te-t-i l , " si nous nous arrêtions a ces · mesures, qui constitu ent déj<i en eliP.s-mèm es un beau progrès sur notr·e législation actuelle notre œuvre serait bien incomplète. D'un autr

côté, il serait téméraire et violent, dans les cir­ constances actuelles, d'enleve r tout d'u n coup à

l

ia terre de vastes capitaux. Je proposerai donc de ré duire d'un shilling chaqu e année, et jusqu'à ce qu'tl soit descenùu a la m oitié, le d roi t pro­ tecteur de iO shillings. " - Comme on le voit Hicardo, si ferm e qu'il soit sur les

pr

inci

p

es, n

se montre pas réformateur intransigeant. Ce qu'il veut, c'est, en tenant compte des droits acquis,

ri\1

Universidad de

l

'

!J los Andes

INTRODUCTION. Xl

introduire aussi promptement que possible unP­ sage liberté dans l e commerce des céréales.

On sai t commen t, plus tard, ces idées arri­ vèrent à prévaloir en Angleterre et que les faits confirmèrent d 'une façon éclatant

ë

les prévisions de Ricardo.

Ill

Les œuvres dont n ous venons de parler sont du plus grand mérite. Si l'on peut contester l'excellence de quelques-uns des plans d'orga'ni­ sation qu'on y rencontre , on ne peut qu'admirer la force et la pénétration d'esprit qu'el les révèlent. Bien plus que dans le. grand 01n•rage dont il nous resle à rendre compte, on y tro uve ce pré­ cieux assemblage d u sens pratiqu e et de l'esprit scientifique que nous avons signalé en Ricardo. Admirablement instruit des faits, il les analysP

et

les serre de près, mais c'est toujo urs à l'aidr des principes qu'il le� interprète ct qu'il prépare ses c onclusions. Voulant démo ntrer que le haut prix des lingots est une preuve de la dépréciation des billets de banque, il commence par exposer les lois du change; p o u r apprécier le r égime protectionniste, il cherche avant tout ce que l'ou doit entendre par " le prix rémunérateur " des !Tavaux agricoles. C'est toujours ai

n

si qu'il pro­ cède : quand il aborde les faits, les principes ont été

préalablement é

tab

l

is, il n'y a plus qu'à rapprocher

les

uns des au tres. Ces 'disserlatiom,

Sistema de

B i b l i otecas

(12)

Xli

il faut les lire si l'ou veut comprendre l'influence qu'a exercée Ricardo sur les événements de son époque. Vrais modèles d'application des règles de la science aux incidents de la vie écouomique d'un ,peuple, ces écrits, cie même que ses discours, elevaient être et étaient accueillis co.mme ceux d'un maitre dout l'iulelligence supérieure éclaire toul ce qu'elle touche.

;<

Ce n'est pourlanl pas à eux que Ricarrlo doit la place qu'il occupe aujourd'hui au premier rang des initiateurs .:le l'économie politique. Soit qu'il eût trop clairement raison, soit que les sujets traités aient perdu de leur intérêt au cours des temps, ou ne lit'ptus guère ses petits oLivrages, et les principales conclusions qu'il y a défendues sont acceptées comme vérités certaines sans que l'on éprouve le besoin de rappeler son nom.

L'une de seg œuvres, le livre des l'ri11cipes de l'économie politique el de l'impôt, a éclipsé les autres,

ct

c'està elle que l'on souge instinctivement quand ou parle de Ricardo.

Cet ouvrage, malgré so� titre, n'est pas un

traité complet d'économie politique. Ricardo y �orne ses recherches au,1;._phénomènes e'tâiiXTois de la distribution des richesses. Mais on sait que les diverses parties de la science économique

sont étroitement reliées entre elles, et Ricardo

envisage sou sujet a,•ec assez d'ampleur pour que

les plus importantes questions de cette science se p

r

ésentent à sou examen. Il n'est pas seul�menl question, dans son livre, de la rente, du profit et

fiD

Universidad de

los Andes

I�TRODUCTI0:-1. X!U

dDs salaires; l'importation et l'exportation, le commerce colonial, la monnaie, les banques, etc., y sont également étudiés, et, fidèle à sa méthode, ce u'estjamais qu'après avoir exposé e.-.;l!1'o(.:sso les

principes de ces théories, que Ricardo montre comment elles intéressent l'objet principal de ses recherches. On a dit au;;si, avec raisou, que les idées maîtresses de ce Hvre n'étaient pas uouvelles quand il parut. Adam Smith avait déjà désigné le travail comme la source de toute valeur ééhan­ geable, Turgot avait formulé la loi du salaire naturel, et la théorie de la rente avait atteint un haut d<;gré rle précision dans les écrits successifs de J. Anderson, de West et de l\lalthus. Mais il n'importe, car l'originalité de l'auteur des Pl·in­ cipes réside moius claus les idées que dans leur

tïiise en

œuvre. Son grand mérite est d'avoir sy�tisé. Au coursd'uue

�s

itioiïSêiTée,

qui reste claire jusque dans l'extrême abslracliou,

il

a groupé et essayé de réooudre, à l'aide

d'un

· principe unique préalablement établi, les plus imporlanls problèmiJs .:le la distribution des ri­ chesses. -Adam Smith n'avait pas fait cela en

!écrivant

ses lleche1'ches. Son line, admirable à tant de points de vue, pt'ésente un regrettable mélange de considérations théoriques et de con­ sidérations pratiques; les digressions y sont

fréquentes

el l'unité de principes y fait défaut. Quant à Malthus, ses écrits

sont

suggestifs et · pleins de faits, mais, trop préoccupé des appli· cations immédiates, il généralise peu el parfois

Sistema de

B i b l i otecas

(13)

XIV INTRODUCTION.

1

se �ontredit. R

i

cardo fut donc le premier, au moms_ en Angleterre, qui s'efforça de dégager

j �

es prmcipes et_d'emontrer le lien pour aboutir un ens�m?It;rJgoureusement scientifique." i\Ion but, écnvail-11, en 1820, à Malthus qui lui avait r�pro�hé d'abuser de l'hypothèse, mon but était

?

