El gato sueña y ronronea en la penumbra de la tienda de instrumentos músicos de cuerda. Escruta el fondo del éba no y al sesgo lengüetea de lejos el caoba vivísimo. Es la hora en que la esfinge de la granza afloja por millares su trompa alrededor de la fuente de Vaucluse y en la que la mujer, en todos lados, no es sino un cáliz desbordante de vocales enlazado a la magnolia ilimitable de la noche.
1 0 2 I. Versiones y diversiones
H E N R I M I C H A U X
La Lettre
Je vous écris d ’un pays autrefois clair. Je vous écris du pays du manteau et de l’ombre. Nous vivons depuis des années, nous vivons sur la Tour du pavillon en berne. Oh ! Été ! Été empoisonné ! Et depuis c’est toujours le même jour, le jour au souvenir incrusté...
Le poisson péché pense à l ’eau tant qu’il le peut. Tant qu’il le peut, n ’est-ce pas naturel ? Au sommet d ’une pen te de montagne, on reçoit un coup de pique. C ’est ensuite toute une vie qui change. Un instant enfonce la porte du Temple.
Nous nous consultons. Nous ne savons plus. Nous n ’en savons pas plus l’un que l’autre. Celui-ci est affolé. Celui-là confondu. Tous sont désemparés. Le calme n ’est plus. La sagesse ne dure pas le temps d ’une inspiration. Dites-moi. Qui ayant reçu trois flèches dans la joue se présentera d ’un air dégagé ?
La mort prit les uns. La prison, l’exil, la faim, la misè re prirent les autres. De grands sabres de frisson nous ont traversés, l’abject et le sournois ensuite nous ont traversés.
Qui sur notre sol reçoit encore le baiser de la joie jus qu’au fond du cœur ?
L’union du moi et du vin est un poème. L’union du moi et de la femme est un poème. L’union du ciel et de la terre est un poème. Mais le poème que nous avons entendu a paralysé notre entendement.
H E N R I M IC H A U X
La carta
Les escribo de un país en otro tiempo claro. Les escribo del país del manto y la sombra. Vivimos desde hace mu cho, vivimos en la Torre del pabellón a media asta. ¡Ah, verano! Verano envenenado. Y desde entonces el mismo día siempre, el día del recuerdo incrustado...
El pez fuera del agua piensa en el agua todo lo que pue de. Todo lo que puede, ¿no es natural? En lo alto de una cuesta se recibe una lanzada de pica. En seguida, toda una vida cambia. Un instante echa abajo la puerta del Templo.
Nos consultamos entre nosotros. Ya no sabemos. N a die sabe más que el otro, nadie sabe. Aquel, perturbado. El otro confundido. Todos, desamparados. La calma se ha ido. La sabiduría no dura el tiempo de una inspiración. Dime, ¿quién si recibe tres flechazos en la mejilla se pre sentará con un aire desenvuelto?
La muerte se apoderó de algunos. La prisión, el des tierro, el hambre, la miseria se encargaron de los otros. Nos atravesaron grandes sables de escalofrío, lo abyecto y lo solapado después nos atravesaron.
¿Quién en nuestra tierra recibe todavía el beso de la alegría hasta el fondo del corazón?
La unión del yo y el vino es un poema. La unión del yo y la mujer es un poema. La unión del cielo y la tierra es un poema pero el poema que nosotros hemos oído ha pa ralizado nuestro entendimiento.
104 I. Versiones y diversiones
Notre chant dans la peine trop grande n’a pu être pro féré. L’art à la trace de jade s’arrête. Les nuages passent, les nuages aux contours de roches, les nuages aux con tours des pêches, et nous, pareils à des nuages nous pas sons, bourrés des vaines puissances de la douleur.
On n’aime plus le jour. Il hurle. On n’aime plus la nuit, hantée de soucis. Mille voix pour s’enfoncer. Nulle voix pour s’appuyer. Notre peau se fatigue de notre pâle visage.
L’événement est grand. La nuit aussi est grande, mais que peut-elle ? Mille astres de la nuit n ’éclairent pas un seul lit. Ceux qui savaient ne savent plus. Ils sautent avec le train, ils roulent avec la roue.
« Se garder soi dans le sien ? » Vous n ’y songez pas ! La maison solitaire n ’existe pas dans l’île aux perroquets. Dans la chute s’est montrée la scélératesse. Le pur n’est pas pur. Il montre son obstiné, son rancunier. Certains se manifestent dans les glapissements. D ’autres se manifes tent dans l’esquive. Mais la grandeur ne se manifeste pas.
L’ardeur en secret, l’adieu à la vérité, le silence de la dalle, le cri du poignardé, l’ensemble du repos glacé et des sentiments qui brûlent a été notre ensemble, et la route du chien perplexe notre route.
Nous ne nous sommes pas reconnus dans le silence, nous ne nous sommes pas reconnus dans les hurlements, ni dans nos grottes, ni dans les gestes des étrangers. A u tour de nous la campagne est indifférente et le ciel sans intentions.
