M ÉMOIRE DU S YNDICAT DE LA RELÈVE AGRICOLE DE L ANAUDIÈRE
PRÉSENTÉ À LA
COMMISSION SUR L
’
AVENIR DEL
’
AGRICULTURE ET DE L’
AGROALIMENTAIRE QUÉBÉCOISSyndicat affilié à :
JOLIETTE, LES 4 ET 5 AVRIL 2007
TABLE DES MATIÈRES
LE SYNDICAT DE LA RELÈVE AGRICOLE DE LANAUDIÈRE ... 3
Introduction ... 4
Le monde et les temps changent... 5
L’avenir de l’agriculture : oui, mais sur quelles terres? ... 7
De nouvelles façons de voir les choses... 9
Conclusion ... 10
Mémoire du Syndicat de la relève agricole de Lanaudière, présenté à la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois
- 3 - Joliette, les 4 et 5 avril 2007
Le Syndicat de la relève agricole de Lanaudière
Fondé le 8 juin 1982, le Syndicat de la relève agricole est un regroupement de jeunes âgés entre 16 et 35 ans ayant comme intérêt commun l’agriculture. En s’unissant, ils se donnent une organisation qui véhicule leur message et qui répond à leurs aspirations. Son action s’articule autour des préoccupations et des enjeux exprimés par ses membres. Pourquoi?
Parce que c’est aujourd’hui que les jeunes préparent l’agriculture de demain, une agriculture qui sera à leur image.
Notre mission
Améliorer les conditions d’établissement en agriculture et travailler à une meilleure préparation des jeunes
Trois volets fondamentaux façonnent notre action :
Le syndicalisme : consultation, mobilisation, revendication et défense des intérêts de la relève agricole;
L’établissement : information et formation;
L’aspect social : échanges, regroupement et activités.
Notre seule et unique motivation
La relève agricole et l’établissement des jeunes.
Nos valeurs
Regroupement, équité, inclusion, solidarité, développement, collaboration.
Introduction
« Parce que ça prend de la relève pour continuer à avoir de l’agriculture », le Syndicat de la relève agricole de Lanaudière désire livrer aujourd’hui ses réflexions dans le cadre de la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire au Québec.
Nous avons à cœur le maintien et le développement de cette industrie vitale pour tout un chacun. L’avenir de l’agriculture, nous y croyons et désirons en faire notre profession. Nous désirons également que nos enfants puissent vivre de la terre, de même que les enfants de nos enfants, et ainsi de suite. C’est donc dans cet esprit que nous vous présentons les fruits de notre réflexion : un regard résolument porté vers l’avenir.
Mémoire du Syndicat de la relève agricole de Lanaudière, présenté à la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois
- 5 - Joliette, les 4 et 5 avril 2007
Le monde et les temps changent Mais le savons-nous vraiment?
Lorsque la ruralité est étudiée par les chercheurs, les producteurs agricoles sont « noyés » dans la masse, car ils ne représentent guère plus que 10 à 15% de la population rurale. À l’heure où on parle de détresse psychologique et que le gouvernement se questionne sur le soutien à accorder à l’agriculture, que comprend-il vraiment des humains qui font de l’agriculture?
Il y a des producteurs agricoles qui se lancent dans des productions non conventionnelles.
Il y en a d’autres qui deviennent des gérants d’entreprises spécialisées. Il y a le producteur à temps partiel. Il y a des familles agricoles où tous les membres mettent l’épaule à la roue.
Il y a des familles dont un seul fait de l’agriculture. L’autre a son métier ou sa profession et ne s’implique pas du tout dans l’agriculture. Il y a des producteurs prêts à tout pour faire de l’agriculture. D’autres vérifient si le capital et le temps investis rapportent raisonnablement.
Qu’y a-t-il de commun entre un éleveur de poulets sans sol de deuxième et même de troisième génération et un producteur maraîcher? Qu’ont en commun un producteur de grandes cultures dans la quarantaine qui cultive 1000 hectares et le producteur qui a trente vaches laitières héritées de son père?
Qu’est-ce qui unit l’acériculteur de 5 000 entailles retraité de l’État ou de la grande entreprise et le jeune qui s’investi corps et âme pour démarrer sa propre entreprise agricole? Y a-t-il des agricultures complémentaires ou concurrentes? Qu’est-ce qu’on en sait vraiment?
Pourquoi, alors que l’on dit que les fermes québécoises sont surcapitalisées, continue-t-on à investir autant? Biotechnologies, mondialisation, pratiques agricoles plus écologiques, marchés de créneaux, désengagement de l’État…Les producteurs agricoles ne sont pas des girouettes et doivent malgré tout composer avec une société qui vit à un rythme effréné et demande des modifications majeures du jour au lendemain. Est-ce qu’on se donne vraiment la peine de comprendre ces hommes et ces femmes qui nourrissent leurs concitoyens?
Face à ces brèves considérations, il nous semble qu’il serait important de procéder à une opération de connaissances et d’analyses en profondeur des familles agricoles d’aujourd’hui afin de les appuyer dans le développement de l’agriculture de demain. Car celle-ci, ne l’oublions jamais, est le fruit d’hommes et de femmes de passion.
Le gouvernement devrait procéder à des études sociologiques sur le monde agricole en se collant sur les facultés des sciences humaines de nos universités. Comment la société peut espérer avoir un avenir en l’agriculture si on ne se soucie pas de comprendre qui sont les gens qui en font leur gagne-pain, quelles sont leurs aspirations, leurs réflexions, leurs valeurs profondes? Quand on sait d’où on vient, c’est toujours plus facile de comprendre où on va…. Et de moduler cette direction!