élu�1der des principes, et, pour y arriver, j'ai

1m_agJ_né des cas qui indiquent l'opération de ces prmc1pes. ,

Son livre est d'ailleurs fortement construit. Il s'ouvre par un exposé de la théorie de la valeur

:

con

s9

te

que, pouuresque tous l

n peut distinguer deux prix : leur

�pnx

courant, prix effectif déterilliné par l'offre et la_ demande, et leur p>·ix natw·el, vers lequel

le pr1x. courant tend à revenir dès qu'il s'e

n

est

carté. C�s deux prix méritent également une

etude attentive; mais l'auteur, se proposant de dégager les tendances permanentes plutôt que les causes des fluctuations quotidiennes, nous. avertit que dans la suite de l'ouvrage il ne s'occu-pera que de la valeur naturelle et du prix qui y corresp

o

nd. Or, la valeur naturell!,j'un objet se �.rès Ricardo

,

à la quantité de tra

il

n

ire. En

s'ëiPrTmant

amsr, Ricardo,

à l'exemple d'Adam Smith, donn

au

mot t•·avail un sens extraordinairement exteu­ SJf, entendant parl�r aussi bien du travail em ployé sous forme de capi

t

al circulant et de capital

fi�e,

que du travail de directi

o

n et de la main• d œuvre.

C'est

d'ailleurs à A

d

am Smith qu'il

r7\l

Universidad de

{

'!J

los Andes

lliTI\ODUCTIOX. xv

emprunte sa doctrine sur la valeur naturelle, mais non sans modification. Il s'approprie cette

phrase de la démonstration célèbre d'Adam Smith:

" Le prix réel de chaque chose, ce qu'elle coùte réellement à la personne qui a besoin'de l' acqué-rir, est l'équivalent de la peine et de l'embarras

qu'i l a fu.l lu pour l'acquérir .... Il est tout simple que-ce qui est d'ordinaire le prodnit de deux journées ou de deux heures de travail vaille le double

de-ce qui n'exige ordinairement qu'un jour

ou

une

heure de travail. " lllaisil reproche à Ad�mith <.l'être

tombé

duns une co!J!!:AQiction flagrante en

admettant tout à la fois, comme mesure de la valeur,"

a

uantité de travail .fixé dans pro-

tluction d'une c

o

se

ntité de tra"l'ilil que cette chose peut ache ter .

,

Ces deux quantité�, en e

îf

et, dit Rlcarëlô,"'sont souvent inégales, car

la seconde éprouve, quand le prix des denrées

se m

o

difie, des altérations que ne subit pas la première. li e

st

donc impossible d'accepter à la fois les deux affirmations d'Adam Smith, il faut choi

s

ir entre elles. C'est ce que fait Hicardo, et, pour rendre

sa

pensée plus nette, il intitule comwe il suit la section par laquelle il débute :

"

La

valeur d'une marchandise, ou la quantité

ùe t

o

ute autre marchandise contre laquelle elle s'échange, dépend de la quantité 1·elative de lNL­ vail nécessaire pow· la p1·oduù·e, et non de la ·•·émun_ération. pt:us ou

m�ins (

o>'le accor

ée à l'ouv>•zer. " Amst, pour Rtcardo, la quanttté de travail nécessaire pour produire un objet en

dé-Sistema de

(14)

:XVI l>'iTROIJ UCTlO:\ .

J

term i n e la vale u r natu relle, et los augmentations o u abaissements qui peuvent s n l'\·enir d an s Je taux des s

al

aires ue modifient pas cette valeur. Tel est l e p rincipe di recte ur dont i l poursu it ·ensu i te l 'application à la rente, a u x salaires et a u x profits.

')(

Le prix na turel des sulJsi>lunccs, dit Ricardo.

Qbéit, malgré les apparences, à- la loi générale

:

La pl upart des pr

o

pri

é

t

a

ir

e

s fonC-iers, il est v rai, perçoi\'eut, o u tre l'intérêt d es ca pi tau x i ncor­

porés a u so

!

, u n e

1·enle ,

qui n e corresp

on

d ft

a u c u n travai l ,

ei

a n l payée pa r l e fermi e r pour obtemr le droit • d ' e�p l o i ler les fac u l tés pro-· ductives e t i m périssabl es du sol. , !l'fais l a re nte n'Influe as su r le r ix naturel

�e

s.

Toutes les terres, en effet, ne proc ui>eu pas d e ren te

:

cP!les-Ià seulem ent j o u issent de cel avan­

tage q u i ne sout p

a

s au dernier raug parmi to utes c e l l e s Jont la rn i8e en c u l ture est nécessair

e

,-, !'alimentation d u

m

arché . It ue sa

u

rai

t

d i t R I ­

carùo, Y avoir, ; u r un m.ème marché, q

' u n seui

l

pnx pour t

o

u

t

es l es marcha ndises d'ùnc mèm e

sortr, et ce pl' i x est

d�rn

i n é , 12.QQ_r-les produ i ts

a

g�

es, pa

q qan t i té d e trU\'ail e m p

l.Q.ti!

e à

l�

oductwu s u r Ies�e

s de dernière catégori e ; C <J r 1 1 fu

uT1il

e o payer a u x c u l ti vateur"S(j()

ces terres u n p r i x q u i les r

é

mun

è

re d e leurs t rava u x , s ous peme de les Y O i r renoucer Il la c

u

lture

.

1�

_efertiln r

é

es

u

, ltvendant e q ue c e u x dont les terres l e u rs procl u i l s au mêsomne

t

pins p ri x ·que les autre�, p erçoivent un bénéfice cxccp

ri\1

Universidad de

{

'

!J los Andes

Œ T!\ O D UCTI O :" . XYLJ

lion ne!, une rente. Mais on voit clai rement que celte re

u

lc n'in tl ue pas s u r le p rix ùes deurées. Co m m e l e el i t Hi cardo , l e blé n'est pas che_!' parce

q u e le propriétai re per

ç

oit u n e re nte

,

la ·:rente est perçu e parce que l e blé est cher !

u t progrès ag:ricol e t e n d - il a i.lbaisser l e t a u x des �e:;, parce qu'i rend moins nécessaire I'exploi

talion des ten

.ai n s d e m a uvai.�e q u al i té ;, tandi que

�e s

de la populall on ten d. a 1 élever, parce qu'il risgue de provoque!' Je fa i t m verse­ Seul , t ' éq uilibre sc

'illü

iuten ant cn'lre ces deu x_ te u d ances permettrait d'éviter une hausse-pro­ gressi ve du tau x des subsi�tanccs c t des. rent�s , m ais Ricardo d ésespère, à cet rgi.l r d , de 1 avenu-. Sau f e n d e s péri odes exceptionnelles, l'augi.ncn­ talion de l a p o p u l ation d

é

p

as

ser

a

, peuse-l-11,

!,�

rapidité d es p erl'ectionncmel) ts agl'icoles, ct

· pur con séq u ent , si l

'

a

rgent avait u ne valeur l llva­ riable, l e s rentes tendraient toujo u rs a la hausse

dans un é tal d'accroissement p l':>gl'essif d e l ,

richesse et de la population. » Celte élévation de la rente et du p i·i x sistances e n traîn era n écessairement cell e des sa­ laires.

