Séminaire sur les perspectives et l'éthique des affaires dans le travail de Jérôme Ballet et Françoise de Bry. Mais ce nouveau mot à la mode signifie-t-il une transformation conceptuelle et opérationnelle de la RSE ? La question de la responsabilité sociale des entreprises est analysée depuis le XXe siècle afin de mettre en lumière une forme spécifique de responsabilité : le paternalisme.
Si la question sociale de l’entreprise existe depuis très longtemps, les enjeux actuels ont certainement modifié le débat. Dans le cas d’Enron, par exemple, les dirigeants ont exploité les imperfections du système comptable en place. En effet, comment déterminer qui sont les parties intéressées et jusqu'où doit s'étendre la responsabilité de l'entreprise envers ces acteurs sociaux ?
L'éthique de l'entreprise et celle des parties prenantes sont compatibles dans la mesure où ces acteurs cohabitent. Par ailleurs, le travail de Marie-France Turcotte auprès des parties prenantes illustre les difficultés liées aux enjeux d'éthique de la discussion. L’ouvrage porte bien son titre, car il s’agit véritablement d’une réflexion sur l’éthique des affaires.
En effet, la remise en question éthique de l’entreprise renvoie avant tout à sa responsabilité sociétale.
Introduction
Anne Salmon (2001) porte un regard critique sur la responsabilité sociale, qu'elle analyse en relation avec les relations sociales.
Résumé de l’ouvrage de
- L’éthique et le paternalisme
- La responsabilité sociale de l’entreprise
- L’agir éthique de l’entreprise
- Commentaires
Ainsi, au XIXe siècle, les entreprises utilisaient le paternalisme (matériel et moral) pour modeler le comportement des travailleurs au sein de l'entreprise en fonction des objectifs économiques de cette dernière. Cependant, selon Ballet et De Bry, le concept de citoyenneté d’entreprise n’est qu’une forme de néo-paternalisme, en raison du manque de réciprocité entre citoyenneté d’entreprise (face à la société) et citoyenneté d’entreprise. La finalité de ces nouvelles formes de paternalisme concerne la compétitivité, l'efficacité des entreprises ainsi que la flexibilité du travail (Ballet et de Bry, 2001, p. 133).
Pour Ballet et De Bry, la notion de responsabilité d'entreprise est liée à la notion de responsabilité personnelle, d'où la nécessité d'une définition de l'entreprise en tant que personne. La responsabilité de l'entreprise peut découler d'un calcul effectué sur la base de la liberté d'intention envers autrui. En d’autres termes, on peut comprendre la responsabilité de l’entreprise à partir de la liberté dont elle dispose pour établir des règles de conduite.
Cependant, la différence entre une stratégie d'action et sa mise en œuvre ne permet pas de conclure que l'entreprise est intentionnelle (Velasquez, 1983). Balet et De Bry suggèrent cependant que l’intentionnalité peut être liée au pouvoir de l’entreprise en tant qu’institution dans la société. Pour Ballet et De Bry, l’action éthique des entreprises n’est possible que si l’entreprise n’entrave pas sa viabilité économique.
Il s'agit donc de trouver un niveau de profit optimal qui permette à la fois la rentabilité de l'entreprise et une action éthique. Ballet et De Bry utilisent donc un méta-ordre pour représenter les préférences morales de l'entreprise mandataire (Ballet et De Bry, p. 243). Selon les auteurs, la responsabilité des entreprises n’est possible qu’à la condition qu’il existe un profit optimal, c’est-à-dire un niveau de profit permettant l’existence d’autres finalités pour l’entreprise.
Ces différents attributs sont des instruments qui servent à gérer le sens et donc à déterminer le contrôle et le pouvoir au sein de l’entreprise. Cependant, dans un tel contexte, on peut s'interroger sur la volonté de l'entreprise ou des dirigeants d'émanciper leurs subordonnés. Aujourd’hui, les organisations contrôlent encore les travailleurs, que ce soit au sein de l’entreprise, à travers la culture d’entreprise notamment, mais aussi à l’extérieur de ses murs.
Cependant, face au modèle d'action éthique des entreprises, les auteurs soutiennent que le profit optimal, qui représente le niveau de profit sous la contrainte de la pression sociale et de la pression actionnariale, est nécessaire à l'existence d'autres finalités dans les objectifs de l'entreprise. De plus, la décision concernant l'ensemble de préférences à choisir ne peut être prise que par les dirigeants de l'entreprise.
Présentations des textes
De son côté, le « modèle rhénan », historiquement plus ancien que le « modèle néo-américain », a été, dès ses débuts, largement influencé par l'éthique sociale de l'Église évangélique et des encycliques sociales. Le débat sur la responsabilité sociale des entreprises a pris de l'ampleur aux États-Unis (Solagral, 2001) et ce concept est donc lié à un cadre dans lequel le rôle de l'État s'inscrit. Il s'agit plutôt d'une morale au service du capitalisme : l'éthique de l'entreprise est dotée de nombreuses références, parfois philosophiques et religieuses, voire ésotériques.
L’éthique d’entreprise présente une nouvelle étape dans les relations de pouvoir et cache des différences d’intérêts et des relations de domination. Le texte de Quinn et Jones cherche à développer une perspective philosophique sur les obligations morales des managers, en examinant les implications morales de la théorie de l'agence. Pour ce faire, les auteurs examinent d’abord la moralité de la théorie de l’agence à travers la vision instrumentale et non instrumentale de l’éthique, ainsi que les problèmes inhérents à chacune de ces approches.
Selon eux, la vision instrumentale de l’éthique, lorsqu’elle est liée à la théorie de l’agence (modèle principal-agent), présuppose une certaine moralité du mandant et des agents, moralité liée au fonctionnement efficace du marché. La théorie de l'agence suppose que dans le contexte d'un marché efficace, la meilleure allocation des ressources correspond à la maximisation de la valeur actuelle nette de l'entreprise. Toutefois, cette maximisation de la valeur commerciale ne devrait pas se faire au détriment des distorsions du marché, telles que les externalités et l’asymétrie de l’information, car cela ne ferait que renforcer les distorsions du marché et les rendre moins efficaces.
D’un autre côté, cette vision instrumentale de l’éthique de la théorie de l’agence pose des problèmes au niveau pragmatique, étant donné le manque de réciprocité entre le contrat moral de l’agent et son mandant, et entre l’agent et ses employés. Par ailleurs, la vision non instrumentale de l’éthique repose sur des devoirs que les individus remplissent en raison de leur humanité (Quinn et Jones 1995, p.30). Cette humanité ne se reflète pas dans les désirs et les intérêts, mais non dans la rationalité de l'esprit, une rationalité qui agit sur la base de principes impartiaux et universels.
Dans ce contexte, les auteurs proposent le modèle de l'agent moral, un modèle qui mélange l'éthique non instrumentale avec le discours de la théorie de l'agence. Les agents, d’une part, ont un devoir moral envers le mandant, mais ils ont également le devoir moral de respecter les quatre principes sur lesquels repose l’activité économique, qui constituent l’essence même de la théorie de l’agence. Dans cette approche, l’agent ne maximisera la valeur de l’entreprise qu’à la condition que les quatre principes moraux soient au préalable respectés.
L'un des problèmes du modèle de l'agent moral de Quinn et Jones est que les quatre principes moraux qui sous-tendent la théorie de l'agence peuvent ne pas être respectés dans toutes les relations que l'agent entretient avec ses différentes parties prenantes. Cependant, une partie de la monopolisation du pouvoir vient des avantages que peuvent apporter les imperfections du marché.