Nous nous sommes regardés dans le miroir de la mort. Nous nous sommes regardés dans le miroir du sceau in sulté, du sang qui coule, de l’élan décapité, dans le miroir charbonneux des avanies.
En la pena demasiado grande nuestro canto no pudo proferirse. Detenido el arte de huella de jade. Las nubes pasan, las nubes de contorno de rocas, las nubes de con torno de duraznos; nosotros, parecidos a las nubes, pasa mos repletos de las vanas potencias del dolor.
Ya no amamos al día. Aúlla. Ya no amamos la noche, atormentada por los cuidados. Mil voces para hundirnos. Ninguna voz para sostenernos. Nuestra piel se fatiga de nuestra cara descolorida.
El acontecimiento es grande. También la noche es grande pero ¿qué puede hacer? Mil astros de la noche no iluminan un solo lecho. Los que sabían ya no saben. Sal tan con el tren, ruedan con la rueda.
«¿Quedarse uno en uno mismo?» ¡No lo sueñes! La ca sa del solitario no existe en la isla de los papagayos. En la caída se mostró la maldad. El puro no es puro. Muestra lo que tiene de obstinado, de rencoroso. Algunos se mani fiestan en el chillido. Otros en lo esquivo. La grandeza no se manifiesta.
Ardor en secreto, adiós a la verdad, silencio de la bal dosa, grito del apuñalado, la conjunción del reposo hela do y los sentimientos quemantes ha sido nuestra conjun ción y nuestra ruta la ruta del perro perplejo.
No nos reconocimos en el silencio, no nos reconoci mos en el aullido, ni en nuestras grutas, ni en los gestos de los extraños. A nuestro alrededor el campo indiferen te y el cielo sin intenciones.
Nos hemos mirado en el espejo de la muerte. Nos he mos mirado en el espejo del sello insultado, la sangre que corre, el impulso decapitado, nos hemos mirado en el es pejo tiznado de la afrenta.
ι ο 6 1. Versiones y diversiones
Clown
Un jour.
Un jour; bientôt peut-être.
Un jour j ’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.
Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien, je lâcherai ce qui paraissait m ’être indissoluble ment proche.
Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le fe rai dégringoler.
D ’un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misé rables combinaisons et enchaînements « de fil en aiguille ». Vidé de l’abcès d ’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier.
À coups de ridicules, de déchéances (qu’est-ce que la déchéance ?), par éclatement, par vide, par une totale dis- sipation-dérision-purgation, j ’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, as sortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, si dignes, mes semblables.
Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille.
Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée idée-ambition m ’avait fait déserter.
Anéanti quant à la hauteur, quant à l’estime.
Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.
CLOWN, abattant dans la risée, dans le grotesque, dans l’esclaffement, le sens que contre toute lumière je m ’étais fait de mon importance.
Clown
Un día.
Un día, quizá muy pronto.
Un día arrancaré el ancla que tiene sujeto a mi navio lejos de los mares.
Con esa rabia que hace falta para ser nadie y menos que nadie, abandonaré lo que parecía que me era indiso lublemente próximo.
Lo cercenaré, lo derribaré, lo quebraré, lo echaré a rodar. De golpe vomitaré mi pudor miserable, mis miserables tejemanejes y argucias de «hilo en la aguja».
Vacío el abceso de ser alguien, beberé de nuevo el es pacio dador de vida.
A fuerza de actos ridículos, degradantes (¿qué es la de gradación?), por estallido, por vacío, por una total disi- pación-irrisión-purgación, expulsaré de mí la forma que se creía tan unida, acordada, coordinada, a tono con lo que me rodea y con mis semejantes -tan dignos, dignísi mos, mis semejantes.
Reducido a una humildad de catástrofe, a una nivela ción perfecta como después de un pánico intenso.
Abajo, más abajo, devuelto a mi rango real, al rango ínfimo que yo no sé qué idea-ambición me había hecho desertar.
Nulo por la altura, nulo por la estimación.
Perdido en un rincón lejano (o ni eso siquiera), sin nombre, sin identidad.
c l o w n, a b a ja n d o h asta lo g ro te sc o , la riso ta d a , la c a rc a ja d a , la id ea que c o n tra to d a s la s e vid en cias m e h a bía h ech o de m i im p o rta n cia .
ι ο8 l. Versiones y diversiones
Je plongerai.
Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert à tous, ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée à force d être nul
et ras... et risible...
Paysages
Paysages paisibles ou désolés.
Paysages de la route de la vie plutôt que de la surface de la Terre. Paysages du Temps qui coule lentement, presque immobile et
parfois comme en arrière.
Paysages des lambeaux, des nerfs lacérés, des saudades.
Paysages pour couvrir les plaies, l ’acier, l ’éclat, le mal, l’époque, la corde au cou, la mobilisation.
Paysages pour abolir les cris.
Paysages comme on se tire un drap sur la tête.