"

Le travail, en e fJet, ainsi q u e toute d10ses qu'on p e u t acheter on v e n d ra et dont

�·

q uantité p e u t a ugmenter o u d i m i n u e r , <-� n prl.'l; na/u.rel .

..

, Ce prix natu rel d u travml est, Reloi Ricardo, le salaire qui " fou rnit aux ou vriers e général l e moyen de s u bsislc r el de perpétuer

leur espèce sans accro issemen t n i dimi n ution. ' D è s lors, il dépcnLl nécessairem e n t d u co

ù

t des

(15)

XVlll INT R O DUC T IO N.

d enrées nécessaires à la vi e de l'ouvrier et doit

en suivre les progrès. La hausse progressive des · sal�ires est doue certaine, mais ou voit qu'elle sera se ulem ent apparente , nominale et non réelle. Hicardo va même plus loi n : po u r qu e la hausse de

s

alaires fût proportionn elle a l'augm entation

(

d u prix des blés

,

il fau drait, dit-il

,

que l'accrois-

sement de la population fût contenu dans de j u stes limites. Comment espérer q Ll'il en soit ainsi? « Dans la marche naturelle des sociétés, affirm -t-il , •le nombre des ouvriers conti n u era de croître 'a

rès

une rogres

iou u n éti plus

ra

2.\

d e que celle de la d e mande d e br

a

s

.. ,.I.Q_uvx;!er

re��P.

OU

r son sa�aire,

rn is ce salaire vaudra m o i e blé. Q u an d le

prix du b é haussera de 1 0 p. 1 00, les salaires hausseront toujours dans une proportion moin: .dre . . . et la condition de l'ouvrier empirera en général, tandis que celle du proprié taire foncier s'améliorera. ,

Cependant cette hausse, illusoire et même né-

faste du· salaire

,

suffira

pour abaisser Je taux d es profits. Les salaires et les profils sol!!, d'après Ricardû;lndissolublement liés : tout ce q u i élè v e ou a b

.les uns, diminue o u accroît

es autres. Or, la valeur des pro duits ne pou-. 9 v,ant, d'après sa doctrine fondamentale, s'él ever

w

· ant que la qu antité de travail nécessaire p our

es obtenir reste la même

,

l'entrepreneur n'aura aucun moyen de s'indemniser de la hausse des salaires. Si, par exemple, u n manufacturier

em-rl\1

Universidad de

t

'

lJ los Andes

m;ruonucnoN. X I X

pl oyait 3000 livre s dans sa fabrication, i l serait

forcé p ar l a hausse des sa l

a

ires d'augmenter son capital pour t>tre à même d e continuer son entreprise; p o u rtant l a ven te de ses marchan­ dises n e lui rapporterait rien de plus qu'au pa­ ravant. Ses dépenses a u gmenteraient donc pen­ dant que le revenu

brut

de sou industrie œst-. -'!'ait stationnaire, et la parr qui lui reviend mit

(

dans ce revenu diminu erait au moment même

{

où il

s

erait obligé d'employer un capital plus

considérable. L�usse

d�

lai

res

,

dans

Iuen-l

(

l

sée de Il.icardo, doit donc abaisser le taux des p�iits j usqu 'à la limite an dela de laquel l e l es cap ital1stes, découragés, cesseraient d'épargner. En résu m é , lhcardo entrevoit da ns l'ave n i r la hausse progressive d e s rentes, l'élévation elu

rix d u trn.

_vai l ,

pl uJA!!.e.

s_e

;,

par l�n du co u t de la v1e,-et la dJ01J O U · \,W.n graauelle d u"Tââi'JW) es]ï.DïfitS. Cc SÔÔt la aes éventualités redou tables, m ais auxquelles il fa u t d'avance se résigner. On pe u t s e u l e m en t essayer d'en retard er l a réali sation par de hons consei ls donnés à la classe ouvrière. « Tous les amis de

(

l'humanité, dit R i c a r d o , d o i v e n t d és i r e r q u e

les

r

classes laborieuses cherch e n t piLÎ'lout l e b ten­ être, les jouissa

n

ces l égitimes, et soient p o ns-

(

sées par tou s les prOcédés légaux à les acqué rir. , C'egt le moyeu d'enrayer le développe ment excessif de la population . i\lalheureusement, les tendances de la législation anglaise lui parais

­

sent être en opposition directe avec ces

prin-Sistema de

B i b l i otecas

(16)

:x: x I I< T R O D U CT ! O i'\ ,

l

cipes. Les res trictions à l'importation des cé­ réales ont nécessaire m en t p ou r effet d'élever l a · rente en m êm e temps que le prix des blés , et l es lois sur les indigents, multipli

a

nt sans me­ su re les mariages

,

supprimant toute prévoyan ce, "' P'"""' q'"

"

mio oc '" •ioh" '""' '"''iohi o

les pau vres. ,

Les chapi tres q u e nous venons d'analyser, q u i sont l e s premiers d u livre

,

e u constituent l'es­ sen ce

:

i l s tracent u n e théorie généro.le de la distrib u tion des richesses. Les autres, inté­ ressan ts et no

�1

br

.

eux, mon tren t comment les actes' d es gouvernemen ts et le s réactions. écono­ nJ i q u es spontan ées favorisent ou entravent le

jeu

des princi pes. On en trouvera l'énum6ration il l a première des table s de matières placées ,·,

la fin de ce petit volume:

IV

Ce l i vre Des p>·incipes de l'économie politiq ue de l'impôt était bien sombre ; il n'o ffrait aux b ommes qu'une accumulation . des plus déso­ lantes prophéties. Et cependant, quan d il paru-t, en 1 8 1 7 , le succès qu'il obtint fut pro d igieu x . Ce fu l un événement, i l sembla que l a -science éco­ noç:liqu e y fût pour la première foi s rév élée . Il y eut bien quel ques résistance. M althu s se tin t sur

la

réserve, et notre J.-B. Say combattit éner-giquement quelqu es-unes des théories de H i­ ' card0. Mais les critiques reslère ut peu

nom-ri\1

Universidad de

l

'

lJ los Andes

INTRODUCTI O N . x : u

hreu s c s

t passè�ent presque inaperçues au mi-

heu ù e 1 a p p l a u dissem ent gén

é

ral

.