Mémoire du Syndicat de la relève agricole de Lanaudière, présenté à la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois
- 7 - Joliette, les 4 et 5 avril 2007
L’avenir de l’agriculture : oui, mais sur quelles terres?
Dans Lanaudière, la très forte pression démographique et la spéculation rendent les meilleures terres de la région inabordables pour l’établissement en agriculture. Dans certains secteurs, les entreprises agricoles sont « accotées » sur les développements résidentiels, ne permettant pas ainsi à une relève de se joindre à l’entreprise parentale. Il y a un gel des superficies en culture. Dans ces conditions, comment espérer avoir accès aux sols? Et qu’en sera-t-il dans les années futures?
Au Syndicat de la relève agricole de Lanaudière, nous croyons que la CPTAQ doit être encore plus sévère que présentement. L’État doit protéger tout ce qui est cultivable, un point c’est tout. Alors que l’on dit qu’ « il faudrait deux planètes Terre pour nourrir l’humanité en 2050 »1, comment peut-on permettre la construction de maisons là où il est possible de cultiver?
Nous croyons que le développement durable, l’agriculture et l’habitation doivent être vus dans un tout. Les municipalités et MRC devraient voir plus loin que les payeurs de taxes à attirer dans leur secteur, et ce, pour le bien planétaire. Il faut protéger à tout prix ce qui reste de terres cultivables et bâtir les résidences là où c’est inculte. Ce qui peut paraître une utopie peut devenir réalisable avec de la bonne volonté et une approche nouvelle. Par exemple, au lieu de dézoner des terres agricoles, pourquoi ne pas investir dans les infrastructures de transport en commun rapide, tels les trains, pour amener la population à se loger là où il n’est pas possible de cultiver? À ceux qui disent que la protection du territoire agricole est un frein au développement économique, nous répondons qu’elle est une garantie de notre indépendance alimentaire, donc une garantie de notre survie à très long terme.
1 Le Devoir, 25 octobre 2006, « Il faudrait deux planètes Terre pour nourrir l'humanité en 2050 » par Louis-Gilles Francoeur
Au Québec, parce que l’eau et la terre semblent être abondantes, nous ne sentons peut- être pas encore le besoin du non-gaspillage. Alors qu’il existe ailleurs dans le monde des endroits où les ressources comme le sol et l’eau sont protégés, ici on tarde à agir. Dans le cas des terres, on ne peut remettre en culture une zone qui aura été bétonnée… c’est maintenant qu’il faut bouger, en ayant demain en tête. Il ne faut pas avoir une vision des cinq prochaines années, mais bien des cinquante prochaines, voire même des deux-cents cinquante prochaines. Il y a seulement 2 % du Québec qui est cultivable. On devrait bien être en mesure de trouver des façons de loger la population quelque part dans les 98 % restants. Cessons de bâtir en largeur pour bâtir en hauteur; étageons nos stationnements plutôt que les étaler : réalisons que le sol cultivable n’est pas une ressource renouvelable.
Mémoire du Syndicat de la relève agricole de Lanaudière, présenté à la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois
- 9 - Joliette, les 4 et 5 avril 2007
De nouvelles façons de voir les choses
C’est connu, la très forte capitalisation nécessaire en agriculture est un frein à l’établissement. Est-ce que l’individualisme qui a cours dans notre société – et auquel le monde agricole n’échappe pas – permet aux jeunes de tirer leur épingle du jeu?
Nous croyons qu’il faut changer notre façon de faire et de penser l’agriculture. Réseaux d’entraide, parrainage, regroupements tels les coopératives d’utilisation de matériel agricole (CUMA), etc. Il est temps de remettre les valeurs à la bonne place : qualité de vie, solidarité, famille, doivent prendre le dessus sur les valeurs économiques pour faire du milieu agricole un gagne-pain où il fait bon vivre.
À ce propos, les jeunes de la relève ne veulent pas être dans l’obligation de grossir les entreprises agricoles. Il faut travailler à de nouvelles façons de faire afin de conserver des fermes viables et à dimension humaine, pour tous ceux qui le souhaitent. Par exemple, la mise sur pied de petits réseaux de coopératives de mise en marché permettrait à chaque ferme membre de rester de dimension humaine, tout en mettant en marché collectivement de plus gros volume.
Une telle culture, un tel changement de modèle, pourrait être amorcée lorsque les aspirants agriculteurs suivent leur formation. Alors que les cours de philosophie font partie de la formation collégiale, pourquoi ne pas en profiter pour coller ces formations sur la réalité agricole des jeunes. Il faut développer leur esprit critique en prenant comme assises leur milieu de travail et de vie, actuel et futur.
Conclusion
Bonification des primes à l’établissement, mise en place d’un régime épargne-transfert, accès à du capital de risque et du capital-patient, sécurité financière à la retraite, etc., telles sont nos revendications habituelles faisant partie du travail quotidien de la Fédération de la relève agricole. Nous continuerons nos actions pour que ces messages soient entendus.
Mais dans le cadre de cette consultation, nous voulions vous sensibiliser à une autre façon de voir et d’autres actions à mener par le gouvernement, et ce dans l’optique d’avoir une agriculture forte au Québec pour « sept générations »2:
faire une étude sociologique du monde agricole afin de mieux le comprendre pour mieux l’aider;
mettre en place tout un système de transport en commun afin de ne plus toucher aux terres agricoles;
axer les cours de philosophie lors du parcours en techniques agricoles sur des changements de modèles et d’exemples;
soutenir la mise en place de CUMA et autres réseaux de mise en commun, dont les coopératives de mise en marché.
2 Philosophie des peuples des Premières nations conseillant de réfléchir aux répercussions de nos actions dans sept générations.