" En 1 8 1 8 ,

dit de Q u i n cey

(

1

)

,

u n a m i m'envoya l e l i vre d e ·

�M.

Ricard o , e t, m e rappelant mon anticipation prophéti q u e d e

.

l

'

appariti on d'un législateur pour· ... cette sc1ence , j e m'écriai , avant d'avoir terminé, l e p r e m i e r chapitr e :" Tu es l'hom m e 1

.,

L'ad mi­ ration �t la c u_riosité i n t e l l e ctuelle é tai e n t mortes

en m o1 d epms longtemp s, mai s ces é m o tions se· réveil l è re n t . J'admirai, e t j e m'étonnai d 'être .capab_l e de faii·e l' effort

de

l a l e c t u r e , et je m'é­

tonnai e n core plus du l i v re l u i - m ê m e ·etc. » J . Mil

!

, e t , à sa s u i t e , les pri n cipau x écono mistes anglms

,

se déclarèrent l es discipl es de Hi carc

.

lo .

1

L a doctrine devint o?·til ocloxe e t l

'

on fu t tenté de mépriser ceux qui osèrent y contredire. L e s u c-

.

cès ne fut pas éphémère , car J'œuvre est dem e u­

:ée

cl.

ssique _ e t l'on p e u t dire q u e , depuis 1 8 1 7 J u squ a nos J O u rs, l'histoire d'u n e importante

­

p ortiOn de l'

é

conom i e politique a été l'histoire··

m è m e du livre de Hicardo . ,

. Pourt�n t, si re marquable q u e soit ce livre,.

Il_

est lom_ d'avoir subsisté dans son intégrité.

A près le reg� e incontesté, l e s critiques ·son t v e ­ n ues _et la sc1�nce n'accepte pl u s auj ou rd'h u i les­ théones de Ricardo que s o u s l e s p l u s expresse& réserves .

Le

sociali s m e n'a pas été é tranger il ce m o u ­ vement de réaction . R i cardo, eu effet, to u t a u

(t) Con(essio11s d'un manyeut· d'opium.

(17)

X X l i 1 :-; T n O D t.:CTJ O N .

\

s

o

uci d'un enchaîn emen t régulier d'idées, ne s'était pas préoccupé des con c l u s i ons q u i pou­ vaient ê tre tirées d e son livre. Il n'av

a

it pus mis en question lu légiti mité d'une o rganisa tion !>O­ ciale qui, d'après l u i , condam nait l 'ou vrier à la

misère et enrichissa i t l e propri é taire foncier au

m ilieu de l a ruine généra le . n i a i s ce q u'il n 'avait p

a

s fait, d'autre

d evaient l e fai r e , et le

jour

où des écrivains allemand> d ' une é ru d i t i o n subti l e s'emparèrent. dn soci.t fism e p o u r en fai r e u ne th éorie aux n l l u re s scien tifiq u es, Hicardo devi nt le

u

r pr

i

s

o

nnier.

l�larx

ne se lHrrn a pas it abuser de la théorie d e Ricard o s u r l a vale

u

r

pour

deman d e r q u e l e pro duit fü t �tou t entfërii.I'Ouvrie r ;

Iu.IOfdu

salaire nat u rel de­ vint lu " loi d'aira i n " • la théon e cl'J l a ren te

fut dénoncée comme lu co n d a m wt l i o n tle l a pro­ pri é té fon cière, e l le l i�n étr

o

it é t a b l i pm· R i canJ o, entre les salaires et l e s profits scn i t à d é m o u­ trer.q ue l a part d e l'en trepre n eu r e st injus te­ ment prél evée s u r l e s pro d u i t s d u l mvai l de

l'�uvrier.

Récem ment encore

,

un h ri l l ant polé-

mt ste, M. H en ry George, reprenai t l a t h éorie de la rente et s'en faisait une al'me c

o

ntl

'

e la pro­ priété i m mobi l i ère. I l n'est pas étonnant que l es

économistes,

ennemis réwlus tlu soci a l i s m e . n i e n t senti l e besoin d e soumet tre à une ré v i ­

sion

attentive d e s do<;tri nes a u s si com promet­ taules.

I l ne fau d rait cependant pas exagé rer e l croire que le besoin de se défendre contre le

socia-rfil

Universidad de

l

'

!J los Andes

1 N T R O n U C TI O N .

lisme s

oi

t l a seule cattse d es résistances q u'ont

rencon trées j itt.l i s el que rencontrent a u j o urd'h u i

l es théories d e Hi c(lrd o . J . -B . Say, B astiat, Carey , ·.l'ani res e n c o re , l e > a t ta q u aient bien avant l'ap­ pari tion du livre de K arl Marx. Et comment, de nos j o uro, con ti n uerai t- o n it ense igner des doc­

tl'i n e s que les fa i t> orlt form e l l e me n t tlémen lies ? -I l est en e ifel c c r : ai n qu e, dans tous l e s p ay s ,.

co u t r a i remcn t a u x prévisions d e

Ricardo,

l a

1

l

h a u sse des s a l ai res a été c

o

nsitlérable depu is nue

centaine

d'atm�

h�e e t non pas si m ­ plement apparente , q u 'un p e u t est

i

me!' en France à 4 0 o u 50 p 1 0:> au mo

i

n s, d é d uction

'

(

faite de l'augm en tati o n de prix des suhsistances. Le sort de l

'

o

uvrier s'est donc amélioré d'une façon d u rab ! � ; le travai l l e u r m a n u el n'est plus

r é duit a u sa lai r•J strictement i n Llispensable p o u L' q u 'i l puisse v i vre et se perp é tuer ; l' épargne lui est

P.erm i s e e t i\l�ror- Beaul i e u

un �

raison que Ricardo, en vou lan t définir le salail·e nattt1'el, n'avait défini qu e l e salaù·c minimum. li s'en fa u t b i e n aus s i cru e la rente ai t s u i vi la p ro-.

1m

gr

êmc

essi o n ra p i cl e qu'annonça i t Hicar d o ; i l n'est

pas s ù r q u'elle ait auc u nement hau ss é . Les fermages, sans, d o u te , se saut élevés. I ls ont tri pl é en A ngleter re d e 1830 ù 1 8 7 5 , i ls ont clou­ blé

en

D"lgique Llans le m è m e t e m p s , ct e n Fr&:;. se i ls o u t hatt>sé 1 l e 1 1G p. 1 O:J Lie t 1:>0 à 1 8 ; 3 . Mais bien des rai;ono p e u ve n t e ,; p J i q u e r

ces fai ts : l a mise e n c u l tu r e d e terres no u vel les, l'acc u m u l ation croissaute des capita u x incorporés·

Sistema de

B i b l iotecas

(18)

.l: X I V L\ T BOU lJCT I O N •

au sol , la dépréciation grad u e l l e d es mon­ naies , e tc. , el l'.ou est en droi t de d o u te r si, les d é d u ctions convenab les u n e fois faites, il res­ terait po u r la rente quel q u e chose d e s augm

eu-�

f

-Lutions constatées. Enfin,

'il est vrai q u e de nos j ours les profits tendent à baisser en même temp� qu e les salaires s'élèven t , n e doit- on pas voir là un effet des progrès de l'i nstruction qui multiplient les offres du trava i l de direction'

. ! N 'a-t-ou pas c onstaté à certaines époq u es, en France pa� e xe m p l e de 1 850 à 1 865, q u e

)e�re-\)

fils po uvaient s'élever extraord i n aireme t sans

que l e laux des salaires ces sût d e croi tre ? If est doue certai n que les doctrines de Ri· ·cardo n'ont pas l a portée qu'il leur attribuait, el

l'?u

est ��ené à se demander pourq u oi , ayant bte� _cho1�1 son point de départ, cet i m p eccable .logtcten n a pas atteint son but.

L'idée fondam entale de -Ricard o e u effet n'est

·pas f�usse, comme on l'a si souv

nt rép é

;

é. L a. théone de la vale ur naturell e n'est, eu somme,

·sous u ne forme abstraite, au tre chose q u e la théorie, auj ourd'hui générale men t acceptée , d es s�ction. Il n 'est pas chiméri q u e , qu oi qu'on en ait dit, ?'admettre que, dans un pay s � où chacun prodmt en vue de ven dre1 le prix �·co urant de chaqu e objet tende à s'identifier avec -- son prix de revient; car s'il restart Iou

glempsatl-1

·dessOUil

le

produ cteu r serait déco u ragé , et s'il pou vait se m aintenir à un tau x s u p érieu r le \P rofit exceptionnel qui en rés ulte rait activerait'

m

Universidad de

l

1

!J los Andes

J:;TI\O D U CTIO:'<l. x x. v

lu concu rrence.

1� se�

�meul r�ett!lb� ue

Hicardo ait enfermé dans uu seul mot, le mot

t>7Wàir,

l'ensëilllll e des frais de pro d uction ; 1 ! est regrettab1e au ssi qu'il ai t, dans la dis tribu­ tion des chapitres d e son livre, scindé l a théo-·

rie de lu valeur, rech erchant d'o.hord les é .l é-

menis de la vale u r no.turelle et relé<>uanl dans un chapitre trop éloigné l' étude de 0 l a valeur courante . Ces imperfections o n t profité aux social istes. C'est gràce a elles q u e Karl l\larx u pu rê ter it Hicard o , q u i ne l'o. · a m ais eue, cette

IJ,

pensée qu e ou te valeur vient du travail manuel.

r

Mais, co réalité , ce ne sont là, o.u point de v u e

{

scientifi que , q u e des fautes vénielles ([ u i n'ont

pu

entralner aucune erreur dans Jo. suite de l'ou vrage.

Pour no us, les exagérations de Ricardo vien­ nent de sa méth o d e et de la nature de son

e

s

-

.�

prit. Il serait i nj us te de prétendre que cet homme a u sens pratique si dével oppé n'a pas ten u compte des faits : i l les· connaissait ad mirable­ men t , et ceux dont il était témoin en AncrJete r re

au

mome11t où il écri vait n

pou,•aien

t

q u e le con firmer dans se s vu es. On serait plu tôt dans le vrai en lui reproch ant d'avoir exagéré l'im--.. portance des faits qui l'entouraient sans prévoir ­ les changem ents profonds qui se préparaien t. Ai -mant la déd u ctio n , pl ein d e confiance j;]ans la

1

fo rce de sa logique, Ricardo avait besoin pour ses raisonnements de données précises el im­ m uables ; il a volm;tliers pris pour tel les c e lles

Sistema de

B i b l iotecas

(19)

XXI'! J.'\ T R O D liCTI O :\' .

qt1 'il avait choisies. !liais, d u m è rn e c o u p , il a supprimé t o u tes les chances heureuses que l'a­ venir peut réserver à .l'h umanité. Les progrès

possibles de l'industrie el d e l'art agricole

,

la mise en culture de pays encore inexp l orés , la sages>e ·progressive des i d é e s e t des acles

,

touL cet inconnu d'où dépend en gran d e partie l e

bon heur des hommes , il

l'élimine

d e son sys­

tème économique par cette affirmation malthu-sienne : " Dans l a marche naturell e d)ls sociétés ...

\

l e n o m bre �v_riers continuera à s'a.ccroi tre d an s u n e progression n o peu pl us rnJUde que

ceÎ!e

d e la demande. » ·

·Er, en eii'ët, si l

s res­

s o u rces gue l'h umanité peut t.ro u v c

.!:_i

ans la

.

·

o

êt

e

lente du globe e t dans les pro

&!:.Q

s

de

t9.11s_genres, si seulemen t l'on admet qu� ces tes-

sou rces ne sauraient abonder assez vile pour dépasse r ou to u t a u moins ba

l

ancer l'au gmen­ tation de Jo. populati o n , l es conclusions d e Ri­ cardo s'i mposent. La classe o u vrière e s t néces­ sairement réduite au salaire minim u m , les profits baissent ou devie nnent stationnai res, les prix des su bsistances s'élèvent et avec eux le

taux

des rentes. Carey a bi

e

n dé m ontré , i l

est

'([ai, que chaqu e nation, loin de commenc

érp

ar cultiver, comme

le

di!;ait Ricardo

,

le s te rres les· meilleures pour ne venir aux moins bonnes q ue sous ,l e coup de la nécessité, suit précisé ment J e proce�sus inverse. El� alta� d'�a� terres lesptrrS légères , l'exploit

a�

dc�_Jl h1 5

� - -

--

-ri\1

Universidad de

l

'

!J los Andes

1:\TRODU CTJON . X X VIl fertiles demandant une puissance de m oyens qui n

M

'acqufëîT qu'à la \�gue

.

On serait tent

l

' d'en concim·e que l'accroissemen t de la popula

­

tion n e peut rencontrer aucun obstacle dans un

d!:au t de productivité du sol . M ai�, comme l'a. justement fü.i t observer J .-S. M i l l , la théorie de llicardo vise le s peuples avancés, eL ceux-la on

accompli l'évolution. Toutes les terres d ont ils disposent son t d e pu is longtemps mises en va­ l eur ct, tan t qu e l'art agricole ne p

ogrcsse pas les suppléments dont on a besoi n n'y peuven� être ob tenus qu'au prix d'une augmentation de capital pl u s q u e proportionnelle.

Ricardo a donc subi l'influence �s.

L?­

giqu em eu t , e t po u r être !i d èle à ses procédes de co m pŒsition habitu els, il aurait dù placer en tête de son ouvrage, p our lui servir de fonde­ ment au mème ti tre que sa théorie de la valeur, u n e démonstration de la loi de l a population. 1 1 ne l'a pas fait, jugeant sans doute inutile.de re­ prendre l'œuvre cie Malthus; mais il lient

l�

principe pour établi et l e rappel le sans cesse a l'appui de s es solu tions. Là est le défaut de son

l

livre , l à est aus

i sa force. Ses théories ne sont vraies q u e dans une hypothèse, mais dans .une. hypothèse dont l a réalisation , to ujours possib

e,

'

cl t l'humamté

constitue le plus grand dang<Jr ·on

soit menacée.

�aurait,

en

e

!I

et, porter su l a doctrine de Malthus un jugement absolu. Nou s. ,;omm es auj ourd'hui rassurés, et pourTongterops, gràce a u x resso urces immenses que nous

ré-Sistema de

B i b l iotecas

(20)

:Jl X Vlli 1 :-I TH O D U<.:TlON.

{

servent les puys n e u fs ; m ais un jo u r viendra où, ces ressou rces ta

r

ies, l'homme n ' aura plus à c o mpter que s u r l u i · mêm e : q ui p e u t prévoir ce

qui se passera ? D'ailleurs, m ê m e de nos j ours, .si certains peuples, comme l a France, so utrrent d'un ralentissement excessif dan s le mouve m ent

1

des naissances, d'autres, comme lu Belgiq u e , surtout CO.!_n m e l'Irlande, sgnt dans une situa­ tion précisément i

n

verse. Enfin, n e suffit-il pas

Ü

d'une politiq u e douanière rét

r

ograde pour isoler u n peu p l e e t le pla ce

r

dans une situation voisine de celle q u 'a supposée Ricardo ? Ce n'est .Jonc pas en vain q u 'il a remué tant d'idées,· soulevé

l

tant d e probl èmes. Son liv

r

e ne restera p a s se u ­

lement comm e u n m odèle d'analyse économi· que : essentiellement s u crgestif il déga ae assez de vérité pour s'impose

à l'a

te

nt

io n

d

e ceu x qui pensent ( ! ).

RAUL BEAUREGARD. (1) Yorez, pour de p l u s amples l'ensei"nomcnts nos ()bscrvat1ons sur la théorie de la re� tc.

Infi·a,

p. 85 'ct 55,

ri\1

Universidad de

l

1

U los Andes

A V ERTISSEMENT

Ne pouva

n

t publier dans son e

n

tier le livre des P1·incipes

d�

l'Économie politique et de l'im­ pôt, nous avons essayé de mettre en relief

�es

théories essentiel l es qu'il contient. Ces théones sont c

e

lles : d e la valeur, de la

r

e

nte, des sa­ laires e t des profits. Là,

n

ous l'avons dit, est J'essence d e !'œuvre; le reste contient des déve­ loppeme

n

ts sans doute intéressants, ·mais que l'on peu t sacrifier avec moins d'inconvéments. Dans ces conditions, il nous a paru avantageux de grouper les divers chapitres ayant trait à .�n mêlUe sujet, sans tenir co

m

p

te du rang qu Ils occupent dans l'ouvrage de Ricardo. C'

st

alOS�

que nous ra

p

procho

n

s du chapitre p re nuer, qu

traite de la val eur naturelle, le chapitre J V qu t concerne l a valeur courante . Dans l'œuvre de Ricardo,

ces

deux-fragments sont

sépa�·és

par deux autres consacrés à la r

e

nte. Il Y a la, selon

nous, un d é faut de composition ; en le rectJllant nous cro yon s ren d re service au !\l aitre e,n

mê�e

temps qu'aux lecteurs . D'autre part, la théo11e

(21)

X X I. AYERTIS SEMEXT.

de la rente fa it l'obj e t d e plusi� urs chapi trtJs. Dans sou deuxiè me chapi tre, l'a u te u r én once sa doctri n e , puis, à l a fi n du Ii vrè, dans les chapi­ tres x x 1 v e t x x x 1 1 , i l 1' oppose aux idées d é fe n ­ d ues par Ad. Smith et p a r Malthus. C e t te dispo­ siti on s e comprend très h i e n d an s u n e œ u vre com plète ; elle n'a p l u s de raison d'ètrc dons une ant1Ï ologie. Il y a pour l e l e c t e u r u n iutérèt évident a tyo u ver gro upés tous l e s d éveloppe­ ments cousacrts par Ricardo à l a wême théori e .

t�o u s d i visons d o u e no tre p u b l i c a t i o n cu q u a­ tre parties :

Pre m i è re partie : Théori e de la vale u r ( Prin ­ cipes, ch. 1 ct 1v).

S e co n d,; partie : Théorie de la rente (Princi­ pes, ch. Il, X X I V el XXXII).

T roi s i è m e partie : Théorie du so l aire (Princi­ pes, ch . v) .

Q uakièuJ e part'e · Tl · · · . I · 1 e o r1e des profi ls (P1·m

Cipes, C h . VI

ct XXI

)

.

• Happcl ons d '.,i l t c u rs q u e la tab le cl 8S m atières

d u,l J v re de

HicarJo

est re prod u i te à l a fl u de ce vol u nJc, ù.; m au i è re ù pcrmel lt·e au lecte u r de

�cco•:stilucr

�isément

·l a série d es i d ées dé\'c­

oppécs pal' 1 a u teu r.

(

P.

B

.

)

ri\l

Universidad de

l

'

!J los Andes

PRÉFACE

DE L'AUTEUR

Les pro d ui ts de !tt te rre , c'est-a-dire tout oc que l'ou r e l i r e de sa s u r f<\Ce par les efforts com­ bin é s el u travai l , des m achines e t de5 capitaux , �c par t age en lr<l les t rois classes suivantes d e lo co m m u n auté, savoir : l e s propriélai t·es [o uciers:__ -les possesse u rs d e s fon ds qu

·

d

es

capitaux né­ cessai l'c s p o u r la cul ture de la terre , - les tra­ vai l l e u rs qu i la cultivent.

Chacune de ces classes aura cepe llllunt , selou

l'état de la Civilisation , une part trèS L1ilférenle

,lu prod u it total de la terre sous le uom de rente,

de profits d u capital el de salaires, et ce.t

e part

dé·pe.ndra , à chaque époque de la fertihté des

terres., de l'accroisseme n t elu capital et d e la p

o-pulation du .._ ' talent de l'habileté , des cu ltiv1 .;lleurs, • 1 enfin d es instr u m ents e m plo yés dans l agncu

-turc.

Déterm i n er l e s leis qui règlent cette distrib�­ tiou , voila le principal problè m e en économie politiqu e . El cependant, quoique Turgot, Stuart

Sistema de

B i b l i otecas

(22)

Xl:Xll PRÉFA CE D E L'AUTE U R .

Smith , Say, Sismondi et d'autres au teurs nien t répandu beaucoup d e lumière sur_ cette sci ence,

-leurs écrits -ne renferment rien d e bien sati sfai-' Mnt sur la mârche naturelle des rentes, d e s pro­

fits et des salaires.

En 1 8 1 5 , Ja véritable doctrin e de la rente fut p u bliée à l a fois par M. Malth u s, dans un écrit in titulé : Reche?·cl! es sur la natm·e et les p1·o,qrès de la ?'ente, et par un membre ùu collège de J ' U­

niversité d'Oxford dans son Essai suT l'emploi du c(lpital en agriculture. Sans u n e conn aissance

pro fonde de cette doctrine, il est i mpossible d e eoncevoir les eJJets de l 'a ccroissement de la ri ­ 'chesse s u r les profits et les salaires, ou de sui vre

•l'une manière satisfaisante les eJJets des impôts sur les difl'éren l es classes de la société, surtout

' l orsque les choses imposées sont des produits immédiats de l a terre. Adam Smi t h , et l es au­ t�es écrivains distingu é s dont j 'ai fait mention, u ayan t pas envisagé avec j u stesse le princi p e de l a rente, ont, ce me semble, négligé beau­ co up de véri tés importantes, dont ou n e p e u t ac­ quét·ir la connaissance qu'après avoir appro fondi la natu re de la rente .

Po ur combler ce vide, il fau d rai t , j e le sais, avoir u n talent bien supérieur au mien ; mais, après avoir m é d ité profondément sur cette ma­ tière, après avoir profité de tout ce qu'ont écri t les auteurs distingués déj à cités, et après le grand

n o m

?

re ù e faits précieux que l'expérience des dei·mères années a fournis à la génération

ac-m

Universidad de

l

'

!J los Andes

PRÉFACE D E L'AUTEUR . xxx m. tue l l e , j ' o s e espérer qu'on ne me taxera pas d e présomption � i j e· publie mon opinion s u r les principes qui règlent les profits et les salaires, et sur l'i n fl u ence des impôts. Si l'on reconnais­ sait que ces princip es, qui me paraissent vrais, l e sont en e JJet, ce serait alors à d'autres écrivain.& ·plus h abil e s que moi à développer toutes les. conséquences qui en découlent.

En combattant des opinions reçues, j ' ai cru, d evoit· p l u s particulière m ent examiner certains­ passages des ouvrages d'Adam Smith qui ne s'ac­ cordent pas avec ma manière de voir ; j'espère néanmoins qu'un ne me soupçonnera pas pour cel a de ne point partager avec tous ceux qui re­ conn aissent l'impor(ance d e l'économie politique, J'admiration si j ustement due à l'ouvrage p ro-fond de cet auteur célèbre. .

La m ê m e remarque est applicable aux excel­ l e n ts écrits d e :M . Say, qui a été l e premier ou un des premi ers parmi les é cri·vains du conti­

nent à savoir appréci er et appliquer les prin­ cipes d e Sm ith , et q\]i, non seu

l

ement,

fait plus que tous les auteurs étrangers. po.ur mc.ul­ quer aux natio n s de l'Europe les prmctpes d un système aussi l u mineux qu'utile, m a�s encore a ré ussi à disposer eette science dans un

?rdt'e·

p l u s méth o dique et plus instructif, en l'ennclus­ sant en m ê m e temps de recherches originales, exactes ct profondes

( 1 ) .

Le cas que je fais

des-(1 ) Le chapitre xv, liv. 1 , des Débottchds, r e n ferme sur·

(23)

xxxrv PRÉF.-I CE DE L1A UTEU R .

écrits de l\1 . Say ne m 'a cependant pas empêché d'examiner avec la franchise que l.es intérêts de la science exigen t les passages de sou Tmité d'é­ conomie politique qui ne s'accordent pas avec m e s opiuiuns .

tout quelques princiPes t r è s i m po l'tants, q u e cd écri rain

distingué a, j e croi s , dé,,clo p p és l e p r e m i e r .

(Note de /';l•dew·.)

R E N T E

SALAIRES ET PROFITS

P R E M IÈRE

P A R T I E

THÉORIE D E L l VALEUR

CHAPITRE PREMIER

(

I

)

DE LA VALEUR NATURELLE OU N O RllALE.

SECTION

PREMIÈRE

La valeur d'une m�u·chandise, ou la q uantité ùc toute

autre marchandise contre l aquelle elle s'échaogc, d6 -pend de la quan t i t é relative de travail nécessaire pour

l a produire ct non d e Ja rémunération plus ou moins

forte accordée �L l'ou vrier;

Adam S mith a remarqué que le mot V ALEU\ a deux significations différentes, ct exprime tantôt

{1) Chapitre {er du liTre des Pl'i11Cipe.5, intltulé : nt la valeu,.. (P. D.)

(24)

2- nENTE, SALAJIIE S ET P R O FJTS .

l'u tilité d ' u n obj e t q u e lcon q u e , tantô t le pouvoir que cet

objet

transm e t

à celui

qui le possède d'acheter d'au Lres marchandises. Dans u n c_as, la valeur prend le nom de valew· en usage ; dans l'autre, celui de valezw en échange. " Les choses,

« dit encore Adam Smith, qui

o

nt l e plus de va­ " l eur en us

;

ge n'ont sou ven t q u e p eu ou po

i

nt « de valeur en échange , tandis q u e celles qui ont

« le p l u s de valeur en échange o n t p e u ou point

« de val eur en usage . " L'e a u e l l'air, dont l'u­ tilité est si grande, et q u i sont même indispen­ saiJles à l 'existence de l'h o m m e , n e p e u ve n t cepen­ dant, dans les cas

o

rdinaires, ê tre d onnés eu échange_p o u r d'autres obj e ts. L'or, au contraire, si p eu u til e eu com paraison de l'air

·

o u· d e l'eau , peut être échangé con tre u n e grande quantité

de marchandises.

Ce n'est donc pas l'utili té qui est la mesure de

la valeur échangeable, quoiqu'elle l ui soi t abso

­

l u ment essentielle . Si u n objet n ' é tait d'aucune u tilité, ou en d'autres termes, si nous ne p o u vions le faire servir à nos j o uissances, il n e posséd erait aucune valeur échangeab l e , quelle que ftît d'ail­ leurs sa rareté, o u la q u a n tité de travail néces­ saire pour se le procurer.

Les choses, une foi s q

u

'elles sont reconnues utiles par eltes-mêmes, tirent leur valeur échan­ geable de deux sources, de leur rareté et de l a

quantité de travail nécessaire pour l e s' obtenir. 'Il Y a des choses dont la valeur ne dépen d que

de leur rareté. Nul travail n e pou vant en a

ug-fiD

Universidad de

los Andes

DE LA V;}LEUR NATU RELLE OU NOR M,\ L E . 3

men

ter

la quantité, _ l e u r valeur n e peut baisser ....,

::_

par suite d ' u n e p l u s grande abondance. Tels sont les tableaux précie ux, les statues les livres e l l e s médailles rares, les vins d ' une

�!llalité

exquise, qu'on ne p e u t tirer q u e de certains terroirs, et dont il n'y a q u'une quantité très limitée. Leur valeur est e n ti è re m ent indépendante de la quan

t�té de. tra�a i l q u i a é t é

u�cessaire

à l e u r procl u c-

trou pr em rere , et elle varre uvee la fortune et les goûts de ceux q u i ont envie de posséder de tels obj ets.

Ils n e formen t cependant qu'une très petite

part

i

e des· marchandises q u 'on échange j o urnel­ rement su r le marché . De bea uco u p , le plus grand nombre des obj e ts que l'ou d ésire posséder étaut le fru i t d e l 'in d u stri e , on peut

les

multiplier, non dan s un pays s e ul, mais dans plusieurs, à un degré a u q u e l i l est pres q u e impossible d'assi­

gner d e s b o rnes, t o u tes les fois qu'on voudra y consacrer l'industrie nécessaire pou

r

les

c

réer. Quand donc n o u s parlons des marcha ndises, de leur val e u r éch angeab l e , et des principes q u i règlent l e u rs prix cornparntifs, n o u s n'avons en v u e q u e celles de ces marchandises dont la quan­

tité peut s'accroltre par J'ü1 Justrie d e l'h o m m e , dont l a product

i

on e s t encouragée par la concur­ rence et n'est con trariée par aucune en trave.

Dans l'en fance des sociétés, la va

l

eur échan­ geable des choses, on la règle q u i fi x e la quan­

ti té q u e l'on doit donner d'u n objet pour u n al!­

tre , ne dépend que de la quantité comparative

Sistema de

(25)

4 REN T E , SALAIRES ET. PRO FIT S .

de travail qui a été employé à la production de

chacun d' eux.

" Le prix réel d e chaque chose , dit Adam " Smith, cP-qu'elle coûte réèllement a la p ersonne " qui a besoin de l'acquérir

,

est l ' é q u i valent de « lu p eine et de l'embarras qu'il a fal l u pour l'ac­

« qu érir. Ce que chaque chose vaut réel lement " pour c.elui qui l'a acq uise , e t qui

Yeut

e n d i s­ « p oser ou l'éch anger pour quel q ue au tre obj e t , " c ' e s t la peine et l'e mbarras que

celle

chose " p e u t lui épargner, et qu'elle a l e pou voir d e " rej eter s u r d'autres p erson nes. Le travail a été « l e pre

m

ier prix, la monnaie d'achat primitive " avec laquelle on a payé tou tes choses. " Et <lans un autre endroit il ajoute : " D rr o s cet étrrt « grossier des sociétés naissantes, qui précède " l'accumulation d es capitau x et l'approprialioo ·« des terres , le rapport entre les quuntités d e tra­ " vail nécessaires pour acquérir l e s divers objets " paraît la seule donnée qui p u isse conduire à " poser une règle po or l' échange d e s uns contre " les au tres. Par exemple, si dans une natio n de " chasseurs il en coûte ordinairement d e u x fois « autant de travail pour tuer un castor que p o u r " t u e r u n

daim, on doonera

naturel lement d e u x " daims pour un castor, o u , en d'au tres term es, " un castor vau dra deux daims. l1 e s t tout simple " qu e ce qui est d'ordinaire l e produit d e deux " j o u rnées on de deux heures d e travail , vaille " Je do u ble d e cc q ui n'exige ordinaire m ent qu'un « jour ou une heure de travaiL "

m

Universidad de

l

1

!J los Andes

0 1; J. A V A LEUR NATURELLE OU li OR MALE. 1)

I l impo rte essentiellemen t, en économie poli­ tique, de savoir si telle est en réalité la base de

la valeur échangeable d e toutes les choses, ex­ cep té de c e l l e s qu e l'i n d ustrie des hommes ne peut multipli�r ù volonté ; car il n'est point de source d'où aient d éco ulé autant d'erreurs, au­ tant d'opinions diverses dans celle-;cience , que du s e n s vagwJ qu'on attache au mot valeUI',

S i c'est lü. quantité d e travail io corporée dan s

{

n n e chose qui règle sa valeur échangeable, il ;'ensuit que tou te augmentation dans la quantité

de ce travail doit nécessaire ment augmenter la

valeur de l'obj et auquel i l a été e mployé ; el de

même, q u e toute diminution du même travail d oi t en diminuer la vale ur.

Adam Smith, après avoir défini avec tant de pré-

}

ci sion la source primitive de la valeur échangea­ ble,

aurait

d Cl , p o u r être conséq uent, soutenir q u e t o u :; les o bj ets acquéraien t plus ou moins de valeur s e l o n que l e u r production coûtait plus o u moins de travaiL I l a pourtant créé l ui-m ême une autre mesure typ e d

e

la valeur, et il parle

(

de choses qni ont pl u s o n m oins d e valeur se­ lon qu'on p e u t les é changer contre plus on moins d e ce l te iiDesurc type . Tantôt il parle du blé, e t tantôt d u travail connu e d 'une mesure type , non

1

d e la q uantité de travail appl iquée a la pro�uction d'un

objet

quelconque, m

a

is de la quantité que cet pbj c t peut acheter s u r le marché : comme si

/

c'étaient la d e u x expressions équivalentes, et comme si, parce CJ.Ue le travail d'un hom me est

Sistema de

B i b l i otecas

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